L’ancien Premier ministre guinéen et président de l’Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré, est décédé à Paris, en France, le vendredi 25 septembre 2026, à l’âge de 81 ans, selon plusieurs médias guinéens. Figure incontournable de la scène politique de son pays, il laisse derrière lui un parcours qui l’a conduit des hautes sphères de l’administration ivoirienne à la Primature guinéenne, avant de devenir l’un des principaux visages de l’opposition.
Pendant plusieurs décennies, Sidya Touré aura occupé une place singulière dans la vie publique ouest-africaine. Haut fonctionnaire en Côte d’Ivoire, entrepreneur, Premier ministre sous le régime de Lansana Conté, puis chef de parti et opposant, il aura traversé plusieurs séquences majeures de l’histoire politique de la Guinée et de la Côte d’Ivoire.
De Dimbokro aux hautes sphères de l’administration ivoirienne
Né le 15 août 1945 à Dimbokro, en Côte d’Ivoire, de parents guinéens originaires de l’ouest de la Guinée, Sidya Touré effectue une partie de sa formation supérieure en France.
Issu d’une famille diakhanké, peuple de culture soninké historiquement présent dans les réseaux commerciaux ouest-africains, il obtient une licence en droit des affaires avant d’être diplômé, en 1972, de l’École nationale du Trésor de Paris.
De retour en Côte d’Ivoire, il entame sa carrière comme inspecteur du Trésor. Il gravit ensuite les échelons de l’administration économique et financière, occupant notamment les fonctions de sous-directeur des Finances extérieures et du Crédit, puis de directeur de l’administration générale au ministère du Commerce.
Sept années au cœur des dossiers économiques ivoiriens
Au début des années 1980, son parcours prend une nouvelle dimension. Entre 1983 et 1989, Sidya Touré devient directeur de cabinet de Séri Gnoléba, alors ministre d’État chargé des négociations pour le rééchelonnement de la dette extérieure de la Côte d’Ivoire.
Durant ces sept années, il se retrouve au cœur de dossiers stratégiques liés aux finances publiques, à la dette extérieure et aux négociations internationales. Une expérience qui consolide son profil de technocrate et de spécialiste des questions économiques et financières.
Cette période précède son rapprochement avec Alassane Ouattara, appelé à jouer un rôle majeur dans la conduite de la politique économique ivoirienne.
Aux côtés d’Alassane Ouattara
En novembre 1990, Sidya Touré rejoint l’équipe d’Alassane Ouattara, alors Premier ministre de Côte d’Ivoire. Il devient directeur de cabinet du chef du gouvernement, après avoir notamment participé à la coordination du comité de suivi économique mis en place dans le cadre du programme de stabilisation et de relance économique.
Il demeure aux côtés d’Alassane Ouattara jusqu’au 8 décembre 1993, poursuivant ainsi son ascension dans les cercles de décision économique et administrative ivoiriens.
De la haute administration aux affaires
Après plusieurs années consacrées au service public ivoirien, Sidya Touré se tourne également vers le secteur privé.
En 1994, il fonde la Société financière et industrielle du golfe de Guinée (SOFIG). L’entreprise développe par la suite ses activités au-delà de la Côte d’Ivoire, notamment avec l’ouverture de filiales au Sénégal et en Guinée.
Mais son parcours va bientôt prendre une nouvelle orientation : celle de la politique dans son pays d’origine.
1996: Lansana Conté le nomme Premier ministre
Le 9 juillet 1996, le président guinéen Lansana Conté nomme Sidya Touré Premier ministre. Son arrivée à la Primature intervient dans un contexte économique et institutionnel difficile, alors que la Guinée cherche à renforcer la gestion de ses finances publiques et le fonctionnement de son administration.
Fort de son expérience acquise en Côte d’Ivoire, le nouveau chef du gouvernement s’attelle notamment aux questions économiques, administratives et aux infrastructures.
Sidya Touré reste à la tête du gouvernement jusqu’en mars 1999, date à laquelle il quitte ses fonctions après près de trois années passées à la Primature.
De la Primature à l’opposition
Son départ du gouvernement ne marque pas la fin de son engagement politique. Sidya Touré s’installe durablement dans le paysage politique guinéen et prend la tête de l’Union des forces républicaines (UFR).
Il devient alors l’une des principales figures de l’opposition et participe aux grandes échéances politiques du pays.
Son itinéraire sera ensuite ponctué de périodes de rapprochement et de confrontation avec les différents pouvoirs qui se succèdent à Conakry. Il demeure ainsi, pendant plusieurs années, l’un des acteurs majeurs du débat politique guinéen.
Une trajectoire entre Guinée et Côte d’Ivoire
La disparition de Sidya Touré referme une longue page de la vie publique guinéenne.
De Dimbokro, où il est né en 1945, aux couloirs de la haute administration ivoirienne, des négociations sur la dette extérieure à la direction de cabinet d’Alassane Ouattara, puis à la Primature guinéenne sous Lansana Conté et à la tête de l’UFR, son parcours aura été étroitement lié aux grands enjeux économiques et politiques de l’Afrique de l’Ouest.
À 81 ans, Sidya Touré s’éteint ainsi à Paris, laissant derrière lui une carrière construite à la croisée de deux pays: la Guinée, où il s’est imposé comme une figure politique de premier plan, et la Côte d’Ivoire, où il a forgé l’essentiel de son expérience administrative et économique.
Par Valentin SOMANDE







































