Pour contrer les accusations de vacance de la magistrature suprême liées à sa longue absence, le président camerounais multiplie la signature d’actes officiels depuis l’étranger. Entre ratifications financières et remaniement au sein du commandement militaire, le chef de l’État entend prouver qu’il garde fermement les rennes du pays.
Absent du territoire national depuis plusieurs semaines, Paul Biya tente de neutraliser les doutes sur son aptitude à diriger. Parti le 7 juin dernier en compagnie de son épouse pour ce qui devait être «un court séjour privé en Europe», le dirigeant de 93 ans n’a toujours pas regagné Yaoundé après près de deux mois d’absence, alimentant de multiples spéculations sur son état de santé.
Face à ce climat d’incertitude, la présidence a opté pour une riposte institutionnelle. Pour faire la preuve d’une gestion continue des affaires publiques, Paul Biya enchaîne la publication de décisions officielles. À la fin du mois de juillet, le chef de l’État a par exemple paraphé un texte autorisant le ministre de l’Économie à concrétiser des engagements financiers avec la Banque islamique de développement, portant sur une enveloppe globale d’environ 28 milliards de francs CFA, comme le rapporte Radio France Internationale.
La dynamique s’est poursuivie, le lundi 3 août 2026, avec une réorganisation stratégique de la hiérarchie militaire. Au cours de cette vague de décisions, cinq colonels ont été élevés au rang de général de brigade, tandis que le général de division Ebaka Hypolite s’est vu confier les fonctions de major-général des armées. Outre l’affichage d’une présence présidentielle active, ces mouvements permettent au pouvoir central de resserrer son empreinte sur le dispositif sécuritaire national.
En dépit de ces publications, la polémique reste vivace. Si le gouvernement rejette catégoriquement les rumeurs de dégradation physique et promet un retour imminent du président au Cameroun, les adversaires politiques maintiennent la pression. Les partis d’opposition dénoncent la gestion à distance de l’État et pointent du doigt un «vide institutionnel», fustigeant une nation désormais en «pilotage automatique». Une situation d’autant plus tendue que la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale et la désignation d’un vice-président demeurent en souffrance depuis de nombreux mois.
S’il parvient à maintenir l’illusion d’une présence juridique continue par la seule force de sa signature, Paul Biya se heurte aux limites de la politique à distance: en l’absence d’images et d’incarnation physique, un décret de plus suffit rarement à éteindre les inquiétudes de toute une nation.
Par Valentin SOMANDE







































