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Discours du président du Faso: des Burkinabè partagés

Le président du Faso, Roch Kaboré

Le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré a prononcé, dimanche 27 juin 2021 à 20h, un discours sur la situation de la nation. Une sortie qui était très attendue par nombre de Burkinabè, qui ne se sont pas empêchés d’exprimer leur ressenti sur le discours du chef de l’Etat. Wakat Séra vous propose dans les lignes qui suivent quelques réactions de citoyens burkinabè sur cette allocution du chef suprême des Armées du Burkina Faso. Pour l’un d’eux, si le président du Faso « veut redorer son blason, il ne devrait pas excéder les 48 heures pour que le peuple sente déjà les différentes mesures promises, des actions fortes ».

Martin Zongo, acteur culturel: « Tout le monde attendait que le chef de l’Etat dise quelque chose, qu’il se manifeste »

Par rapport à la sortie du président du Faso, la première appréciation que nous pouvons faire, c’est qu’il était temps. Il y a une accumulation des agressions et des pertes des vies humaines dans ce pays. Surtout le pic a été atteint avec l’attaque de Solhan depuis les 4 et 5 juin. C’est sûr que tout le monde attendait que non seulement le chef de l’Etat dise quelque chose, se manifeste, mais aussi que cette manifestation soit suivie d’un certain nombre de mesures qui pourraient amener le peuple à reprendre confiance, à se dire que son dirigeant est à son écoute. Par rapport à cela, le discours d’hier n’a pas totalement satisfait les attentes du peuple. Mais quand on fait une analyse assez poussée, on se rend compte qu’il y a quand même des progrès, parce qu’il dit avoir entendu les cris de détresse de son peuple et il s’engage à prendre des décisions sur un certain nombre de choses afin d’améliorer la situation sécuritaire dans notre pays. Il a aussi demandé à l’opposition qui planifiait des marches pour protester contre le manque de sécurité, de surseoir à ces marches. L’argument, c’est que nous sommes suffisamment en proie à des agressions pour encore nourrir le terreau de la division en notre sein. Je crois que ce message aussi me semble pertinent. Donc de mon point de vue, l’opposition et tous les organismes affiliés feraient bien d’entendre son appel de suspendre les activités qui étaient prévues et lui laisser le temps de démontrer les décisions qu’il s’engage à prendre pour voir si cela va dans le sens des attentes du peuple ou pas. Si ces décisions ne répondent pas aux attentes que l’opposition relance en ce moment ses appels à la mobilisation, aux marches, on ne pourra pas lui en vouloir. Mais si elle fait la sourde oreille et continue de revendiquer les marches alors que le président s’est engagé à faire des choses que nous attendons, elle risque de se voir taxer de peu se soucier de la question de la sécurité nationale et d’avoir des agendas cachés, notamment l’acquisition du pouvoir par la courte échelle.

 Lassané Sawadogo, étudiant en études germaniques: « Son discours n’a pas été à la hauteur des attentes »

J’ai écouté son discours et il n’a pas été à la hauteur des attentes de la population. Personnellement, je pense qu’il devait changer certaines têtes comme le ministre en charge de la Défense, celui de la Sécurité et même celui de la Justice. Mais il n’a pas parlé de ça, et n’a fait que se préoccuper de la marche prévue par l’opposition. Selon notre vision, sa sortie est uniquement motivée par cette marche pour dire aux gens de ne pas sortir tout en oubliant que ce sont ces mêmes marches qui l’ont amené au pouvoir. Nous sommes dans une situation où ce genre de discours ne peut pas résoudre le problème. Ce discours, c’est du déjà entendu, ces engagements sans suite, on en a marre. Il fallait prendre des décisions fermes avec des actions concrètes. Donc on n’est vraiment pas content et sa sortie risque d’empirer la situation.

Samuel Konéné, citoyen burkinabè: « C’est un communiqué que le président nous a livré »

Par rapport à la sortie du président, moi je pense qu’elle ne mérite pas d’être appelée discours. C’est un communiqué que le président nous a livré, ce sont des répétitions. Le président n’a fait qu’étaler ses lacunes à ses détracteurs. Parce qu’un discours en pareille situation devrait être directement accompagné d’actions concrètes. On est dans une situation d’urgence, il y a péril en la demeure. Il dit  de surseoir aux marches, qui ne sont d’ailleurs pas guidées contre lui, mais juste pour exprimer les préoccupations des populations pour que des réponses plus adéquates soient trouvées aux problèmes que nous vivons. Mais fallait-il qu’on annonce ces marches pour que le président fasse cette sortie? S’il avait un discours fort à lancer, c’était lors de l’attaque de Solhan qu’il devait le faire. Il est donc de sa responsabilité de décider et prendre des mesures concrètes. Ce discours-là franchement, c’est un communiqué qu’il a juste donné.

