Accueil A la une L’Afrique est-elle en marge des enjeux internationaux?

L’Afrique est-elle en marge des enjeux internationaux?

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Des personnes déplacées internes en Afrique (Photo d'archive)

De tout temps, tout se passe comme si le continent africain n’existe pas. L’ombre de lui-même, il ne se manifeste, avec un brin d’éclat que dans le domaine des sports. Surtout en foot, où l’exploit de quelque équipe le met en valeur. En revanche, il est quasiment aux abonnés absents pour les problèmes liés à la gestion des affaires du monde.

Devant les événements majeurs qui secouent le monde avec fracas, en ce moment même, à savoir les guerres en Iran, en Ukraine, en terres palestiniennes, au sud Liban, ainsi que celles qui ravagent le Soudan et la République Démocratique du Congo, le continent est muet comme une carpe. Exception faite, au début de la guerre de l’Ukraine, on l’a vu démarcher le président russe Vladimir Poutine, au sujet de l’approvisionnement en céréales. Puis, silence.

Or, depuis, la guerre en Ukraine a cessé d’être une guerre locale. Elle étend ses tentacules venimeux, visibles ou discrets, sur un monde globalisé. La nature de l’impact dans les pays occidentaux porte sur la crainte de voir s’élargir le spectre de la guerre jusqu’à leurs portes. Quant au continent africain, dépendant en grande partie d’importations russo-ukrainiennes, en matière d’engrais et de céréales, il s’agit d’une menace directe touchant à la sécurité alimentaire. L’Afrique est donc concernée.

A l’égard de la guerre insensée menée par Israël sur la Bande de Gaza et les territoires palestiniens, seule l’Afrique du Sud a eu le courage de protester. Allant jusqu’à accuser Israël de génocide devant la Cour Pénale Internationale (CPI). Ce n’est pas rien. En fait, à cette occasion, la voix du continent s’est fait entendre dans le concert des nations. L’acte restera dans les annales…

L’UE souvent sur la brèche

Il y a, entre autres faits majeurs, les effets néfastes dus aux changements climatiques ainsi que la question épineuse sur l’immigration. Deux sujets qui dominent souvent l’actualité, en Occident – presque des marronniers. L’un se situe dans le champ des imprévisibles (sécheresses prolongées, par exemple), tandis que l’autre tient de la mauvaise gouvernance dans la plupart des pays du Sud global. L’Afrique y tient le haut de pavé. En 2023, par exemple, 157 700 immigrés se sont installés en France (INSEE).

De l’immigration, parlons-en. En France, comme partout ailleurs en Europe occidentale, ce mot est clivant, sa réalité aussi. Car il signifie entre autres l’érosion de valeurs morales humanistes, prônées par l’Europe elle-même depuis le XVIe siècle. Aussi le sujet suscite-t-il des débats houleux, voire outranciers… Sans solution idoine. Pendant ce temps, l’Afrique, rase les murs. Chantant et dansant. Alors que le problème la concerne au plus haut degré.

Sur les effets des changements climatiques, il est reconnu que le continent n’est pas compté parmi les pays responsables. Plutôt, il est victime de l’action industrielle chaotique des pays développés, grands émetteurs des gaz à effet de serre. Mais, paradoxalement, il se comporte comme une victime résignée, alors que depuis la Conférence de Paris (COP15 de Paris, en décembre 2015), les règles financières du jeu ont été clairement fixées: les 195 pays signataires ont fait le pari de mobiliser 200 milliards de dollars par an, par des sources publiques et privées, pour financer la biodiversité. Dont 30 milliards de dollars annuels, destinés à l’ensemble des pays en développement.

Quid de ce plan ambitieux? Quoi qu’il en soit, la cagnotte destinée à l’Afrique n’apparaît pas clairement sur les tablettes de cette insigne organisation. Mais le drame, c’est que l’histoire se passe sans la moindre réaction du continent. A tout prendre, l’Unité Africaine (UA) – sosie de l’Unité Européenne (UE) -, ne s’en offusque point. Alors qu’on voit, souvent, l’UE monter au créneau pour les grandes questions concernant la marche du monde.

En gros, l’Afrique est absente du débat sur les questions concernant la marche du monde. Dommage pour cette Alma mater de la Terre dormante.

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France