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Bogodogo: les élèves posent une «revendication légitime mais il ne faut pas qu’ils fassent dans l’incivisme» (proviseur)

Le proviseur du lycée Bogodogo de Ouagadougou Madi Compaoré

Le proviseur du lycée Bogodogo de Ouagadougou Madi Compaoré a affirmé ce mardi 2 mars 2021 dans un entretien à Wakat Séra, que ses élèves qui ont bloqué hier la voie d’accès au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU-YO) pour manifester pour un meilleur accès à leur établissement, posent une «revendication légitime mais il ne faut pas qu’ils fassent dans le sens de l’incivisme». M. Compaoré a demandé à l’Association des Elèves du Secondaire de Ouagadougou (AESO)/section Bogodogo qui parraine le mouvement à revenir à la table de négociations. Pour lui, « on peut toujours avoir des solutions tout en restant dans la bonne manière de faire pour ne pas que quelque part » l’école publique « perde beaucoup en cours surtout que beaucoup d’élèves sont en classe d’examens ».

Selon le premier responsable du lycée Bogodogo situé non loin du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU-YO), le plus grand centre de santé du Burkina Faso, son administration a reçu une plateforme revendicative le 24 février dernier qui annonçait une grève les 1er et 2 mars 2021. Le motif faisait cas de « la difficulté d’accès à l’établissement », a affirmé Madi Compaoré. « Au mois de novembre passé, les élèves avaient déjà manifesté pour le même motif. Nous avons essayé de comprendre et nous avons informé la hiérarchie. Nous avons également pris langue avec les responsables chargés de la voie (avenue de Thomas Sankara) qu’est COGEB. Ils nous ont dit que la réalisation de la voie-là a d’abord fait l’objet d’une étude et que pour garantir la sécurité des élèves, il a été prévu l’ouverture d’une voie côté Ouest (du lycée) en allant vers la rotonde qui sera bitumée. Ce qui va permettre d’aller vers la voie du Conseil national de Lutte contre le Sida et les IST (CNL-IST)», a expliqué M. Compaoré.

Pour lui, cela cause toujours un problème pour la majorité de ses élèves qui viennent de Kossodo (Nord), Saaba et de la Zone 1 (Est). « Ils disent qu’ils ne peuvent pas après le mini-échangeur continuer jusqu’au rond-point (faisant intersection avec l’avenue de la liberté et le CNL-IST) pour contourner avant de revenir au lycée. Ils trouvent que c’est long », a-t-il laissé entendre avant de poursuivre que « quand vous êtes devant le lycée Bogodogo avant 7H, vous voyez qu’à partir du passage temporaire qui donne accès à l’hôpital Yalgado, les élèves bifurquent dans le sens inverse de la circulation pour entrer dans l’établissement ».

Vu cette situation, lui et son personnel avaient demandé dans un sens de la « conscientisation » aux élèves de respecter le Code de la route car « c’est la seule manière de garantir (leur) sécurité présentement ». Selon Madi Compaoré, le fait de respecter le Code de la route n’exclut pas toujours les démarches en vue de trouver une brèche pour pouvoir avoir accès à l’établissement. « Mais si les élèves vont à contre-courant de la circulation et qu’un accident se produit, les règles vont s’appliquer en fonction du Code de la route et ils ne pourront pas avoir raison », a prévenu le proviseur de Bogodogo.

Le parking du Lycée Bogodogo resté vide

Sur la trentaine d’élèves qui auraient eu des accidents ou des accrochages en circulation du fait de l’accès difficile du Lycée Bogodogo, le chef de l’établissement a signifié qu’à sa connaissance, il n’y a pas de preuve. « J’ai demandé à avoir la liste des élèves victimes, mais je n’en ai pas trouvé. Même les intéressés qui ont été victimes-là, nous ne les connaissons pas. Donc vous voyez qu’administrativement c’est un peu difficile », a-t-il dit, poursuivant qu’ il n’y a pas (aussi) à notre connaissance d’absence d’élève liée à cette situation que les élèves posent. J’ai même pu échanger avec les responsables pour que nous ayons des situations exactes d’élèves qui ont eu des accrochages dans ce sens-là. Sur cette question, c’est aux intéressés que vous auriez pu demander cette preuve là, sinon moi je n’en ai pas. Et même quand il y a accrochage, il y a des formalités », a-t-il réagi sur le sujet.

Mais que répond le proviseur de Bogodogo à l’ultimatum lancé par ses élèves. « Ca c’est vous qui nous apprenez ça parce qu’après le mouvement, les responsables de l’association qui parraine le mouvement ne sont pas revenus à notre niveau. Ils ont donné une semaine alors qu’ils ne sont pas venus nous voir. Pourtant ce sont mes élèves, mes enfants », a regretté Madi Compaoré qui rassure que son administration est ouverte au dialogue. « Il n’y a pas de barrière. Le minimum de considération aurait voulu qu’après la manifestation, les élèves reviennent vers nous pour dire, proviseur voilà et on échange. Mais c’est à travers la presse et les réseaux sociaux que j’apprends qu’ils donnent une semaine comme ultimatum pour résoudre leur problème », s’est-il offusqué.

Sur sa responsabilité dans cette situation, la réponse du proviseur Compaoré est sans équivoque. « Moi ma responsabilité en tant que proviseur est de veiller à faire assurer les cours, les apprentissages, garantir la sécurité des enfants dans l’enceinte de l’établissement. Maintenant ma responsabilité sera-t-elle engagée lorsque les enfants quittent la maison pour venir dans l’enceinte de l’établissement ? A cette question-là il faut aussi situer les responsabilités. Je ne peux pas en tout cas assumer cette responsabilité-là en tant que proviseur », a-t-il lâché avant de marteler qu’il ne peut pas enseigner à ses élèves l’inconduite.

« C’est une situation de fait qui est là. En attendant de trouver une solution, respectons les règles parce que si quelque chose arrive, nous sommes en infraction. On ne peut pas se prévaloir de sa propre turpitude. C’est vrai, ils posent une revendication légitime mais il ne faut pas qu’ils fassent dans le sens de l’incivisme », a déclaré M. Compaoré, déplorant les deux jours de grève qui mettent les élèves eux-mêmes en retard par rapport au programme scolaire. « Les devoirs et cours qui devaient être faits et dispensés hier et aujourd’hui sont à l’eau. Je trouve que boycotter 48H de cours, à la fin, ce n’est pas intéressant. Même hier, ça n’empêchait pas qu’après avoir manifesté leur ras-le-bol, ils puissent continuer les cours parce que l’information est passée, l’administration est informée. Mais les classes sont vides et ça c’est notre souci également », a-t-il déploré.

Par Bernard BOUGOUM

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