Accueil A la une Le football, un allié inattendu pour parler de santé mentale aux jeunes

Le football, un allié inattendu pour parler de santé mentale aux jeunes

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© UNICEF/Josue Mulala Des filles jouent au football en République démocratique du Congo.

Lorsque la Dre Sahira Al Nahari a créé Shifā Art, une organisation saoudienne qui utilise l’art pour ouvrir le dialogue sur la santé mentale, elle s’est rapidement heurtée à un constat: les hommes qui participaient à ses ateliers d’art-thérapie éprouvaient souvent des difficultés à parler de leurs émotions.

Pourtant, beaucoup commençaient spontanément par dessiner des maillots de football ou les couleurs de leur équipe favorite. Ces croquis ouvraient ensuite la voie à des échanges sur le stress, les angoisses du quotidien et les difficultés personnelles, illustrant la capacité du sport à briser les tabous là où les approches plus classiques peinent parfois à engager la conversation.

«Sur le terrain, personne ne gagne jamais seul», explique la Dre Al Nahari. «Les joueurs dépendent de tout un écosystème — défenseurs, milieux de terrain, entraîneurs, personnel médical et supporters — où chacun joue un rôle essentiel. Pour aborder la santé mentale des jeunes, nous avons besoin exactement du même écosystème.»

Intervenant mardi au siège des Nations Unies aux côtés de Felipe Paullier, Sous-Secrétaire général chargé de la jeunesse, elle a souligné le potentiel du sport pour améliorer le bien-être psychologique des jeunes et réduire la stigmatisation entourant les troubles mentaux.

Vendredi, à deux jours de la finale de la Coupe du monde masculine de football qui se disputera dans le New Jersey, le Bureau de la jeunesse de l’ONU réunira jeunes leaders, responsables politiques, représentants de la société civile et athlètes autour de l’événement «Un monde, un jeu, un objectif», consacré au rôle du football dans la promotion de la santé mentale.

Cette rencontre s’inscrit dans l’initiative phare du Bureau de la jeunesse sur la santé mentale et le bien-être des jeunes, qui entend élargir le débat au-delà des seules réponses médicales.

Une jeunesse confrontée à des défis croissants

Les besoins sont considérables. Un rapport des Nations Unies publié en février indique qu’un jeune sur sept âgé de 10 à 19 ans souffre d’un trouble de santé mentale. Il rappelle également que 75 % des troubles mentaux observés chez les adultes apparaissent avant l’âge de 25 ans et que la dépression chez les adolescents et les jeunes adultes est en hausse.

Selon ce rapport, la santé mentale est influencée par de nombreux déterminants sociaux, notamment l’éducation, l’emploi, la pauvreté, les relations familiales, les technologies numériques et les normes sociales, autant de facteurs qui appellent des réponses coordonnées dans plusieurs secteurs.

«Les jeunes évoluent dans un monde très complexe, marqué par les bouleversements numériques, l’incertitude économique, les conséquences des conflits armés, les déplacements de populations et l’isolement social», a rappelé M. Paullier.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande notamment de renforcer la résilience des jeunes, de promouvoir des environnements favorables et de développer des alternatives aux comportements à risque. La pratique sportive fait partie des interventions préconisées.

Le sport, un facteur de protection

Le même rapport montre que la pratique des sports collectifs est associée à des niveaux plus faibles de dépression et d’anxiété dans de nombreux pays, même si beaucoup de jeunes restent confrontés à des obstacles qui limitent leur accès aux activités sportives.

Sport le plus populaire au monde, le football peut renforcer le sentiment d’appartenance, favoriser les liens sociaux, développer la résilience émotionnelle et promouvoir l’inclusion, estime le Bureau de la jeunesse.

«Nous sommes convaincus que le football et le sport constituent des vecteurs de message extrêmement puissants, non seulement parce qu’ils rassemblent les gens, mais aussi parce que les légendes du football peuvent porter des messages capables de transformer les mentalités», a déclaré M. Paullier.

Les deux intervenants ont souligné que le football constitue un langage universel offrant aux jeunes un espace où ils peuvent créer des liens et trouver un sentiment d’appartenance.

Pour la Dre Al Nahari, les jeunes ne sont pas seulement des bénéficiaires des politiques publiques: ils sont déjà porteurs de solutions.

«Les acteurs les plus importants sont les jeunes eux-mêmes», a-t-elle affirmé. «Ils n’attendent pas sur la touche qu’on vienne les sauver.»

Bien au-delà du football

Si l’événement organisé vendredi met en lumière le potentiel du football pour combattre l’isolement social, les responsables de l’ONU insistent sur le fait que le sport n’est qu’un élément d’une réponse plus large.

L’OMS et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) accompagnent ainsi les gouvernements dans la mise en place de programmes de soutien psychosocial à l’école, notamment à travers l’initiative Helping Adolescents Thrive (HAT).

«Nous ne voulons pas nous limiter au sport», a déclaré M. Paullier. «Nous voulons aller à la rencontre des jeunes là où ils se trouvent.»

Il a également rappelé que les investissements restent très insuffisants. Selon l’OMS, la plupart des pays consacrent moins de 2 % de leur budget de santé à la santé mentale, ce qui se traduit par un déficit de financement estimé à 200 milliards de dollars.

«Derrière ces chiffres, il y a en réalité des millions de jeunes qui portent en eux une souffrance souvent invisible, indicible et sans soutien», a conclu M. Paullier.