Accueil Politique Afrique: deux Cours de justice qui cassent les «codes»

Afrique: deux Cours de justice qui cassent les «codes»

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Pour cause de fraude électorale, la Cour suprême du Kenya a pris la décision, osée, 1er septembre 2017, d’invalider le résultat de la présidentielle, organisée un mois auparavant. Une première en Afrique! A son tour, le Malawi vient de sauter le pas.

Intrépide, la Cour constitutionnelle de ce «petit» pays d’Afrique australe s’est autorisée d’annuler, 3 février, le résultat de la présidentielle, tenue en mai 2019. Pour le même motif que celui qui avait dicté le renvoi du vote au Kenya.

Comme à l’accoutumée, c’est le président sortant, Peter Mutharika, qui a emporté l’élection avec 38 % des suffrages devant son principal opposant Lazaru Chakwera.  Victoire biaisée, a aussitôt crié l’opposition, qui a protesté et manifesté sans relâche dans les rues de la capitale, Lilongwe. Et à travers les provinces du pays. Obligée de revoir sa copie, et placée devant certaines évidences sur la fraude dénoncée, la Cour constitutionnelle a simplement annulé le scrutin. Elle en a requis un nouveau dans 150 jours.

Poser des tels actes judiciaires, en Afrique, où la dictature se cache derrière les démocraties tordues, n’est pas du tout anodin.  A titre de preuve, c’est dans un véhicule blindé que les juges se sont rendus au siège de l’institution, à Lilongwe. Aidés en cela par une partie de l’armée malawite, dite «progressiste». Est-ce là des signaux pour briser la glace? Devra-t-on s’attendre à une réaction en chaîne?

C’est au cas par cas

Questions pertinentes. La réponse à ces interrogations est d’autant plus difficile que la dictature, en Afrique, est multiforme. Au Kenya, elle est principalement assise sur la rivalité ethnique entre les Luo et les Kikuyu, dont leurs deux leaders respectifs (Raïla Odinga pour les Luo et Uhuru Kenyatta pour les Kikuyu) se servent de la politique pour assurer leur puissance économique. De fait, ils sont les deux Kényans les plus riches, pour leur gloire personnelle, mais également pour le bien-être de leur communauté.

On a donc assisté à un «arrangement à l’amiable», en sourdine, entre les deux leaders, pour leurs intérêts bien compris, lesquels auraient été mis à mal à travers une confortation ethnique menée de front. Par conséquent, Odinga a  boycotté» la deuxième manche d’élections, organisées plus tard. «Pour la paix sociale».

Tel n’est pas le cas au Malawi, où c’est une partie de l’armée qui mène la barque pro-démocratique. L’armée, selon toute vraisemblance, serait divisée et l’arrêt de la Cour constitutionnelle, après le scrutin prévu dans 150 jours, ne donne aucune assurance qu’il sera accepté de bonne grâce par tous. Surtout par la partie de Mutharika recalée. Quel sera le rôle que pourrait éventuellement jouer l’autre fraction de l’armée restée silencieuse? Est-elle pour la démocratie ou pour la survie de l’ancien régime?  Difficile à prévoir!

Qu’on se souvienne de la Gambie de l’ex- dictateur Yahya Jammeh, en 2017. Il aura fallu l’intervention des militaires de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour le contraindre à quitter le pouvoir.

Quoi qu’il en soit, la justice dans ces deux pays est sortie du bois. Elle a donné la mesure des problèmes qui vont surgir et la nature des solutions qui y seraient apportées. Elles sont largement différentes, selon chaque pays. C’est au cas par cas. Ce qui fait dire que l’instauration de la démocratie, d’une manière ou d’autre, avancera à pas de tortue, voire d’escargot.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

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