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Candidature de Ouattara: des germes d’une crise en Côte d’Ivoire?

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Le président ivoirien, Alassane Ouattara (DR)

Le président Ivoirien, Alassane Ouattara, après un deuxième mandat à la tête de la Côte d’Ivoire, pays faisant frontière avec le Burkina Faso, a annoncé le jeudi 6 août 2020, qu’il se portera candidat pour briguer un troisième mandat, lui qui avait signifié qu’il renonçait à être candidat à l’élection présidentielle à venir. Cette candidature constitue-t-elle des germes d’une crise qui s’annonce au pays de Félix Houphouët-Boigny? «Oui!». C’est l’avis de leaders d’opinion et de citoyens lambda, dont la plupart, rencontrés à Ouagadougou, jugent inopportun «ce revirement».

Pascal Zaïda: «Ce sont des germes d’une crise qu’il est en train de semer en Côte d’Ivoire»

« Il faut dire que la situation en Côte d’Ivoire, aujourd’hui, est liée aux déclarations contradictoires du président Ouattara qui disait, en mars 2020, céder le pouvoir à la jeune génération. Dans le même temps, il posait la condition selon laquelle si Bédié et Gbagbo étaient candidats, il le serait aussi. Après, il a désigné son dauphin, Amadou Gon Coulibaly, qui malheureusement est brutalement décédé. Avec cette déclaration de candidature, Alassane Ouattara vient de renier la parole donnée. Et pourtant la parole donnée est sacrée. En annonçant sa candidadure, c’est si le président Ouattara disait qu’en dehors de lui, aucun autre Ivoirien ne peut gérer la Côte d’Ivoire, suite au décès de Gon Coulibaly.

Toute bonne démocratie suppose l’organisation régulière d’élections. Toute bonne démocratie commande également que la règle du jeu soit équilibrée à tout point de vue. Pour le cas de l’Afrique, il faut se dire que l’expérience de la démocratie est un rapport de forces. Je crois très bien que Alassane Ouattara n’a pas pensé à la portée de son message. Il tient compte peut-être du rapport de forces, en l’occurrence l’appareil d’Etat dont il dispose.

L’autre aspect qu’il ne faut pas oublier c’est que dans un pays mature comme la Côte d’Ivoire, les gens connaissent les textes. Lorsque la limitation du mandat présidentiel est levée, seule une personne de bonne foi sait qu’après deux mandats, il faut céder la place. Mais pour des gens comme Alassane Ouattara, du moment que cette limitation est levée, il n’a aucun souci à se faire. Il revient maintenant à la jeunesse africaine de se battre, de se donner tous les moyens nécessaires afin que l’alternance générationnelle soit engagée.

Lorsque vous prenez le cas du Burkina Faso, ce n’est pas la même chose mais c’est pratiquement des choses similaires. Il y a le respect de la Constitution, il y a le respect de la loi, il y a aussi le rapport de force en présence. Le président Blaise Compaoré s’est prévalu des dispositions constitutionnelles lorsqu’il voulait modifier la Constitution, et le rapport de force sur le terrain a pris le dessus. Donc en Côte d’Ivoire, il appartient à la jeunesse ivoirienne de se lever comme un seul homme, de se mobiliser pour dire que ça ne passera pas. Mais je crois très bien que si rien n’est fait, s’il n’y a pas de message à l’endroit de la jeunesse africaine, évidement la Côte d’Ivoire va d’avantage sombrer dans un chaos parce que Alassane n’a pas réglé la question de la réconciliation nationale qui devrait être le pilier même de toute gestion du pouvoir. Il y a également des cas d’injustices. Ils ont pris x et y aller enfermer, donc c’est des germes d’une crise qu’il est en train de semer en Côte d’Ivoire et je doute fort que cette annonce ne soit pas du feu qu’il a jeté sur la Côte d’Ivoire. Mais rien n’est tard. Comme il a l’art de dire aujourd’hui oui et demain non, peut-être que d’ici demain, il va dire encore qu’il l’avait dit mais qu’il renonce à cette candidature. Mais nous lui conseillons de réfléchir une bonne fois pour ne pas encore faire sombrer la Côte d’Ivoire dans une crise sans précédent comme ce qu’elle a déjà vécu. »

