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Burkina: la saison nationale de la corvée d’eau est ouverte

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La pénurie d'eau est vécue durement par les populations (Ph. d'illustration: news.aouaga.com)

Chaque année, notamment pendant la période de la canicule, la grande majorité des Burkinabè fait face de façon impuissante à l’éternel problème de pénurie d’eau potable. Comme bon nombre de centres urbains qui sont confrontés à ce souci récurrent, des quartiers, et pas des moindres, pour ne pas dire des zones entières de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, subissent de plein fouet, cette dure réalité. C’est ainsi que depuis le mois de mars, la corvée d’eau qui touche des milliers de personnes a commencée. Elle est si pesante que nonobstant les désagréments, et prenant presque sportivement la chose, certains Ouagalais ont décrété l’ouverture de la «saison nationale de la corvée d’eau. Pointé du doigt, le ministère de l’Eau, dont le premier responsable était sur le plateau de la télévision nationale a accusé, entre autres, les entrepreneurs chargés des travaux sur le circuit de distribution.

Selon des témoignages parvenus à Wakat Séra et comptabilisant les nuits blanches et chaudes vécues par des populations qui ne savent plus où donner de la tête, la situation, si elle n’est pas désespérée n’en n’est pas moins grave. C’est la galère dans plusieurs quartiers de Ouagadougou dont Tampouy, Nagrin, Kamboinsin, Bendogo, Pissy, Bassinko ou Cissin, pour ne citer que ceux-ci. Le 12 avril dernier, le ministre burkinabè en charge de l’Eau et de l’assainissement, Niouga Ambroise Ouédraogo, invité au journal télévisé de la chaîne nationale (TNB), a indiqué que la pénurie d’eau potable en période chaude est en grande partie due aux «entrepreneurs» commis aux travaux dans ce secteur et qui ne «respectent pas (leurs) engagements» vis-à-vis des contrats.

Le ministère de l’Eau rassure les populations

Depuis 2016, le Burkina vit une situation difficile des zones hautes de la ville de Ouagadougou qui manquent d’eau, a d’abord fait remarquer M. Ouédraogo. Le fond du sujet, selon lui, est un problème de «distribution» et non de production. «Lorsque nous parlons de la distribution, cela va de la contribution des châteaux d’eau à l’enfouissement des grosses canalisations et à l’équipement des branchements familiers particuliers et bornes fontaines. Et c’est là que se trouve le problème», a expliqué le ministre.

Selon M. Ouédraogo qui se dit très conscient du problème vécu par les populations, «les zones déficitaires appelées zones hautes (dans la capitale), sont situées de telle sorte qu’en temps normal de distribution avec les châteaux existants, elles sont les dernières à être servies. En réalité, ces quartiers ont de l’eau mais à des heures tardives (entre 24h, 2h, 3h du matin)», a ajouté le «chef de l’eau».

Le département en charge de l’eau a dénombré «52 centres urbains déficitaires». Chaque centre urbain a son problème, «mais les problèmes sont récurrents , a reconnu Niouga Ambroise Ouédraogo.

Des spécialistes pas contents

Les populations, dans les quartiers touchés par la pénurie s’alignent pendant des heures pour espérer se procurer le jus précieux pour préparer à manger pour leur famille. «On peut sentir la souffrance des gens qui ne peuvent ni boire à leur soif, ni manger à leur faim, ni se laver, ni soigner leurs enfants que la déshydratation tue à petit feu en cette saison chaude», se désespèrent des spécialistes en matière d’eau. Certains ont même été déçus par la sortie télévisuelle du ministre de l’Eau qui, selon eux n’a pas fait d’annonce de grande portée de la part du gouvernement pour montrer aux populations que l’eau est réellement une priorité pour l’Etat.

Si ces experts ont salué les efforts du ministère qui se déploie dans des villes dont Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, la deuxième capitale, pour desservir des quartiers de façon alternée avec des citernes d’eau, ils n’ont pas moins déploré qu’en milieu rural où le besoin se pose également avec acuité, ce même service public soit absent.

«L’eau c’est la vie» dit l’adage. C’est dans cette logique que va l’Unicef dont un récent rapport énonce que, les enfants de moins de 15 ans, vivant dans des pays touchés par un conflit prolongé risquent en moyenne trois fois plus de mourir des maladies diarrhéiques causées par le manque d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène que par la violence directe.

Par Wakat Séra

 

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