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Burkina Faso: du Covid-19 au «Pochvid-20»

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Rood-Woko, le marché central de Ouagadougou

15 nouveaux cas confirmés. 1 nouvelle guérison. 2 nouveaux décès. Soit un total de 261 cas confirmés depuis le 9 mars 2020 pour 32 guérisons et 14 décès. C’est le petit récapitulatif auquel se livre Wakat Séra, tous les jours pour mettre ses lecteurs au diapason de l’évolution du Covid-19 au Burkina. En attendant qu’elle descende, probablement après avoir atteint le pic comme ailleurs, la courbe des données ne fait que monter. Ces statistiques effrayantes sont la preuve que le fantôme est bien dans la maison depuis un bout de temps et s’est confortablement installé, nonobstant le respect des gestes barrières et autres mesures chocs instaurées par le gouvernement qui visiblement a pris le taureau par les cornes. Les établissements scolaires et universitaires sont fermés. Les lieux de culte ont fini par fermer aussi sur décision non pas des autorités politiques, mais des pasteurs qui ont enfin compris que leurs brebis étaient en danger, car le loup «corona» rôde. Les maquis, bars et restaurants ont aussi été contraints à la fermeture, tout comme les grands marchés. Les gares ont arrêté de vivre parce que les transports en commun, urbains et interurbains sont bloqués. Un couvre-feu de 19h à 5h du matin, a été mis en place pour empêcher ces lieux publics qui drainent, dans une promiscuité dangereuse, les disciples de Bacchus et les hommes au bas ventre en feu, un feu que seules les reines de la nuit arrivent à éteindre. Et pour décourager les récalcitrants et les plus téméraires des noctambules, les Forces de défense et de sécurité font la ronde, ne laissant passer que les détenteurs d’un laissez-passer, sésame auquel leur donne droit leur profession de journaliste ou d’agent de santé qui les amène à sortir la nuit.

Pendant ce temps, un numéro d’appel, quoiqu’il lui est reproché d’être souvent muet ou de sonner dans le vide, met, jour et nuit, les braves médecins sur la brèche. Les «héros en blouse blanche», malgré leur sous-équipement mais animé d’une détermination que seul l’amour de leur métier leur impose, se démènent comme de beaux diables pour sauver les vies qui peuvent encore l’être. Car, en Afrique, généralement, les hôpitaux peuvent peu. Mais les autorités tiennent-elles fermement les cornes du taureau? Rien n’est moins sûr! Les mesures d’accompagnement, il faut le dire de go manquent. L’économie informelle qui est la mieux conjuguée au Burkina par des populations qui vivent au jour le jour, ne s’accommode point de ces mesures trop drastiques qui risquent de tuer plus vite que le Covid-19. Les quelques jours de confinement partiel ont commencé à créer un autre virus plus dangereux que ceux qui ont encore le sens de l’humour, malgré la morosité économique et la gravité de la situation ont baptisé «POCHVID-20». Comme son nom l’indique, le «Pochvid-20» a jeté le long des rues, les femmes qui sont sorties des grands marchés pour en créer de nouveaux, où les marchandages font fi de la distanciation sociale d’au moins un mètre préconisé et où le boucher, assailli par ses clients découpent la viande, la sert et encaisse son argent, le tout avec la même main ensanglantée qui va de la carcasse de bœuf à la poche et parfois au visage pour essuyer cette sueur bien agaçante. Des fonctionnaires surpris par les mesures d’interdiction de circuler des véhicules de transport et qui voudraient rejoindre leur villes d’origine pour y toucher leurs salaires. Cette femme qui devait venir se marier à Ouagadougou et a pu quitter chez elle mais s’est retrouvée bloquée à Ouahigouya (nord du Burkina) où elle ne connaît personne mais ne peut plus retourner dans son village parce qu’aucun véhicule ne peut encore rouler, surtout d‘une ville ou vers une autre, mise en quarantaine comme Ouagadougou et Bobo Dioulasso, parce qu’ayant connu au moins un cas de Covid-19. Ces entreprises qui ont fermé libérant dans la nature des hommes et femmes piliers de leurs familles. A Ouagadougou, des chauffeurs de taxi, n’en pouvant plus, ont décidé de sortir pour travailler, même s’ils doivent mourir du Covid-19.

Le chapelet des victimes du «Pochvid-20» est bien fastidieux à égrener, mais montre combien les mesures prises par ceux qui nous gouvernent doivent être repenser pour la plupart. S’il faut exhorter chaque citoyen à faire des efforts pour éviter de se contaminer et surtout contaminer les autres en respectant les mesures barrières sur lesquelles il importe de sensibiliser à outrance, il importe davantage pour l’Etat d’instaurer des mesures d’accompagnement pour les secteurs les plus touchés. Le «copier-coller» semble ne pas faire recette ici, chaque pays et chaque continent ayant ses spécificités culturelles et économiques, que le Covid-19 a certes bousculées, mais qui demeurent quand même. Il urge donc de trouver la bonne mesure pour ne pas créer une crise dans la crise. Covid-19 et «Pochvid-20» se tiennent pour l’instant par la main, dans une solidarité inquiétante.

Par Wakat Séra

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