31 morts ensevelis par l’éboulement d’une immense décharge. Plusieurs blessés et des disparus font l’objet de recherches angoissantes pour de nombreuses familles qui espèrent encore que des leurs sortent de cette montagne puante! Dar-es-Salam, la meurtrie, n’en n’est pourtant pas à son premier drame de déchets non seulement toxiques pour la santé, mais désormais tueurs par effondrement. En 2017, comme dans un avertissement mortel, l’affaissement de la même décharge avait provoqué la mort de neuf personnes au moins et plusieurs blessés.
Mais, les populations qui se sont installées, au vu et au su des autorités, dans cette zone où le danger sanitaire côtoyait, en permanence, le risque de l’éboulement, vivaient dans une promiscuité indifférente avec cette montagne, qu’elles-mêmes et certainement des habitants d’autres quartiers de Conakry, alimentaient au quotidien. La masse de déchets ne cessait donc d’enfler. Et évidement, comme la grenouille de la fable de Jean de La Fontaine, qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf, elle explosa, encore, dans cette nuit de samedi 22 au dimanche 23 août. Toute la commune de Gbessia, théâtre du drame, est encore en émoi et tout le pays sous le choc.
Comment ce drame a-t-il pu se produire encore, malgré le premier signal macabre de 2017? Pourquoi les autorités communales n’ont-elles pas réagi en fermant ce site sans autre forme de procès, même si le gouvernement, comme le médecin après la mort, affirme avoir commencé cette démarche? Comment des populations, au mépris des règles sanitaires les plus élémentaires, peuvent-elles cohabiter avec cette décharge aussi nocive pour l’environnement et source de toutes les maladies possibles pour l’Homme? La Guinée est-elle dotée de services d’hygiène et d’une politique environnementale efficaces? Est-ce possible que le gouvernement, et les riverains de la décharge assassine, n’aient pas senti la catastrophe venir avec ces fortes pluies qui s’abattent sur le pays? Le chapelet d’interrogations est encore long à égrener!
Autant de questions qui demeureront sans réponse, jusqu’au prochain drame similaire ou de toute autre nature, mais avec les mêmes résultats, les mêmes conséquences. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets! Et tant que les dirigeants n’oeuvreront pas dans l’intérêt de leurs peuples qui ne sont, pour eux, que bétail électoral, les désastres de ce genre ne feront que se multiplier. Du reste, c’est pour éviter de frustrer des électeurs potentiels, que la plupart du temps, les actions de prévention et de répression ne sont pas menées à temps. C’est quand le volcan entre en éruption et que la larve a fini de faire des dégâts irréparables, comme les pertes en vies humaines, que les ministres, maires et préfets, versant des larmes de circonstance abondantes, et au nom de son « Excellence le président de la république», rendront des visites de compassion aux familles endeuillées et éplorées, sous les projecteurs et flashs des caméras de paparazzis friands de ces condoléances marquées du sceau de l’hypocrisie politique.
«Drame de Dar-es-Salam, le gouvernement aux côtés des sinistrés et des familles meurtries». Le titre est immuable et fera, bientôt, la Une de la plupart des journaux. Les communicants de l’Etat vont se déployer pour absoudre les autorités. Malheureusement, le fait est loin d’être l’apanage de la Guinée. Partout en Afrique, où l’opinion est encore à bâtir ou à conforter, ainsi va le quotidien des populations, qui, compte tenu de la précarité, s’exposent aux drames les plus inimaginables, comme ceux de se faire ensevelir, à Gbessia, en Guinée, par un éboulement de déchets avec lesquels elles vivent, ou à Zamboï, à la frontière entre la Centrafrique et le Cameroun, par l’effondrement d’une mine d’orpaillage illégal!
Par Wakat Séra







































