Accueil A la une Attaques terroristes: après Solhan, la psychose monte en Côte d’Ivoire

Attaques terroristes: après Solhan, la psychose monte en Côte d’Ivoire

Les attaques terroristes mettent toutes les forces armées sur le qui-vive constant (Ph. illustration/RFI)

Un véritable carnage! Dans une attaque perpétrée ce week-end à Solhan, village burkinabè situé dans la zone dite des trois frontières que partagent le Burkina Faso, le Mali et le Niger, des terroristes ont assassiné froidement 160 civils. Ils ont également provoqué la fuite des habitants, dont de nombreux enfants, qui sont allés grossir le lot de ces Burkinabè qui ont fui leurs villages, abandonnant derrière eux, terres et troupeaux.  Pendant que Solhan pleure toujours ses morts, les hommes sans foi ni loi ont pris pour cible Tougbo, localité ivoirienne, proche de la frontière avec le Burkina. Comme quoi, s’ils vivent en communion des moments de joie, la Côte d’Ivoire et le Burkina, pays réunis par un cordon ombilical, n’en partagent par moins des événements douloureux.

C’est ainsi que les Ivoiriens sont très touchés par ce malheur qui a frappé leurs frères burkinabè, endeuillés par le massacre d’innocents villageois, par des bandes armées. Du reste, malgré les assurances de leur gouvernement, les Ivoiriens sont bien conscients que ces mêmes groupes peuvent frapper partout, sur un continent noir, notamment une sous-région ouest-africaine marquée par la porosité des frontières. De plus, la difficulté, voire l’impossibilité, pour les forces de l’ordre à contrôler les mouvements des personnes entre la Côte d’Ivoire et le Burkina, est notoire. Si le Burkina, situé dans le Sahel africain où règnent en maîtres les terroristes, est constamment dans l’œil du cyclone, la Côte d’Ivoire est, elle aussi, désormais, menacée par l’hydre qui ne cesse d’étendre ses tentacules. L’attaque de Kafolo, village ivoirien, frontalier du Burkina, en juin 2020, a, du reste, donné raison à ceux qui disent que la Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri des attaques des terroristes.

Cette psychose est agravée par la dernière incursion de ces fameux «groupes armés» non identifiés qui ont semé la mort dans les rangs des Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI). Selon l’état-major de l’armée ivoirienne, «dans la nuit du lundi 7 juin 2021, aux environs de 21 heures, la localité de  Tougbo, située dans le département de Bouna et frontalière du Burkina Faso, a été attaquée par des individus armés. Le détachement des Forces Armées de Côte d’Ivoire pré-déployé sur les lieux a immédiatement réagi et repoussé l’ennemi. Le bilan provisoire fait état d’un soldat ivoirien décédé des suites de ses blessures. Aucune victime civile n’est à déplorer». Cette énième attaque armée, aux portes d’entrée nord-est du territoire, va certainement en rajouter à la peur des Ivoiriens surtout qu’elle intervient 72 heures après le massacre de Solhan.

Déjà le 29 mars 2021, des positions des forces de l’ordre ont été la cible de deux attaques à la frontière avec le Burkina Faso. Kafolo, localité frontalière du Burkina, a été attaquée une seconde fois en moins d’un an. On a denombré deux morts de source officielle tandis qu’au même moment, le poste de gendarmerie de Téhini situé à l’est de Kafolo, a été ciblé par des hommes armés. Un gendarme y a laissé la vie, sans qu’on puisse mettre la main sur les assillants. Selon les autorités ivoiriennes, plusieurs attentats ont également été déjoués grâce à la collaboration des services de renseignements ivoirien, malien, burkinabè et français.

Malgré les manœuvres militaires ivoiro-burkinabè menées pour traquer ces groupes armés, la frontière entre les deux pays est loin d’être un havre de paix et de sécurité, au grand dam des populations locales qui ne peuvent plus se livrer à leurs activités rurales et pastorales. Les derniers évènements survenus à la frontière entre le Burkina et la Côte d’Ioire donnent raison à Bernard Emié, patron du renseignement extérieur français, qui a affirmé en février dernier qu’Al-Qaïda au Sahel développait un «projet d’expansion» vers le golfe de Guinée, en particulier la Côte d’Ivoire et le Bénin. «Ces pays sont désormais des cibles eux aussi. Et pour desserrer l’étau dans lequel ils sont pris et pour s’étendre vers le sud, les terroristes financent déjà des hommes qui se disséminent en Côte d’Ivoire ou au Bénin», avait-il dit.

Les autorités ivoiriennes, elles, ont tenté de rassurer les populations en affirmant que ce dossier était «géré» depuis belle lurette et qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. «Nous étions suffisamment alertés depuis plusieurs années sur la menace terroriste que subit notre sous-région. Depuis déjà des années, des dispositions ont été prises par l’État de Côte d’Ivoire pour faire face à quelque menace que ce soit […] dans une coopération bien intelligente entre les services nationaux et internationaux», avait déclaré le porte-parole du gouvernement ivoirien, Sidi Touré. «Nous avons nettoyé la zone [de Kafolo], nous sommes prêts à faire face à toute menace éventuelle», avait renchéri le président ivoirien Alassane Ouattara, en octobre 2020 en comptant sur des actions dans «le domaine du renseignement et l’acquisition d’outils technologiques». Les faits ne sont-ils pas en train de lui donner tort?

Par Mahamadou Doumbia, Correspondant de Wakat Séra en Côte d’Ivoire

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