Accueil A la une Côte d’Ivoire: ADO réélu à la soviétique, le pays plongé dans l’incertitude

Côte d’Ivoire: ADO réélu à la soviétique, le pays plongé dans l’incertitude

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Lendemains d'élection sous tension en Côte d'Ivoire (Ph. illustration- africaradio.com)

94,27%. C’est le score que s’est octroyé, Alassane Dramane Ouattara, 78 ans, à l’issue de l’élection présidentielle du 31 octobre dernier. Les nostalgiques de l’ère soviétique retrouveront, sans doute, le sourire, car désespérés des chiffres étriqués présentés par les pays qui se permettent encore le luxe d’organiser des élections ouvertes et transparentes. Le challenger, ou plutôt, l’accompagnant du président sortant et désormais entrant, Kouadio Konan Bertin dit KKB, lui s’en tire avec 1,99%, heureux d’avoir permis au champion du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et le progrès (RHDP) de ne pas avoir été contraint de compétir contre lui-même. L’égo surdimensionné de «Prado», d’écraser ses adversaires en aurait été bien affecté, si, après avoir écarté tous les concurrents qui pouvaient lui tenir la dragée haute, voire lui faire mordre la poussière, il ne pouvait brandir un trophée de guerre.

Plus que la simple victoire, dont il se délecte, ADO vient de remporter la coupe d’Afrique des parodies d’élections meurtrières. Mieux, par la répression de ses opposants, il a donné le ton d’un troisième mandat acquis, dans le bon vouloir d’institutions aux ordres, mais surtout en marchant sur des cadavres d’Ivoiriens qui se sont opposés au viol de la Loi fondamentale de leur pays et aux principes démocratiques qui interdisent le troisième mandat en Afrique.

Vent debout contre cette forfaiture avalisée par des missions d’observation complices et complaisantes, guidées par des intérêts aux antipodes des valeurs de l’éthique et de la démocratie, les opposants ivoiriens sortent l’artillerie lourde. Ils refusent, sans autre forme de procès, et demeurant à cheval sur la Constitution ivoirienne, de reconnaître Alassane Dramane Ouattara, comme président sorti d’une élection qui, selon eux, n’a pas eu lieu. L’opposition, dans la logique de constat de la vacance du pouvoir, annonce alors, la poursuite de la désobéissance civile et la création d’un Conseil national de transition (CNT). Il n’en fallait pas plus pour soulever l’ire du prince, lui qui a horreur de la contradiction. Les représailles s’abattent alors sur ces téméraires, dont plusieurs ont dénoncé des attaques contre leurs résidences. Comme si elle n’attendait que cette recommandation du parti au pouvoir lui demandant de faire preuve de fermeté contre les opposants, le gouvernement qui ne se contente pas d’user de son arme favorite, la justice, montre les dents, et la police anti-émeute, se déchaîne. Les forces de l’ordre, peut-être en manque d’exercice, débarquent à la résidence de l’ancien président ivoirien, Henri Konan Bédié, qui abrite les points de presse et d’où sont lancés les mots d’ordre de désobéissance civile et de mise en place du CNT. Ils en délogent des journalistes et s’installent comme en temps de guerre. Les domiciles d’autres opposants font également l’objet d’un assaut en règle.

Quel crédit donner à une élection, malgré les 53,90% de taux de participation dont l’accrédite la commission électorale ivoirienne décriée par les opposants? Que vaut, dans un Etat dit de droit, un scrutin rejeté par les opposants mais organisé sans eux, sous haute surveillance militaire, et émaillé de violences et d’irrégularités? En tout cas, Alassane Dramane Ouattara, avec ce troisième mandat obtenu à la Pyrrhus, vient d’engager la Côte d’Ivoire dans une ère d’incertitudes redoutées par les populations qui ont, encore vivaces dans les esprits, les affres de la guerre civile provoquée par la crise post-électorale de 2010-2011. En ce temps là, ADO cherchait le pouvoir. Maintenant, il est en quête de la présidence à vie. Sauf que, il oublie que, tôt ou tard, dans l’histoire des troisièmes mandats, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

En tout cas, la Côte d’Ivoire et la sous-région ne vivraient aucune de ces tensions, si ADO n’avait eu la mauvaise idée de répondre au clin d’oeil diabolique du troisième mandat par qui vient tous les malheurs!

Par Wakat Séra