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Blaise Compaoré: enfin le pardon pour la mort de son «frère et ami» Sankara!

L'ex président du Faso Blaise Compaoré (Ph. d'archives)

«(…) Je demande pardon au peuple burkinabè pour tous les actes que j’ai pu commettre durant mon magistère, plus particulièrement à la famille de mon frère et ami Thomas Isidore Noël SANKARA. J’assume et déplore, du fond du cœur, toutes les souffrances et drames vécus par toutes les victimes durant mes mandats à la tête du pays et demande à leurs familles de m’accorder leur pardon. Ensemble, dans un esprit de patriotisme, donnons-nous la main pour taire définitivement nos querelles et rancœurs. (…) Il est important aujourd’hui, de travailler au recouvrement de l’intégrité territoriale, à la reconstruction et promotion d’un environnement favorable à l’épanouissement durable pour tous. C’est l’unique voie, qui permettra ainsi de mettre fin à nos incompréhensions et conflits intercommunautaires pour lutter efficacement contre le terrorisme qui a tant saigné notre pays et ébranlé ses fondements. Nous le pouvons. Nous le devons à notre cher pays dans un sursaut patriotique. Que Dieu bénisse le BURKINA FASO!»

Florilège d’un message de pardon venu des berges de la lagune Ebrié où l’auteur a trouvé gîte et couvert offerts par son ancien homologue, le président ivoirien Alassane Ouattara. Un pardon longtemps attendu par toute une nation, depuis l’assassinat de Thomas Sankara, le père de la Révolution burkinabè et 12 de ses compagnons, un jeudi noir d’octobre 1987. Mieux vaut tard que jamais, Blaise Compaoré, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a demandé pardon au peuple burkinabè et «plus particulièrement à la famille de-son-frère et ami Thomas Isidore Noël Sankara», dont il a hérité du fauteuil après le drame du 15 octobre 1987.

L’histoire retiendra qu’après sa chute inattendue en octobre 2021-encore ce sacré 10e mois de l’année, qui a connu son accession au pouvoir et a également vu sa chute et son exil précipité, suite à la manifestation géante de rue, certains parlent de «coup d’Etat»- le fringant capitaine s’est fait une virginité par les urnes en ramenant le Burkina dans les clous d’Etat de droit où fleuriront à souhait les partis politiques et une presse plurielle. Mais la même histoire retiendra que le même Blaise Compaoré a été jugé par contumace et ramassé la perpète, le 6 avril, pour «attentat à la sûreté de l’Etat» et «complicité s’assassinat» de son «frère et ami», Thomas Sankara. A procès historique, verdict historique dont Blaise Compaoré et ses conseils ont fait appel.

En attendant le retour au prétoire pour ce dossier aux ramifications complexes, l’ex locataire du palais présidentiel de Kosyam est passé par Ouagadougou, du 7 au 9 juillet pour un bref séjour controversé, sur invitation du président du Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba en plein chantier d’une réconciliation nationale appelée de tous, même si le format diffère selon les camps et les clans. Dans la foulée de son retour-éclair au pays natal, Blaise Compaoré fait parvenir son message de pardon à Ouagadougou. Un acte de grandeur selon les croyants en Dieu!

Mais pourquoi ne pas avoir demandé ce pardon à l’occasion de son dernier passage, en regardant en face ce peuple burkinabè reconnu pour son indulgence et sa tolérance légendaires? Peut-être pour des raisons de santé, car c’est un Blaise Compaoré, pimpant dans un beau costume bleu pétrole aux plis impeccables mais à la démarche fortement hésitante due à sa santé fragilisée par la maladie et le poids de l’exil, qui a marché sur le tapis rouge de «son» palais de Kosyam, construit sous son règne.

Un passage du message pourrait même fait croire qu’il a été rédigé pour être lu par son auteur, lors de son dernier séjour. Morceau choisi: «Permettez-moi aussi de saisir l’opportunité de ce message pour remercier, tout spécialement depuis Ouagadougou, Son Excellence Monsieur Alassane Dramane OUATTARA, Président de la République sœur de COTE D’IVOIRE et son Gouvernement, pour toutes les commodités mises en œuvre afin de faciliter mon déplacement à Ouagadougou». Question: pourquoi ne pas avoir laissé Djamila Imani Compaoré, présente dans la délégation venue de Côte d’Ivoire, demander, ce mardi, pardon au nom de, et pour, son père? Sans doute que la perception par le peuple auquel le message est adressé aurait été, alors, tout autre.

En tout cas, le pardon est une valeur reconnue par toutes les sociétés et il grandit celui qui le demande et en même temps celui qui l’accepte. Le pardon de Blaise Compaoré, diversement apprécié, continuera, lui, de faire des vagues encore un moment, dans un Burkina engagé dans une guerre sans merci contre les djihadistes et les fameux «hommes armés non identifiés» qui endeuille le Sahel.

Par Wakat Séra    

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