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Idrissa Nogo, coordonnateur du MPC: « Si je disparais ça fera le bonheur de ceux-là que je dérange »

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Le coordonnateur national du Mouvement des Peuples Citoyens (MPC), Idrissa Nogo, évincé du mouvement du Mouvement plus rien ne sera comme avant (M/PRESCA), a déclaré dans une interview à Wakat Séra que s’il « disparait » cela fera « le bonheur de ceux-là (qu’il) dérange ». M. Nogo répond, sans détours, aux questions dont l’affaire de la conversation téléphonique dans laquelle il a été concerné.

Wakat Séra: Vous étiez l’un des membres fondateurs du M/PRESCA, par la suite il y a eu des bisbilles …

Idrissa Nogo: Je vous coupe tout de suite. Je ne suis pas l’un des membres fondateurs, je suis le fondateur du M/PRESCA. C’est moi qui ai rédigé, et le règlement intérieur, et le statut. C’est moi qui ai inventé entre guillemets le logo, la devise et puis tout ce qui s’en suit. Les camarades aujourd’hui qui tirent à hue et à dia, et qui font le plus de bruit, j’allais dire, s’ils sont aujourd’hui relativement connus, c’est bien grâce à moi. C’est moi qui ai créé le cadre de rencontre et les autres sont venus et on a fait chemin. Et puis, malheureusement comme dans la vie il y a des hauts et des bas, dès qu’une structure commence à prendre une certaine étoffe, une certaine audience, et les appétits voraces deviennent de plus en plus visibles, généralement l’aventure finit en queue de poisson. Je suis donc la marque déposée du M/PRESCA créé sous la Transition. Tous ceux que vous connaissez et qui s’agitent-là, c’est moi qui les ai recrutés. Ils sont venus bien plus tard à M/PRESCA.

Mais qu’est-ce qui fait qu’ils ont pu vous mettre à la porte du M/PRESCA ?

Me mettre à la porte c’est trop dit. Je n’aime pas le bruit. Quand on connait ses droits, on a peur de la loi. Moi je connais mes droits et mes devoirs. J’ai horreur de la violence or la violence continue toujours de s’exprimer au sein du M/PRESCA. Par exemple, il y a des tentatives de sabotage chaque fois que je veux entreprendre une activité. Aussi, je me suis remis au tribunal administratif qui vous le savez, a, sa manière de fonctionner qui est un peu lente, donc en attendant que le tribunal nous dise définitivement à quelle sauce on allait être mangé pour qu’on en finisse avec cette crise, j’ai créé parallèlement le MPC qui va me permettre d’évoluer. La page est tournée mais le volet judiciaire n’est pas fini pour autant.

Quelles sont les réelles motivations qui vous ont poussé à créer cette structure ?

C’est pour ne pas devenir aphone. Je suis relativement connu et je ne peux pas, sous le fallacieux prétexte qu’il y a une crise au M/PRESCA, me recroqueviller dans mon coin, ça ne serait pas une bonne chose. Si aujourd’hui le M/PRESCA est plus ou moins visible, c’est grâce d’abord à son père fondateur que je suis entre guillemets. Alors si je m’enferme dans une certaine omerta, dans un silence coupable, je pourrais être amené à ne plus être visible sur les radars de l’actualité politique. Alors qu’en tant que leader d’opinion, en tant qu’acteur de la société civile, je me dois de temps en temps de me prononcer sur des sujets brûlants de l’actualité nationale et internationale. C’est une façon de donner de la voix chaque fois que de besoin.

Beaucoup de gens estiment qu’avec les faits qui vous accablent dont l’affaire des conversations téléphoniques entre vous et Safiatou Lopez, et votre proximité avec le parti au pouvoir puisque vous êtes un Conseiller du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), vous n’allez pas ressortir de sitôt sur la scène publique. N’est-ce pas là des raisons suffisantes qui vous rendent moins crédibles aux yeux de l’opinion ?

Justement, c’est ça la capacité d’un homme de se reconstruire, de se refaire. Là où on t’attend le moins, c’est là-bas que tu sors la tête. On s’attendait à ce que je disparaisse définitivement, et le faire serait donner raison à mes adversaires. Si je disparais ça fait le bonheur de ceux-là que je dérange et qui ne voudraient ni m’entendre ni me voir. Il ne faut laisser aucune place, aucun espace à tes adversaires encore moins à tes ennemis. Et puis c’est ça la vie. Maintenant pour la confiance de l’opinion, il suffit de poser des actes concrets, s’expliquer et s’exprimer pour que les gens puissent vous jugez et vous comprendre. Si vous n’avez pas un cadre à travers lequel vous vous exprimez, les gens vous jugeront sur la base de quoi ? Donc à travers le MPC, progressivement on pourra s’expliquer pour mieux se faire comprendre.

