Au Kenya, l’avortement reste un sujet sensible, à la fois légalement encadré et socialement stigmatisé. Malgré des dispositions qui l’autorisent dans certaines circonstances, comme lorsque la santé de la femme est en danger, des milliers de femmes y ont encore recours dans la clandestinité, souvent au péril de leur vie, rapporte ce lundi 29 septembre 2025, Africanews, pour qui, le décès récent de Mary Olouch, 25 ans, dans le village de Karabok, illustre tragiquement ce fléau.
Mary Olouch est morte après avoir pris des médicaments abortifs obtenus en secret, laissant derrière elle deux jeunes enfants. Selon Loice Ochieng, bénévole communautaire en santé familiale dont les propos ont été rapportés par nos confrères de Africanews, la jeune femme « savait que c’était illégal et que personne dans la communauté n’accepterait ou n’autoriserait l’avortement », ce qui l’aurait poussée à se cacher jusqu’à ses derniers instants.
Dans ce village de l’ouest du Kenya, la stigmatisation est encore forte, même si certains habitants commencent à accepter l’idée qu’un avortement « pratiqué en toute sécurité pour de bonnes raisons » puisse être envisagé, indique le média qui note que le cas de Mary n’est pas isolé parce que de nombreuses femmes se tournent vers des méthodes rudimentaires, faute d’accès à des soins sûrs et abordables. Une jeune mère de 24 ans, originaire de Bondo, a témoigné avoir failli perdre la vie après avoir ingéré des pilules dont elle ignorait la composition. « Quand je suis arrivée à la clinique, le médecin m’a dit que si j’étais venue plus tard, je serais morte », raconte-t-elle. Elle a passé deux semaines à l’hôpital avant de pouvoir rentrer chez elle.
Face à ces drames, certaines structures comme la clinique Marie Stopes de Kisumu tentent de fournir des soins post-avortement. Mais leur action est entravée par une pression constante. Hannah Ruguru, infirmière, confie avoir perdu sa sœur à la suite d’un avortement clandestin et s’être engagée dans ce combat. « Pourtant, j’ai été rejetée par mon église et harcelée en ligne », dit-elle. Ces centres sont également la cible des militants anti-avortement et de descentes policières répétées, ce qui fragilise davantage la prise en charge.
Au Kenya, le débat juridique entretient la confusion, selon l’organe de presse qui note que certains médecins reconnaissent la santé mentale comme un motif suffisant pour pratiquer un avortement, tandis que d’autres refusent catégoriquement. Pour Charles Kanjama, avocat et président du Forum africain des professionnels chrétiens, il ne fait aucun doute que « l’avortement sur demande est un crime au Kenya ». Son organisation mène régulièrement des recours en justice pour restreindre la pratique, soutenue par des leaders religieux et politiques.
En attendant, les femmes les plus vulnérables restent piégées entre lois ambiguës, traditions rigides et services de santé inaccessibles. Comme le souligne Loice Ochieng : « c’est quand l’avortement est caché et pratiqué de manière rudimentaire qu’il devient mortel ». Le cas de Mary Olouch rappelle cruellement que derrière chaque chiffre se cache une vie brisée par le silence et la peur.
Par Nourah THIOMBIANO (stagiaire)




























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