Accueil Editorial Côte d’Ivoire: attention à l’étincelle qui guette la poudrière!

Côte d’Ivoire: attention à l’étincelle qui guette la poudrière!

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(Ph. d'illustration rfi.fr)

Des tirs à Bouaké! En Côte d’Ivoire, les années se suivent et se ressemblent. C’est le moins que l’on puisse dire, 2018 commençant comme 2017 par des tensions politico-socio-militaires sur fond de coups de feu. Et bien que ville située au centre du pays, Bouaké s’érige en far-west où les balles sifflent comme dans un saloon où les cowboys se règlent les comptes au «qui dégainera le plus vite». Depuis qu’elles ont commencé la semaine dernière, ces affrontements entre militaires ont déjà fait un mort et des blessés. Pourtant, lors de la présentation des vœux au chef de l’Etat, l’armée avait fait totale allégeance, s’engageant à être républicaine au sens profond du terme. Mieux, le ministre en charge de la Défense avait même trouvé les mots pour calmer tout un peuple longtemps terrorisé par les sorties inopinées et récurrentes des forces de l’ordre que certains avaient fini par qualifier à raison, de «forces du désordre». Certes, on est encore loin des quatre mutineries en trois ans qui avaient mis la Côte d’Ivoire sous coupe réglée d’hommes de tenue qui ont pris la fâcheuse habitude de revendiquer par les armes. Mais les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, il est à craindre que l’étincelle ne finisse par mettre le feu à la poudrière qu’est devenue Bouaké où cohabitent sous tension constante, ou du moins se regardent en chiens de faïence, militaires de l’armée régulière et corps mixtes du Centre de coordination des opérations (CCDO) sortis de la botte secrète du patron de la Défense, Hamed Bakayoko. Les premiers étant persuadés que les seconds sont des espions mis dans leurs pattes, l’atmosphère n’en n’est devenue que plus lourde, au sein de la Grande Muette dont le langage le mieux parlé pour se faire écouter est désormais celui des armes.

Dans cette logique où ils instaurent une crainte sans limite par le colt, et que grâce au bruit des kalachnikovs et autres roquettes, ils ont fait plier leur hiérarchie jusqu’au sommet qui a accédé sans autre forme de procès à leurs desideratas, les militaires ne s’en privent plus. La discipline et la cohésion, vertus cardinales de toutes les armées dans le monde ont foutu le camp dans celle de la Côte d’Ivoire, faisant le lit à la défiance de l’autorité et la méfiance entre corps, terreau très fertile des dérapages les plus inimaginables. Si à cela il faut ajouter la défense d’intérêts égoïstes et très personnels de soldats sans formation militaire véritable mais ayant intégré les effectifs de l’armée avec pour tout mérite d’être sortis des rangs de la rébellion qui a porté au pouvoir Alassane Ouattara, tout peut arriver. Pire, la guerre de succession fait rage actuellement entre des ténors de la politique ivoirienne, doublée des tentatives de mise sous éteignoir de Guillaume Kigbafori Soro, ancien chef de la rébellion et aujourd’hui président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, candidat sérieux à la présidence de la république.

Le cocktail ivoirien ne peut qu’être explosif, même si les différents acteurs essaient, très maladroitement du reste, de présenter une façade de sérénité et d’entente. Même le train de la réconciliation qui a sifflé plusieurs fois n’a jamais pu quitter la gare, les frustrations entre clans politiques et ethniques devenant irréversibles du fait du maintien de Laurent Gbagbo en détention à La Haye et les jugements des hommes de l’ancien président se multipliant et se soldant par des peines relativement lourdes. Il urge de procéder et surtout réussir les réformes de l’armée ivoirienne, tout en désarmant les cœurs, afin que la Côte d’Ivoire retrouve l’unité et surtout cette paix que son premier président, le très respecté et regretté Feu Félix Houphouët  Boigny a dit qu’elle n’est pas un mot mais «un comportement».

Par Wakat Séra

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