Je ne dis pas que j’ai été parfait et que je n’ai pas fait des erreurs. Si je prends rien que le cas des écoutes téléphoniques par exemple, quoi que je puisse dire ou faire, c’est une conversation privée. Seulement je n’ai pas fait preuve de prudence. Je ne souhaiterais plus revenir d’ailleurs sur les écoutes téléphoniques dont le dossier a été vidé et ce n’est plus à l’ordre du jour. Et malgré tout ce qui a pu nous opposer, Safiatou Lopez et moi, nous restons des camarades, des amis.

Quels est la nature du MPC ?

Nous sommes une Organisation de veille citoyenne.

Quel est le bord ou le parti politique pour qui vous roulez quand on sait qu’au Burkina, Organisation de la société civile (OSC) rime avec intrigue politique ? Qui est-ce qui vous téléguide ?

Les journalistes me posent cette question mille et une fois donc moi ça ne m’ébranle plus. Cette question, si elle ne vient pas, c’est ce qui m’aurait même étonné. Dès que tu as une idée que tu portes, une vision qu’on partage, on pense rapidement qu’il y a une main invisible, politique qui se cache derrière, c’est comme si les gens ne pouvaient rien faire sans qu’on ne les pousse.

Mais c’est ce qu’on constate actuellement ?

Ok, moi je suis proche du MPP (parti au pouvoir) mais ça ne m’empêche pas de critiquer mon propre parti puisque ce sont des critiques objectives. C’est pour qu’on s’améliore, qu’on soit plus proche du peuple comme notre parti le dit : « Le Mouvement du peuple pour le progrès ». On doit progresser avec le peuple surtout quand on sait d’où l’on vient. Nul besoin de vous rappeler que nous avons hérité le pouvoir de l’insurrection populaire (des 30 et 31 octobre 2014, NDLR). Ce sont des circonstances historiques qui nous ont permis aujourd’hui d’être au pouvoir et nous devons regarder constamment dans le rétroviseur.

Pourquoi estimez-vous que l’ex-Premier ministre de la Transition sera président ? Sur quoi vous vous basez au point d’être convaincu que c’est Yacouba Isaac Zida (résidant au Canada) qui est poursuivi par un mandat d’arrêt international pour des affaires judiciaires qui l’accablent, qui sera le futur chef de l’Etat ?

Je commence par vous posez une question. J’espère que vous avez lu son livre. Son ouvrage est une prophétie et je poursuis pour dire qu’il y a un adage qui dit que : « Quand vous mettez Dieu dans tout ce que vous faites, vous le retrouvez dans tout ce qui vous arrive ». Yacouba Isaac Zida a mis Dieu dans toutes ses actions politiques. Sinon, il aurait été trucidé. C’est Dieu qui l’a sauvé en 2015. A chaque pas qu’il pose sur sa route c’est Dieu qui lui ôte le danger. Il a été constamment menacé et humilié en 2015. Les gens ont été surpris de voir qu’il était resté en vie dans cette affaire du putsch de 2015. Donc c’est de la prophétie. Il a dit quelque part dans son ouvrage que le peuple s’est trompé et bientôt le peuple va reprendre son pouvoir. Et j’ouvre une parenthèse pour vous dire, je ne vous apprends rien, vous avez fait l’université, que la démocratie c’est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. C’est le peuple qui a arraché le pouvoir et l’a remis au MPP avec son représentant qui est la personne de monsieur Roch Marc Christian Kaboré qui gère la cité.

Yacouba Isaac Zida a estimé que ce pouvoir ne donne pas des signaux forts, ce pour quoi les Burkinabè se sont retrouvés dans les rues en 2014. Donc ce même peuple va arracher le pouvoir du MPP et le remettre à qui de droit. Nous n’en appelons pas ici à un coup d’Etat, il faut qu’on se comprenne bien. Il l’a dit, le verdict du temps est non seulement imparable et il est imminent. Donc nous nous sommes dit qu’il peut-être le cheval idéal. Si effectivement les choses se présentent sous cette étiquette, nous nous misons sur Zida pour être président en 2020, 2025 ou 2030, par les urnes.

