Dasmané Mogmenga de l’Université Norbert ZONGO, Désiré Poudiougo, de l’Institut national des Sciences des Sociétés et Madeleine Konkobo/Kaboré, de l’Institut national des Sciences des Sociétés, dans ce document parlent des déterminants de l’adaptation scolaire dans les dispositifs alternatifs au Burkina Faso.
Introduction
L’éducation est largement reconnue comme un levier essentiel du développement individuel et socioéconomique. En favorisant l’acquisition de connaissances, de compétences et de valeurs, elle contribue à l’amélioration du bien – être, de la productivité et de l’autonomisation des individus. C’est pourquoi, elle occupe une place centrale dans les agendas internationaux de développement.
Au Burkina Faso, des progrès notables ont été enregistrés en matière d’accès à l’éducation, notamment grâce à la mise en œuvre du Plan Décennal de Développement de l’Enseignement de Base (PDDEB) et du post primaire. Toutefois, malgré ces avancées, une proportion importante d’enfants demeure hors du système scolaire. Selon l’UNICEF (2017) plus de la moitié des enfants âgés de 6-16 ans n’étaient pas scolarisés en 2014, une situation particulièrement marquée en milieu rural et dans les ménages pauvres. Afin de répondre à ce défi, le gouvernement burkinabè, avec l’appui de ses partenaires, a mis en place des dispositifs éducatifs alternatifs, notamment la Stratégie de Scolarisation Accélérée par les passerelles (SSA/P) et les Ecoles Communautaires (ECOM), destinés à offrir une seconde chance de scolarisation aux enfants et adolescents exclus du système formel. Ces dispositifs permettent leur réintégration progressive dans les écoles primaires classiques. Cependant, la réussite de cette réintégration dépend en grande partie de la capacité des apprenants à s’adapter à leur nouvel environnement scolaire. Dès lors, la présente étude vise à analyser les déterminants de l’adaptation scolaire des apprenants issus des dispositifs SSA/P et ECOM après leur transfert dans les écoles primaires classiques.
Le présent article qui fait la synthèse de la recherche réalisée à travers une méthode mixte est structuré autour de deux points essentiels, notamment la méthodologie utilisée et les résultats de la recherche.
1 Méthodologie
Les enquêtes ont été menées du 04 février au 18 février 2025 dans la commune de Pouytenga, dans la province du Kouritenga, au Burkina Faso. La population cible est composée des élèves ayant fréquenté les centres (SSAP et ECOM) et transférés dans les écoles primaires, des enseignants titulaires de ces élèves et les parents d’élèves transférés. Pour le choix de l’échantillon de la population cible, nous avons utilisé la méthode d’échantillonnage non probabiliste avec les techniques de choix raisonné. Nous avons retenu cette technique d’échantillonnage pour des raisons pratiques. Ainsi, les données quantitatives ont été collectées auprès de 44 élèves transférés qui fréquentent actuellement les classes de cours moyen première et deuxième année (CM1 et CM2) tandis que les données qualitatives ont été collectées auprès de 09 enseignants titulaires de ces classes et de 09 parents d’élèves transférés. Dans l’ensemble, l’enquête a couvert une population totale de 62 individus.
1.2 Méthodes et techniques de collecte de données
Cette étude a utilisé une approche mixte mobilisant un questionnaire et un guide d’entretien.
1.3 Méthode d’analyse de données
Les données quantitatives collectées ont été traitées avec les statistiques descriptives via le logiciel Excel et les données qualitatives ont été traitées par l’analyse de contenu de type thématique.
2 Résultats
2.1 Facteurs personnels de l’élève et adaptation scolaire
Les facteurs personnels des apprenants transférés dans les écoles primaires jouent un rôle déterminant dans leur adaptation scolaire. En effet, leur prise de conscience des bienfaits de l’école les amène à mieux s’adapter au nouvel environnement scolaire. Ainsi, 100 % des élèves enquêtés disent qu’ils souhaitent obtenir un diplôme (CEP), et décrocher un travail à l’âge adulte. 95,45 % d’eux déclarent réaliser de brillants résultats scolaires.
Des enquêtes réalisées avec les enseignants et les parents d’élèves, il en ressort qu’il y a un rapport entre la prise de conscience chez les élèves qui ont fréquenté les centres et leur adaptation scolaire dans les écoles primaires classiques. Plusieurs discours en ressortent les liens. Z.I. enseignant de la classe de CM2, à l’école de Yargo « B » avance :
Ils n’ont plus abandonné parce qu’ils côtoient leurs camarades ; ils sont maintenant dans le même milieu, ils ne sont pas délaissés par leurs camarades, leurs camarades leur viennent en aide avec de petits matériels qui leur manquent (craies, stylos, crayons, etc.). Ils ont aussi pris conscience de leur situation.
Et D.B. parente d’élève de l’école de Yargo « A » de renchérir en ces termes : « Il a vraiment décidé de poursuivre ses études. Il veut maintenant être comme ses camarades ».
