Le cyclone Gezani, qui a semé le chaos à Tamatave, la deuxième grande ville malgache après Antananarivo, n’est certes pas le plus meurtrier pour la Grande Île Rouge, mais il n’en n’est pas moins une catastrophe naturelle d’envergure. Son bilan provisoire macabre fait état de 31 morts, de milliers de sinistrés, d’habitations détruites en masse, d’infrastructures publiques ravagées, de l’électricité coupée, de réseau de télécommunication largement perturbé, et une population, bien que résiliente, encore sous le choc. Un triste événement qui, sans doute malheureusement, figurera en place de choix dans l’histoire des catastrophes à Madagascar. Malgré l’«alerte cyclone» qui a mis les habitants en mode attente de son passage, Gezani a tout, ou presque tout, détruit sur son passage. Et Tamatave continue de compter et de pleurer ses morts, en essayant de rafistoler les maisons en terre, en bois ou en écorce, qui peuvent encore être rattrapées comme de vieux pagnes en lambeaux, difficiles à repriser.
C’est vrai, le paysage apocalyptique donne un air de déjà vu, la situation géographique du pays l’ayant déjà exposé à ces sauts d’humeur impitoyables de la nature. Vents violents, tempêtes houleuses et cyclone dévastateurs, sont souvent le lot de ces populations malgaches déjà livrées à diverses précarités propres à ces Etats, pour la plupart africains, qualifiés pudiquement de pays en développement. Et que l’aide étrangère n’a jamais réussi à transformer, car les ressources naturelles et matières premières dont ils regorgent, leur sont achetées à vil prix pour leur revenir sous forme de produits finis à des coûts hors de portée pour leurs populations acculées par la pauvreté! Pire, les gouvernants ne sont mus que par des intérêts égoïstes et très personnels, tirant éhontément profit de la misère et de l’obscurantisme d’hommes et de femmes qui se serrent la ceinture pour permettre aux dirigeants de porter leurs bretelles!
Une fois de plus, ce phénomène jamais vu depuis 30 ans sur la Grande Île, est l’occasion d’ameuter la communauté internationale qui viendra en sapeur-pompier pour éteindre le feu des besoins en eau, en médicaments et autres, apportés à dose homéopathique, en attendant… l’inévitable prochain cyclone! N’est-il pas temps d’améliorer, pour de bon, les conditions de vie des populations, afin que celles-ci, grâce au commerce équitable et une répartition juste des richesses nationales, puissent se nourrir convenablement et construire des habitations dignes de ce nom, qui résisteraient davantage à la furie des éléments naturels qui, pour l’instant, balaient, sans autre forme de procès, ces abris qui cachent à peine l’intimité de leurs habitants? Ne faut-il pas enfin offrir des perspectives meilleures aux jeunes malgaches, qui, à l’instar de leurs semblables des autres pays africains, sont contraints de préférer les vagues meurtrières de la mer aux larmes de la mère?
En tout cas, le tout nouveau pouvoir du colonel Michaël Randrianirina, en place depuis seulement octobre 2025, est confronté à sa première épreuve à lui imposé par la nature, sous la forme d’une horrible catastrophe. Le colonel, davantage habitué au maniement des armes et des stratégies militaires, sera-t-il en mesure de gérer efficacement la situation qui s’invite dans un contexte politico-économique difficile pour le Madagascar? L’heure est à l’urgence et les vraies questions seront certainement posées après, par des populations encore sous le choc et qui manquent du tout au tout.
Par Wakat Séra




























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