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« Crise au CDP: manoeuvre dilatoires de la direction du CDP autour des directives de Blaise Compaoré »

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Ceci est une tribune de Sanou Kadari relativement à la crise au sein du CDP.

« Voilà un mois jour pour jour que Blaise Compaoré a écrit aux protagonistes de la crise qui divise son parti, le CDP, pour régler les différends qui les opposent. En substance, il a invité la direction du CDP à lever les sanctions qui avaient été prononcées contre certains cadres du parti, dans des conditions critiquables. Du côté des personnes sanctionnées, il a demandé que les divers recours en justice qui avaient été intentés contre des décisions de la direction du CDP soient annulés. Enfin il a recommandé aux uns et aux autres de renouer le dialogue, pour préserver l’unité et la cohésion du parti, à l’approche d’une échéance électorale capitale.

Les cadres sanctionnés ont obtempéré à ces injonctions en mettant fin aux actions en justice qui leur étaient imputables.

Quand à la direction du CDP, elle semble s’être engagée dans une valse-hésitation, qui oscille entre le respect des directives du Président d’honneur et leur contestation plus ou moins ouverte.

Dans un premier temps, il est ressorti des échos qui nous sont parvenus que le cercle des proches de Eddie Komboïgo a d’abord très mal réagi au désaveu cinglant que les correspondances de Blaise Compaoré infligeaient à la direction du CDP. Cela s’est traduit par des propos vindicatifs à l’égard du Président d’honneur, ainsi que par la tentation d’une désobéissance ouverte, allant jusqu’à l’idée d’une rupture définitive.

Dans un deuxième temps , le sens des réalités ayant repris le dessus , la direction du parti a choisi d’adopter une posture officielle conciliante , faite de soumission apparente, assortie de certaines exigences sous-jacentes , pour sauver la face. Les débats internes en son sein ont porté sur la nécessité d’exiger des sanctionnés qu’ils se soumettent à une forme de procédure d’autocritique, suivant une pratique digne des dictatures communistes de la première moitié du 20e siècle. Comme il est apparu rapidement que cette option n’avait aucune chance de prospérer, on s’est rabattu sur l’idée d’instaurer une commission ad hoc qui serait chargée d’organiser les modalités de la suppression des sanctions. Cette option manifestement dilatoire semble elle aussi avoir été abandonnée.

Mais pour exprimer leur dépit , certaines personnes , visiblement proches des positions de la direction du CDP, ont choisi de publier un pamphlet sous le couvert de l’anonymat pour critiquer amèrement l’intervention de Blaise Compaoré et remettre en cause son autorité dans le parti. La direction du CDP n’a pas eu d’autre choix que de faire mine de condamner cette déclaration, tout en montrant une relative indulgence à l’égard des ses auteurs supposés non identifiés.

À la question que posent de nombreux militants, de savoir ce que fait concrètement la direction du CDP pour mettre en œuvre les directives de Blaise Compaoré, celle-ci apporte une réponse ambigüe. Elle dit être résolue à appliquer ces directives, mais comme les sanctions ont été prononcées par un congrès, il faut organiser un autre congrès pour les annuler. Et, la main sur le cœur, les porte-paroles de la direction affirment qu’ils ont soumis à Blaise Compaoré plusieurs options pour l’exécution de ses directives , sans préciser en quoi elles consistent.

Voilà la dernière pirouette, qui revient à refuser de faire ce que demande le Président d’honneur, en prétextant qu’on a soumis à son choix préalable les modalités d’application de ses directives.

Ce qu’il a demandé à la direction du parti ( en prenant la précaution de spécifier qu’il agit de la sorte en vertu de ses prérogatives statutaires) est simple et clair: il faut rapporter les sanctions , en mettant en œuvres les diligences requises.

Il est vraisemblable que la direction du parti va prétendre qu’elle ne dispose pas des ressources financières nécessaires pour convoquer un nouveau congrès à cette fin. Alors même qu’elle était prête à organiser un congrès pour l’investiture de Eddie Komboïgo comme candidat unique et providentiel du CDP pour l’élection présidentielle. Qu’à cela ne tienne : si elle manque de ressources pour faire un congrès consacré à l’annulation des sanctions , nous pouvons lui suggérer une démarche graduelle .

Pour montrer sa bonne foi, la direction du parti peut déjà amorcer le processus de levée des sanctions en rencontrant les militants sanctionnés pour entamer le dialogue souhaité par le Président d’honneur . Dans le même temps, elle peut faire approuver par le Bureau Exécutif National (BEN) le principe de l’annulation des sanctions . Cette décision peut ensuite être adoptée par le Bureau Politique National (BPN) à charge d’en référer au congrès à sa prochaine session . Étant donné que cette mesure découle d’une initiative du Président d’honneur dont le leadership est incontesté au sein du CDP , le BPN peut autoriser la réintégration immédiate des militants sanctionnés dans leurs instances respectives , avec la plénitude des droits et devoirs y afférents.

Après cette première démarche , il reviendra à la direction et aux instances du parti désormais réunifiées de jeter les bases d’un dialogue constructif au sein du parti , pour affronter les élections de 2020 dans l’unité et la cohésion . Sur ce point la sagesse commande de laisser au Président d’honneur le soin de rechercher un compromis dynamique entre les différents courants du CDP , afin que toutes les forces du parti se mobilisent pour un projet politique commun , porteur d’espoir pour la Nation burkinabè . Le CDP a le potentiel nécessaire pour redevenir une machine à gagner . Il ne faut pas en faire une machine à perdre. »

Kadari Sanou

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