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Afrique-Chine: il ne faut pas rêver!

Quelle issue pour la nouvelle idylle Afrique-Chine? (Ph. illustration/lemonde.fr)

Ouvert ce 28 novembre, le 8e Forum de la coopération sino-africaine (Focac) se poursuit à Dakar. Dans la capitale sénégalaise où, en l’absence du président chinois, Xi Jinping, ce sont les ministres en charge du Commerce et des Affaires étrangères du «pays où le soleil se couche», selon cette lettre du prince japonais Shotoku, datant de près de 1500 ans, qui mènent les débats, en face de délégations de plusieurs pays africains plus que jamais sous le charme. Et encouragée par son implantation de plus en plus poussée en Afrique et mue par ses succès diplomatiques avec des pays africains dont elle demeure un partenaire économique de choix, la Chine n’est pas passée par quatre chemins pour exprimer, à l’occasion de ce raout dans la capitale sénégalaise, ses ambitions et les actions futures qu’elle entend développer en Afrique. Une «nouvelle ère» où l’égalité sera le ciment d’échanges commerciaux équilibrés, affirme Pékin. Le discours est séduisant, et constitue le reflet de cette ruée, depuis plusieurs décennies, des petits commerçants et grands hommes d’affaires africains vers la Chine.

Les opérateurs économiques burkinabè qui ont fait de Guangzhou, une autre partie du Burkina, dont ils connaissent tous les enseignes, à force de fréquenter, assidûment, cette ville où, ils font de bonnes affaires, ne diront pas le contraire. Et ils ne sont pas les seuls à s’enticher de cette Chine devenue la Mecque des politiciens, notamment les dirigeants africains qui se trouvent, de plus en plus, trop à l’étroit dans la camisole de force démocratique à eux imposée par l’Occident, trop regardant sur le respect des libertés individuelles et autre respect des droits de l’homme. Ces conditionnalités, les Chinois habitués à la toute puissance du parti unique, n’en font pas une obligation, encore moins une étoile polaire, dans leur course, déjà presque gagnée, contre les Européens et américains sur un continent africain, objet de toutes les convoitises. Sans à priori, le continent peut se féliciter de cette coopération sino-africaine, malgré les griefs, dont celui de nation prédatrice, portés contre la Chine.

Aujourd’hui, nombre d’infrastructures, des routes aux magnifiques stades omnisports, en passant par des ponts et bâtiments futuristes, qui transforment sans coup férir l’environnement de plusieurs capitales africaines, sont l’œuvre des Chinois qui viennent de franchir un pas supplémentaire dans cette aventure avec l’Afrique. En plus des gants, masques, réactifs pour tests anti-covid que la Chine a offert au continent, tout en mettant parfois ses experts à la disposition de nombreux pays, ce sont d’importantes quantités de doses du vaccin chinois qui ont été gracieusement mises à la disposition des populations.

De plus, saisissant l’opportunité de ce forum dakarois, et bien qu’il n’y prend pas part physiquement, preuve peut-être d’un léger désintérêt pour le continent, Xi Jinping vient de promettre un milliard de doses de vaccin anti-covid au profit des partenaires africains de ce pays. Ce n’est pas rien, à un moment où le variant Omicron fait son apparition, obligeant une fois de plus à des restrictions dont la fermeture des frontières.

Toutefois, s’il faut reconnaître le droit aux africains de diversifier leurs partenaires, il est à craindre, à raison, qu’une fois de plus, le continent noir, dans cette nouvelle idylle, ne se limite à son sport favori, tendre la sébile, au risque de garder, comme dans toutes ses autres relations, le statut d’asservi. Si l’on met dans la balance, le sentiment anti-occident qui gronde, à quoi aura donc servi d’abandonner un maître pour se mettre sous la coupe d’un nouveau maître? Il faut donc que les gouvernements africains, qui demandent, à raison, une relation plus équilibrée avec la Chine, se débarrassent de leurs haillons d’éternels assistés, pour se parer de resplendissants habits de noces. Ils pourront, ainsi, montrer à la nouvelle mariée chinoise, que grâce à leurs matières premières qu’ils doivent chercher à transformer en produits finis sur place et aux ressources humaines de choix dont regorge le continent noir, ils peuvent apporter leur contribution à la vie du couple Afrique-Chine.

Sinon, pour l’Afrique, grande sera la désillusion et amère la nouvelle aventure amoureuse!

Par Wakat Séra

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