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Algérie: Bouteflika dégagé, à quand le prochain rebondissement?

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Abdelaziz Bouteflika dégagé par l'armée (Ph. linternaute.com)

Abdelaziz Bouteflika a remis sa démission au Conseil de la Nation, le conseil constitutionnel algérien, ce mardi 2 avril 2019. C’est le dernier épisode du feuilleton joué par la classe politique algérienne, depuis que la rue est entrée en ébullition, d’abord contre le cinquième mandat et ensuite pour la fin hic et nunc du quatrième mandat en cours, du désormais ancien président. Finalement, et sur pression des manifestants de toutes les catégories socio-professionnelles, c’est l’armée qui «dégage» le chef de l’Etat, 82 ans, 20 ans de pouvoir, et malade depuis 2013. Comme un poisson d’avril qui a eu du mal à passer, la promesse de démission du président algérien avant le 28 avril prochain, date butoir de son quatrième mandat, a été rejeté par la rue, notamment des milliers d’étudiants qui n’ont pas attendu la grande manifestation prévue pour le vendredi prochain. L’armée ayant sans doute flairé le danger de voir la situation dégénérer davantage, et surtout une déflagration dont elle ne sera pas épargnée, a voulu très vite reprendre les choses en main. C’est ainsi qu’on peut interpréter, sans risque de se tromper, la remise en cause du communiqué de la présidence, qui annonçait la démission de Bouteflika avant le 28 avril. Et Boutef fut débarqué, c’est le cas de le dire, manu militari, même si la voix officielle impute cette démission à l’intéressé lui-même.

Tout aussi historique qu’elle est dans l’histoire politique de l’Algérie, la démission de Abdelaziz Bouteflika ne marquera visiblement pas la fin de la contestation que vit le pays depuis sept semaines maintenant. La détermination de la rue ne faiblit pas et la confusion que génèrent les décisions prises par un gouvernement et une armée, deux entités dont les démarcations sont de plus en plus difficiles à cerner, présagent, sauf miracle, un bras-de-fer inévitable entre le peuple et les militaires. Jusqu’à quand peut durer, en effet, la lune de miel entre les manifestants et l’armée, toujours dirigée par des généraux très proches du système, notamment le général Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major des armées et vice-ministre de la Défense? De même, le déficit de confiance de confiance se creusant chaque jour un peu plus, entre le peuple avide de changement et  ses dirigeants qui s’accrochent à un pouvoir qui leur garantit survie et passe-droits, n’est pas pour ramener la sérénité dans une Algérie qui basculera dans le chaos si rien n’est fait. Il urge de trouver des solutions durables et sincères, qui sortiront de tout calcul et ruse des caciques du système Bouteflika, mais s’éloigneront également aussi des «manipulations de mains invisibles» que dénonce l’armée. Une chose est certaine, il faut s’attendre encore à bien de coups de théâtre dans cette crise socio-politique dont l’issue est loin de poindre. Les manifestants appelant au «dégagisme» de tout le système, se contenterons-t-ils des mesurettes qu’ils assimilent à de la ruse développée par le pouvoir pour se maintenir aux affaires?

Qui sortira vainqueur de ce face-à-face entre le peuple qui affirme l’illégitimité du pouvoir et l’armée qui brandit la Constitution pour résoudre la crise? Seul Abdelaziz Bouteflika pourra au moins profiter, sauf dernier rebondissement, de sa retraite désormais officielle pour cultiver son jardin.

Par Wakat Séra

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