«Ce n’est pas notre souhait qu’il y ait une crise en Côte d’Ivoire», Drissa Sanogo, Président du parti Front Commun pour le Développement (FCD)

« En toute sincérité cette candidature est de trop. Dans l’espace CEDEAO on a prévu la limitation du mandat des présidents et la Constitution même de la Côte d’Ivoire a prévu cela. Normalement il ne devrait pas se représenter. Ce n’est pas notre souhait qu’il y ait une crise en Côte d’Ivoire.

Au Burkina, la volonté de modifier la Constitution pour maintenir un président au pouvoir a amené l’insurrection en 2014, c’est la même chose qui peut arriver à tout moment au pays voisin. Qui parle de la Côte d’Ivoire, parle aussi du Burkina Faso. Il y a eu un temps où le Burkina Faso était appelé Haute-Volta et la Côte d’Ivoire Basse-Volta. Ça veut dire que c’est la même volta.

En rappel, le Président Alassane Ouattara disait sur la crise zimbabwéenne en son temps, ceci: « Il faut que le Président Mugabé quitte ses fonctions dans la dignité et cède son fauteuil. Les temps ont changé. Nous voulons que la dignité de ce vieux combattant soit respectée ». Ainsi, en se représentant pour un 3è mandat serait contraire à ses propres propos. »

«Personne n’est indispensable», Silas Dieunedort Taboudou, Etudiant en année de maîtrise, droit des affaires à l’Université Thomas Sankara (Ouaga 2) 

« Je pense que Alassane Ouattara vise un troisième mandat en vue de sauver sa peau. Et partout c’est ça. On persiste pour rester au pouvoir dans le but d’échapper aux poursuites judiciaires contre soi. Nos chefs d’Etats sont tellement limités intellectuellement qu’ils ne peuvent pas finir un mandat sans violer la Constitution, les règlements et instruments juridiques conventionnels. Ce qui fait que certains d’entre eux terminent en prison comme lieu de retraite.  C’est dommage!

Un ancien président devrait être comme un coach pour les autorités en exercice et la nation toute entière. En France quand on prend les anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, entre autres, ils sont une richesse pour leur pays. Aux USA, c’est la même chose. Bush, Obama, chacun a fini son mandat et est parti et ils continuent à faire valoir leurs compétences et sur les réseaux sociaux on se rend à l’évidence que c’est une richesse pour les États-Unis.

Ouattara est revenu sur sa décision pour ne pas se retrouver, après, entre les mains de ses concurrents politiques de la même génération, c’est un point de vue personnel. Bédié aussi refuse de céder sa place à la jeunesse.   

Notre plus grand problème en Afrique, c’est que les Africains aiment rendre les gens indispensables. Cela contribue à des bavures dans la gestion de la chose publique. Celui qui est pourtant indispensable dans la vie de tout être humain, c’est Dieu. Chacun devrait travailler à avoir Dieu chaque jour près de lui. Un homme est mortel, donc pourquoi le diviniser en se disant que sans lui plus rien ne bougera.

Je prie Dieu que tous nos chefs d’État d’Afrique partent et laisser la jeunesse s’aiguiser en leadership. La jeunesse veut se concrétiser, frayer une place pour l’Afrique. Mais chaque jour elle est désorientée. On dit qu’elle n’est pas qualifiée, mais paradoxalement elle peut élire toute autorité africaine. Ayez la bonté de permettre la jeunesse assoiffée du succès et de progrès de leur nation de s’émanciper. Il n’y a pas un homme, une ethnie, une nation, indispensable qui puisse s’arroser le droit naturel de tout pouvoir. »

Propos recueillis par Daouda ZONGO

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