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Afrique: les monarques de la démocratie en roue libre

L'Afrique en plein printemps de mandats présidentiels sans fin (Ph. Illustration)

En Afrique, les élections présidentielles se suivent et se ressemblent. Que ce soit au Bénin ou au Tchad qui ont vécu une journée électorale, plus ou moins calme ce dimanche 11 avril. Un calme qui précède la tempête? Peut-être bien, car sans souhaiter un quelconque trouble dans ces pays, nul n’est besoin d’être devin ou un politologue de haut vol, pour affirmer que cette journée électorale, n’a été paisible que parce que pour la plupart, les bureaux de vote, au Bénin où au Tchad, n’ont pas connu l’affluence attendue. Ou n’ont pas ouverts ou alors ont été refermés comme dans la ville martyre de Savè au Bénin, qui pleure ses morts, suite à des heurts entre des manifestants qui dénonçaient la prolongation, de 45 jours, du mandat du président sortant et de la mise à l’écart des opposants. Pourtant, ils étaient près de 5 et 7 millions d’électeurs, respectivement au Bénin et au Tchad, à avoir pris rendez-vous avec ces présidentielles qui devaient ouvrir la voie au changement ou confirmer la continuité. Malheureusement, la compétition, tant à Porto-Novo qu’à N’Djamena, était verrouillée. Pour aller à la reconquête de leurs fauteuils sans coup férir, Patrice Talon et Idriss Deby Itno, ont fait le vide d’opposants autour d’eux.

Si au Bénin, ils étaient deux candidats à avoir accompagné le président sortant, et bientôt entrant, dans sa volonté de se succéder à lui-même, au Tchad ils étaient au nombre de 6. Mais, dans l’un et l’autre cas, les opposants d’envergure, écartés de la course au pouvoir, ont appelé au boycott de cette élection qui donnaient, archi-favoris, des présidents qui ont usé de tous les moyens pour en sortir vainqueurs. Pour eux, le tout n’est pas d’organiser des élections, le plus important étant de les remporter. La présidence à vie justifiant la fin et les constitutions étant faites en Afrique pour être violées en toute impunité, au nez et à la barbe d’un peuple impuissant et d’opposants muselés, les résultats des élections sont bien connus à l’avance. Et rien ne peut les changer! Tout est fait, par des institutions acquises, pour plaire au prince, comme au Djibouti où Omar Ismaïl Guelleh, 73 ans vient de s’offrir un 5è mandat, en remportant la présidentielle de ce vendredi 9 avril, avec 98,58% des voix. Ou au Congo, où Denis Sassou N’Guesso, 77 ans, 36ans au pouvoir, devrait bientôt prêter serment pour un 4è mandat, après une razzia de 88,57% des suffrages à la présidentielle du 21 mars dernier.

Certes, le taux de participation, après l’appel au boycott des opposants d’envergure, et le désintérêt total de la jeunesse pour la chose politique, sera très scruté, au Tchad comme au Bénin. Mais, à l’instar des résultats de complaisance qui seront soutirés aux urnes, ces taux de participation seront, évidemment, fabriqués par les apprentis sorciers des laboratoires de fraude, savamment mis en place par les «présidents fondateurs des républiques très très démocratiques du Gondwana». Dommage pour cet inédit, que le Bénin, qui était considérée comme une terre fertile pour la démocratie, portera désormais comme une grosse tâche noire, dont le «quartier latin de l’Afrique occidentale», se serait bien passée, si le peuple avait la possibilité de dire son mot.

Sauf au Niger, où l’alternance démocratique fait la fierté d’un peuple qui vit les premiers jours de l’ère Mohamed Bazoum, après la passation de témoin entre le nouveau président démocratiquement élu et l’ancien, Issoufou Mahamadou, lui aussi démocratiquement élu, et qui a quitté le pouvoir suite aux deux quinquennats auxquels lui donnaient droit la constitution de son pays, le printemps des mandats sans fin fleurit bien en Afrique. Le pire est que, non seulement les peuples africains n’ont pas la démocratie, mais ils manquent aussi de pain!

En tout cas, au rythme où vont les élections, les monarques de la démocratie africaine ont encore de beaux jours devant eux, et ce ne sont pas ces organisations internationales qu’ils animent, et qui sont, en réalité de véritables syndicats de défense de leurs intérêts, qui s’opposeront aux présidences à vie dans la…démocratie.

Par Wakat Séra

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