Accueil A la une Affaire Dabo Boukary: « Nous avons été torturés » (victime)

Affaire Dabo Boukary: « Nous avons été torturés » (victime)

L’audience entrant dans le cadre du jugement du dossier de l’affaire dite Dabo Boukary, étudiant de 7è année de médecine assassiné le 19 mai 1990 au Conseil de l’Entente, s’est poursuivie ce mardi 20 septembre 2022 à la Chambre criminelle de Ouagadougou. L’audience du jour a concerné la poursuite de l’interrogatoire du général Gilbert Diendiéré, la déposition des témoins et des victimes.

Débuté le lundi 19 septembre 2022, le procès de l’affaire Dabo Boukary s’est poursuivi, ce mardi 20 septembre 2022, avec l’interrogatoire du général Gilbert Diendéré par la partie défenderesse, la déposition des témoins et des victimes.

Le général Diendiéré est resté sur sa position, soutenant qu’il n’était pas au courant de l’arrestation des étudiants et qu’il n’avait pas donné d’ordre pour cela.

Des victimes ont été appelés à la barre. Selon leur narration des faits, les étudiants arrêtés le 19 octobre 1990, ont subi des tortures. « On nous a bastionné à tour de rôle avec des cordelettes et des branches, nous arrosé avec de l’eau. C’est une torture qui a duré une trentaine de minutes », a dit Aboubacar Coulibaly, celui-là que le général Diendéré a dit qu’il a fait conduit à l’infirmerie pour des soins.

Quant à Boukary Dabo, ses camarades détenus ont signifié qu’avant sa mort, il a vomit du sang. « Il y a eu deux ambulances, une pour transporter le corps de Dabo Boukary et une pour transporter l’étudiant Coulibaly », a affirmé Jean Sansan Kambou, une autre victime.

« J’ai bien écouté avec beaucoup d’émotion ce qu’ils ont dit. Je n’étais pas au courant de leur arrestation », a insisté le présumé accusé Diendéré.

Les témoins qui se sont succédé à la barre ont « juré de parler sans haine, de dire la vérité, toute la vérité rien que la vérité ». Au nombre des témoins, il y a le ministre en charge de la Sécurité, le colonel major Omer Bationo qui était en fonction au Centre national d’entrainement commando (CNEC) au moment des faits; Me Alidou Ouédraogo, ex-premier responsable du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDH); Georges-Marie Compaoré, ex-commandant de la compagnie de service au CNEC; Laurent Paré, militaire à la retraite (celui-là qui a reçu les étudiants à Pô) que les victimes ont bien apprécié à la barre car durant leur séjour, il les traitait bien; le gendarme à la retraite Moctar Konfé (celui qui a conduit l’étudiant arrêté à Pama pour amener au Conseil de l’Entente); le gendarme à la retraite Bertin Somda, ex-chef d’état-major de la gendarmerie.

Le premier témoin à passer à la barre, Georges-Marie Compaoré qui a déclaré qu’il a appris le décès de Boukary Dabo le lendemain de sa mort, soit le 20 mai 1990, est un des promotionnaires de Gaspard Somé, le présumé auteurs des arrestations. Interrogé sur l’intéressé, il a soutenu qu’il « n’est pas indiscipliné que cela ». « Ça m’étonnerai qu’il l’ait fait (arrêté les étudiants) de son propre chef », a-t-il dit. « Je pense que les institutions serait venues du côté des civils, la présidence », a poursuivi le témoin.

Quant au ministre Omer Bationo, il a fait savoir qu’il n’a pas « grande chose à dire » sur cette affaire car il n’était pas là au moment des faits. Il a été donc interrogé sur la conduite à tenir en cas d’indiscipline si on est le chef de l’élément fautif. A cela il a répondu que c’est le RDG qu’il faut appliquer.

Une des victimes a relevé la présence du colonel-major au Conseil de l’Entente quand le témoin Moctar Konfé l’y a conduit après son arrestation à Pama.

En ce qui concerne les deux gendarmes, leur témoignage a porté sur l’arrestation de l’étudiant à Pama et l’intervention de leur corps en cas de manifestation.

M. Somda, ex-chef d’état-major de la gendarmerie a affirmé qu’il n’était pas au courant de l’arrestation d’un étudiant à Pama, mais informe qu’il arrivait que des éléments agissent et lui rendaient compte après. Pour ce qui est de l’intervention en cas de manifestations, il a laissé entendre que souvent la gendarmerie arrivait trouver que des militaires du CNEC avaient déjà fait le travail. « Ce n’était pas la première fois ni la dernière fois que des éléments du CNEC intervenaient au campus », a-t-il signifié.

Le président de la Chambre criminelle a aussi procédé à la lecture de la déposition du témoin feu Salifou Diallo qui était le directeur de cabinet du président du Faso au moment des faits. Dans cette affaire son nom revenait le plus souvent. Dans sa déposition, il a déclaré qu’il était hors du pays sur la période du 17 au 21 mai 1990. Il y est revenu que le 22 mai 1990.

Selon sa déposition, c’est deux à trois mois après que le chef de l’État lui a informé de la mort de l’étudiant Boukary Dabo. Il aurait demandé au président de faire juger le dossier Dabo et il lui a dit: « on va voir ça ».

Par Daouda ZONGO

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