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Burkina Faso: A Djibo, les populations civiles paient le prix d’une crise qui dure depuis quatre ans

Gorom Gorom (Sahel region of Burkina Faso): a camp for internally displaced people with limited access to basic resources such as water and food. Access to health care also remains challenging for those who have lost everything in their escape from armed conflict.

Ceci est un document de l’organisation médicale et humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) où Hama Amadou qui a été le coordinateur de projet de Médecins Sans Frontières (MSF) à Djibo, au Burkina Faso, de février à décembre 2021, revient sur sa participation au projet à la lumière de ce qui se passait à l’époque et de ce qui se passe aujourd’hui.

« Nous ne devons pas tourner le dos à l’urgence humanitaire dans la région du Sahel.

Hama Amadou a été le coordinateur de projet de Médecins Sans Frontières (MSF) à Djibo, au Burkina Faso, de février à décembre 2021. Il revient ici sur sa participation au projet à la lumière de ce qui se passait à l’époque et de ce qui se passe aujourd’hui.

Le Burkina Faso est désormais au cœur de la crise sahélienne et des millions de personnes souffrent quotidiennement, dans un contexte très volatile et complexe. Dans une ville comme Djibo, dans la région du Sahel au Burkina Faso, la situation actuelle met clairement en évidence l’évolution d’une situation sécuritaire et humanitaire résultant notamment de la crise malienne qui dure depuis plusieurs années maintenant.

S’il est vrai que j‘ai quitté depuis des mois ce projet que je coordonnais làbas, l’évolution de la situation me rend particulièrement triste. En lisant chaque jour les nouvelles du pays, notamment celle sur la dernière attaque de début juin à Djibo, ou en discutant régulièrement avec les collègues qui aident encore la population sur place, je trouve la situation très préoccupante.

J’ai pour ma part passé plus d’un an à Djibo. Lorsque je suis arrivé en février 2021, la situation sécuritaire s’était quelque peu améliorée et la ville bénéficiait d’une relative accalmie par rapport aux mois précédents et aux incidents alarmants que la ville avait  pu connaitre, dont l’enlèvement de travailleurs humanitaires. Pendant des mois, la région avait également été le théâtre de meurtres de civils et d’autorités religieuses, mais aussi d’attaques contre des camps militaires.

Cette « période de calme » a duré environ un an, d’octobre 2020 à octobre 2021, lorsque le conflit est de nouveau remonté très rapidement en puissance. Cette nouvelle flambée de violence a vu le retour dincidents dont les populations sont les premières victimes, ainsi que de combats entre les groupes armés et les Forces de Décence et de Sécurité (FDS) Burkinabès, dont nous voyons aujourd’hui le pic.

Je me souviendrai toujours du choc pour moi, lorsque, même dans cette tempête alors plus calme, j’ai appris l’incident de l’ambulance du district sur un engin explosif improvisé, début mars 2021. Ce jourlà, l’ambulance évacuait une femme enceinte pour Ouagadougou. Quatre personnes sont mortes dans un véhicule qui ne faisait que transporter des patients, des soignants et du personnel médical pour une prise en charge médicale nécessaire.

Depuis lors, la situation n’a fait qu’empirer. La ville de Djibo est assiégée depuis mifévrier, ce qui rend pratiquement impossible l’accès des personnes, des commerçants et de l’aide humanitaire. Alors que la route est peu sûre, les vols humanitaires affrétés pour relier Djibo à Ouagadougou sont irréguliers et/ou peuvent être suspendus pendant des semaines en raison de l’insécurité. Il est également devenu plus difficile de se déplacer dans les environs.

La population de Djibo, qui comptait à l’origine environ 60 000 habitants, s’élève aujourd’hui à environ 350 000 personnes, car de plus en plus de personnes déplacées sont arrivées en raison de l’insécurité. Alors que les équipes médicales de MSF sont présentes à Djibo depuis quatre ans maintenant, nous avons pu constater au fil des ans la rapidité avec laquelle la situation évolue et la croissance exponentielle des besoins médicaux et humanitaires. L’accès aux soins est devenu de plus en plus compliqué pour la population. Dans la région du Sahel où se trouve Djibo, 65% des centres de santé sont aujourd’hui fermés et fonctionnent au minimum en raison de l’insécurité et d’un  manque crucial de personnel. Avec l’insécurité qui règne à proximité de la ville, les organisations médicales et humanitaires comme la nôtre sont souvent dans l’incapacité d’atteindre les personnes vivant en périphérie de la ville, en raison du contexte d’insécurité.

Nos activités médicales reflètent aujourd’hui la réalité que vivent les habitants de Djibo. En plus de la violence qui touche la population, la ville est confrontée à d’autres problèmes de santé. Plusieurs de ces problèmes, que nous constatons régulièrement, sont le résultat direct du manque d’eau potable, de la malnutrition, de la difficulté d’accès aux médicaments et des consultations médicales retardées, souvent par manque de moyens financiers. Nous avons donc mis en place des activités de distribution d’eau, même si ce n’est pas notre principal domaine d’intervention. De fait, MSF est aujourd’hui l’une des principales organisations humanitaires à distribuer de l’eau à Djibo et nous sommes souvent incapables de répondre aux besoins en eau de l’ensemble de la population.

Ce qui se passe aujourd’hui et depuis des mois à Djibo reflète en réalité la situation qui prévaut dans tout le pays. Une situation où les populations civiles, les communautés locales et déplacées, sont les premiers à payer le prix de cette crise. Alors que le monde tourne son attention vers la guerre en Ukraine et d’autres urgences humanitaires, la crise en cours dans cette région ne doit pas être oubliée. Nous devons continuer à raconter ces histoires humaines dont nous sommes témoins et à fournir une assistance médicale humanitaire aux personnes qui souffrent, car la communauté internationale ne doit pas détourner ni son attention, ni ses fonds, ni ses programmes. »

FIN

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