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Condamnation de Saïd Bouteflika: la justice algérienne tire plus vite que son ombre!

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Saïd Bouteflika (Ph. rfi.fr)

Le sort de Saïd Bouteflika scellé en 48 heures par la justice algérienne. Un verdict qui pourrait être inscrit en place de choix dans l’histoire judiciaire de l’Algérie, en attendant de figurer dans le livre de record Guinness. Plus que de la précipitation cette sentence appliquée à un puissant d’hier, devenu simple justiciable aujourd’hui, ressemble à un couperet bien ajusté pour essayer de calmer la rue qui ne cesse de gronder. Ce sont des arrangements dont seuls les politiciens détiennent le secret. Si le condamné à 15 ans de prison ferme, avec d’autres personnes, pour complot contre l’Etat algérien ne jouit plus de ce parapluie d’intouchable que lui conférait son statut de frère de président, il n’en demeure pas moins qu’il bénéficiait toujours du soutien des généraux et de l’establishment algérien. Mais il urge de calmer la rue dont la mobilisation ne faiblit pas malgré la chute de l’ancien président grabataire, Abdelaziz Bouteflika et le dernier mouton de sacrifice, Saïd Bouteflika pourrait bien faire l’affaire. Dans sa solitude carcérale où le plonge la décision des juges du tribunal militaire de Blida, celui qui dirigeait en réalité l’Algérie depuis que son grand-frère était cloué par la maladie dans un fauteuil roulant aura pour compagnons trois autres gros poissons, dont deux anciens chefs de renseignement et la secrétaire du puissant Parti des travailleurs, Louisa Hanoune.

Mais ces procès d’anciens dignitaires dont les têtes tombent une à une sur le billot de Ahmed Gaïd Salah, le tout puissant chef d’état-major et véritable nouvel homme fort du pays? Rien n’est moins sûr car plus que des individus, c’est au système Bouteflika dans sa globalité que les manifestants en veulent. Et si elle continue de tonner aussi fort et sans se lasser, depuis février 2019 suite à l’annonce de la candidature du président Bouteflika, la rue ne s’en laissera pas aussi facilement conter. Et sans doute que sur sa liste de personnes à dégager Ahmed Gaïd Salah figure en bonne place. Mais, grâce à la forte influence que continuent d’avoir les généraux algériens sur la vie politique algérienne l’actuel patron d’Alger peut encore essayer de rester le maître du jeu. Pour combien de temps? C’est la grande inconnue de ce film politico-militaire qui se joue au pays des «renards du désert», les champions en titre de l’Afrique à la Coupe d’Afrique des Nations de 2019 en Egypte. Reste à savoir si Ahmed Gaïd Salah et son équipe de généraux pourront jouer des mêmes ruse et efficacité que les Fennecs pour déjouer les pronostics et renvoyer la rue à la maison! Certes, l’armée brande de temps en temps les muscles, mais n’arrive toujours pas à entamer la détermination des manifestants qui ont déjà déjoué le piège de l’élection présidentielle avortée du 4 juillet dernier.

En tout cas, comme la destitution de Abdelaziz Bouteflika, la condamnation à la va-vite de son frère ressemble à une autre ruse des généraux algériens pour assurer leur survie. Et tout comme le fameux jugement du président soudanais déchu, Omar el-Béchir, il aurait fallu attendre que le Soudan et l’Algérie sortent véritablement du cycle des manifestations, pour espérer organiser des procès vrais et équitables, avec un véritable appareil judiciaire crédible.

Par Wakat Séra  

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