Souleymane Sawadogo, étudiant en droit: « Le chef de l’Etat a été acculé de faire ce discours »

Relativement à la sortie du chef de l’Etat, il a été acculé de faire ce discours au regard de la situation qui prévaut. Le contexte sécuritaire l’exigeait, les populations sont indignées, elles ont fait des marches, des revendications. Malheureusement, quand on regarde le discours du président du Faso, c’est vraiment en deçà des attentes des populations. Nous attendions des mesures fortes, des actions énergiques, à même de protéger les citoyens, de nous mettre à l’abri de l’insécurité. Ce que l’opposition a demandé, n’est pas de trop, il faut effectivement mettre les hommes à la place qu’il faut. Personne ne réclame la tête de qui que ce soit parce qu’on ne l’aime pas, mais parce que la situation sécuritaire l’exige, notre vivre ensemble l’exige, parce que la vie humaine est sacrée. Il aurait pu annoncer des mesures concrètes, un remaniement gouvernemental par exemple pour mettre des hommes capables de faire face à la situation ou encore nous dire qu’il y aura un équipement conséquent des FDS.

Patrice Sorgho, citoyen burkinabè: « Aujourd’hui, les tergiversations, les hésitations ne sont plus permises »

Le message du président du Faso était très attendu, parce que vue la situation, il devait se prononcer en tant que premier responsable. J’ai suivi son discours de bout en bout, il a reconnu qu’il y avait une situation d’urgence qui appelle tout le peuple à un sursaut patriotique. Là-dessus, je crois que tous les Burkinabè aiment leur pays. Que l’on soit d’un bord ou de l’un autre, tout le monde est concerné par ce qui nous arrive. Donc on est tous interpellés. Les actions qu’il compte mener, c’est bien, mais aujourd’hui, le peuple veut un peu plus du concret, et ce, de façon rapide. Parce qu’il urge que le président  mette en œuvre ce qu’il a promis. Pour moi, s’il veut redorer son blason, il ne devrait pas excéder les 48 heures pour que le peuple sente déjà les différentes mesures promises, des actions fortes. Il est vrai qu’il n’y a pas de formule magique pour résoudre tous les problèmes, mais déjà on peut commencer à faire bouger les lignes. Et je crois qu’aujourd’hui, les tergiversations, les hésitations ne sont plus permises. Le président doit se dire qu’il est le chef suprême de ce pays et que si lui, il ne prend pas certaines décisions, ce n’est pas quelqu’un d’autre qui peut les prendre. En un mot, je dois dire que j’ai été satisfait de son allocution, mais sincèrement j’attends de voir la suite, parce que les Burkinabè sont habitués aux promesses sans suite.

Kinétoure Hien,  étudiant en Géographie: « Il n’a rien proposé de concret » 

 La sortie du Président selon mes analyses, il n’a rien proposé de concret. C’est comme si sa sortie était seulement pour appeler l’opposition à surseoir à sa marche des 3 et 4 juillet prochains. On s’attendait qu’il propose des solutions concrètes face à la question du terrorisme, qu’il donne des orientations claires soit au Premier ministre, soit aux ministres concernés par la situation sécuritaire. Mais il n’en a rien été. Cela nous a déçus. Sa sortie a encore démotivé, découragé le peuple burkinabè. S’il ne sortait pas se prononcer, ce serait encore mieux. Il a fait une sortie ratée, hasardeuse.

Evariste Milogo, citoyen burkinabè: « C’est ensemble dans l’unité, que nous devons trouver des solutions »

Le président, dans son discours, n’a pas dit plus que ce qu’il ne devrait en temps normal. Nous faisons face à une situation qui nous peine tous, où nous sommes tous éplorés. Et dans ce cas de figure, je pense que l’ensemble du peuple devrait s’unir et oublier tout ce qui est aspect politique. Il est important de savoir que ce problème auquel nous sommes confrontés, si nous nous divisons, nous n’allons pas parvenir à le résoudre. Cette hydre qui est en train de nous rendre la vie difficile et même presqu’impossible, c’est ensemble dans l’unité, que nous devons trouver des solutions qui nous permettront de vivre en paix. Le problème que nous vivons concerne tout le monde. Pour une fois, je vais demander aux politiciens, qu’ensemble nous puissions oublier nos appartenances et que nous puissions prendre à bras le corps ce problème du terrorisme. Toute personne qui a une solution idoine qui soit à même de nous aider à sortir de cette situation, qu’il veuille bien les reverser même si c’est dans une commission pour qu’on réfléchisse et trouver des solutions à nos problèmes.

Propos recueillis par Siaka CISSE (Stagiaire)

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