
L’ancien Premier ministre et opposant guinéen, Sidya Touré, décédé à 81 ans, le 25 septembre, à Paris et inhumé ce jeudi 8 octobre 2026, à Abidjan, aura donc vécu son exil jusqu’à la tombe. Accompagné à sa dernière demeure au cimetière de Williamsville, entouré des siens, de ces collaborateurs durant sa longue et brillante carrière dans l’administration ivoirienne et de ces compagnons de lutte politique en Guinée, le défunt, né en Côte d’Ivoire a été également enterré dans ce pays où il a certainement vécu les plus belles années de sa vie. Pourtant, c’est la Guinée qui est la terre de ses ancêtres et qu’il a servie en tant que Premier ministre, qui devait lui rendre les derniers hommages. Malheureusement, Sidya Touré, le président de l’Union des forces républicaines (UFR), était un opposant et à ce titre il était un pestiféré du pouvoir du général Mamady Doumbouya, arrivé à la tête de la Guinée suite au putsch militaire du 5 septembre 2021.
Et les opposants, le président guinéen en a horreur! Mamady Doumbouya n’aime les opposants que lorsque ceux-ci vivent loin de Conakry, comme Sidya Touré et le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo qui, dépossédés de tout, jusqu’à leurs domiciles, ont dû fuir leur pays pour trouver gîte et couvert à Abidjan, en Côte d’Ivoire. C’est donc en toute logique que malgré la volonté, vraie ou feinte, des autorités guinéennes d’accueillir la dépouille mortelle de l’opposant à Conakry pour ses obsèques, la famille de Sidya Touré s’y est logiquement opposée, arguant les mille et une «humiliations» infligées à l’homme, de son vivant. «Même sa maison lui a été confisquée», a fait remarquer un partisan de l’UFR. Sans oublier les différentes menaces de privation de liberté, et peut-être plus, qui pesaient sur des opposants purs et durs comme Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo qui n’avaient, à l’époque, que la fuite comme unique alternative de survie. C’était il y a plus de quatre ans!
Sidya Touré a, certes, reçu des hommages dignes de la part de son pays d’exil, mais il y avait mieux à faire de la part du pouvoir du général Mamady Doumbouya. Mais, celui-ci, a encore raté le coche. Avec comme une bienveillance inexpliquée de la part d’une certaine communauté internationale qui, pourtant, n’a de cesse de condamné et de sanctionner des coups de force ailleurs, celui qui a réussi à se faire une virginité par les urnes, fait la pluie et le beau temps dans une Guinée où il ne fait pas bon de contredire le général. En plus des opposants déclarés, même les Guinéens qui ont le fusil sur la tempe et les militants des organisations de la société civile, doivent se tenir à carreau. Les cas de disparition emblématiques, depuis 2024, de Oumar Sylla dit «Foniké Menguè» et Mamadou Billo Bah, deux cadres du Front national pour la défense de la constitution (FNDC), en disent assez sur la chape de plomb qui règne sur la Guinée du général Mamady Doumbouya.
La mort en exil de Sidya Touré servira-t-elle à alléger le joug des Guinéens? L’espoir est loin d’être de mise! Mais tout peut devenir possible, si la communauté internationale donne de la voix pour aider des populations guinéennes qui ne savent plus vers quel côté se tourner pour atteindre la Mecque en prière, ou à quel saint se vouer.
Par Wakat Séra





