2.2 Facteurs socio-familiaux et adaptation scolaire des élèves
Il y a un rapport étroit entre les facteurs socio – familiaux et l’adaptation scolaire des élèves transférés dans les écoles primaires classiques au Burkina Faso. Ainsi, 88,63 % des élèves disent que leurs parents contrôlent leurs cahiers ; 100 % affirment que leurs parents les encouragent et les mettent en confiance et 77,27 % attestent que leurs parents les menacent, les châtient et les injurient.
Les données collectées auprès des enseignants et des parents d’élèves ont révélé un lien entre le suivi, les encouragements des parents et l’adaptation scolaire des élèves transférés dans les écoles primaires. À ce propos, T.A., enseignante de la classe de CM1 de l’école de Yargo « C » déclare :
Oui, il y a un soutien des parents. Puisque nous avons un problème de manuels scolaires et il y a des parents qui les ont payés pour leurs enfants. Ils paient quelques outils d’écoliers aussi (académies, crayons, ardoises, etc.).
À sa suite, K.I., parent d’élève de l’école de Yargo « B » avance :
Je les fais apprendre leurs leçons dès le retour de l’école jusqu’à 21 heures avant de se coucher. Le matin, je les réveille afin que nous priions ensemble. Après la prière, ils mangent et partent pour l’école.
2.3 Facteurs scolaires et adaptation scolaire des élèves
Notre étude a montré également qu’il y a une influence des facteurs scolaires sur l’adaptation scolaire des élèves transférés dans les écoles primaires classiques au Burkina Faso. En effet, 100% des élèves interrogés disent que leurs enseignants adoptent une pédagogie qui leur permet de bien comprendre les notions dispensées en classe ; reconnaissent que leurs enseignants les soutiennent et les encouragent à bien travailler en classe ; attestent qu’il y a une relation de confiance, de sécurité, d’amitié entre leurs enseignants et eux.
Pour les enseignants enquêtés, ils entretiennent de bonnes relations envers les élèves transférés dans leur classe. Ces relations sont empreintes de confiance, de sécurité et d’amitié. Pour Y.A., enseignante de la classe de CM1 à l’école de Tengsobdogo « A » :
Comme ce sont des enfants à cas spécifiques et dans notre démarche pédagogique, on parle de pédagogie différenciée, nous avons un regard sur eux. Nous les interrogeons d’aller au tableau. Ils ont fui leur village à cause du terrorisme ; donc, il faut que nous les considérions comme nos propres enfants afin qu’ils aient l’affection, la confiance, l’assurance pour apprendre. Nous les exemptons des cotisations de la classe.
3 Conclusion
Cette étude avait pour objectif d’analyser les facteurs explicatifs de l’adaptation scolaire des apprenants issus des dispositifs éducatifs alternatifs au Burkina Faso, notamment les centres passerelles, après leur intégration dans les écoles primaires classiques. Les résultats montrent que cette adaptation est influencée par un ensemble de facteurs interdépendants. Ainsi, des facteurs personnels, socio familiaux et scolaires en sont très déterminants.
Au regard de ces résultats, l’étude recommande le renforcement des apprenants à risque de décrochage, notamment par la mise à disposition de manuels et fournitures scolaires, la pérennisation des cantines scolaires et le soutien à la prise en charge des frais de scolarité par l’Etat et ses partenaires.
4 Références bibliographiques
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Croizier, M. (1993). Motivation, projet personnel, apprentissages. ESF.
Déci, E., & Ryan, R. (1985). Intrinsic motivation and selfdetermination in human behavior.
Duclos, G., Laporte, D., & Ross, J. (1995). L’estime de soi de nos adolescents.
ÉCOBES. (2022). Les déterminants de la persévérance scolaire et de la réussite éducative. Portrait de l’Estrie.
MENAPLN/ B. F. (2007). Loi 013/AN du 30 juillet 2007 portant loi d’orientation de l’éducation.
Mengue, C. C. (s.d.). Déterminants motivationnels et adaptation en milieu scolaire : cas des élèves des terminales littéraires du lycée bilingue d’Ebolowa.
Pierre-H, R. (1984). La problématique de l’adaptation scolaire et la motivation.
UNICEF. (2017). Rapport annuel sur la scolarisation au Burkina Faso.
Ce document de vulgarisation est tiré de l’article scientifique : « Dasmané MOGMENGA ; Désiré POUDIOUGO ; Madeleine KABORE/KONKOBO : Les déterminants de l’adaptation scolaire des apprenants issus des formules alternatives au Burkina Faso : cas de la stratégie de scolarisation accélérée /passerelle (SSA/P) et des écoles communautaires (ECOM)». Publié dans la revue CARESFI, Volume 4 – n° 01 – Octobre 2025.
MOGMENGA Dasmané, Université Norbert ZONGO, Burkina Faso, mail : dasmanemogmenga@gmail.com,
POUDIOUGO Désiré, Institut national des Sciences des Sociétés, Burkina Faso, mail : desirepoudiougo@yahoo.com
KONKOBO/KABORE Madeleine, Institut national des Sciences des Sociétés, Burkina Faso, mail : kmado64@yahoo.fr




























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