Pourquoi vous ne voyez pas quelqu’un d’autre si ce n’est Zida ?

Mais je ne connais pas ce quelqu’un d’autre. C’est monsieur Isaac Zida, que moi je connais. Je suis du MPP certes, je ne dis pas qu’il faut chasser le MPP pour mettre Zida, mais il a dit qu’il est perçu comme un challenger politique qui dérange. Donc c’est déjà un message et nous, nous souhaitons qu’il reste dans cette dynamique-là, qu’il rentre et si on lui reproche des choses qu’il réponde à la justice. Il a été radié, donc il est devenu un civil, qu’il descende dans l’arène politique pour que nous l’accompagnions.

Avez-vous des nouvelles de M. Zida ? Avez-vous ses contacts ?

Je ne peux pas tenir ces genres de déclarations publiquement sans être en contact avec lui. Et avec lui, et avec ses contacts qui sont ici au Burkina.

Sur quoi vous vous fondez aussi pour demander la libération de Safiatou Lopez Zongo ?

J’ai demandé la libération de Safiatou Lopez pour trois raisons. D’abord la forme. La manière avec laquelle elle a été interpellée à son domicile et déposée à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco), est trop forte. C’est comme si on se retrouve dans un film western. Ce n’est pas bien. Deuxièmement les mobiles qui nous ont été servis nous paraissent peu crédibles. Troisièmement, quel que soit ce que dame Lopez et moi ayons vécu, elle reste pour moi une camarade. Il n’y a pas d’animosité entre Safiatou Lopez Zongo et moi. Dans la vie quand votre adversaire, et pire quand votre ennemi est en danger, le bon sens voudrait que vous vous portiez à son secours. Voici ma philosophie. Ce n’est pas parce qu’on s’est retrouvés en justice et qu’aujourd’hui, elle a des ennuis judiciaires que je dois applaudir. La vie ne fonctionne pas comme ça. Donc je lui porte mon soutien indéfectible et nous souhaitons effectivement qu’on la libère si tant est qu’il n’y a pas d’autres choses que ce que nous avons déjà entendues.

Lui avez-vous rendu visite en prison ?

Nous avons des échos d’elle depuis la Maco mais au regard de notre statut nous n’avons pas été autorisés à lui rendre visite.

Face à la situation sécuritaire qui préoccupent tout le monde actuellement, vous avez dit lors d’une conférence de presse, je vous cite : « La solution réside dans l’énigme (colonel) Auguste Denise Barry ». Décryptez nous cette énigme

Pourquoi par trois ou quatre fois, ce monsieur a été humilié. Avez-vous cherché à comprendre pourquoi on l’humilie tant, pourquoi on cherche à l’écarter des affaires. Ça a commencé sous la Transition où le RSP, (l’ex-garde de sécurité présidentielle) a demandé aux organes de la Transition, à défaut de la tête de Zida, de faire démettre Denise Auguste Barry du gouvernement. Voici la première honte qu’on a fait subir au vaillant, courageux et intègre colonel. Deuxièmement quand Roch Marc Christian Kaboré est arrivé au pouvoir, le monsieur, on connait son passé, sa capacité, son dynamisme en matière de renseignement dont il a le flair. Je n’ai pas dit que c’est le meilleur des militaires au Burkina. Mais face à ce phénomène d’insécurité, toutes les compétences, les bonnes volontés doivent être réunies pour faire face au terrorisme et ses ramifications.

Donc vous remarquerez qu’objectivement, toutes les raisons étaient mises sur la table pour qu’on lui donne la direction de l’Agence nationale de Renseignement (ANR). Mais non, c’est un des proches de monsieur Roch Marc Christian Kaboré, qui fut par ailleurs son aide de camp si ma mémoire est bonne quand le président était le patron de l’Assemblée nationale à l’époque. Vous voyez que quand c’est comme ça, c’est une question d’individu, de camaraderie, de copinage, de connaissances, de promotions d’amis de quartiers et d’école. Et c’est ça que je dénonce dans le MPP en parlant du retour du clanisme.

Regardez les mobiles qui ont été développés et qui lui ont valu son arrestation. Il a été arrêté et déposé à la Maison d’arrêt et de correction de l’armée (MACA) et libéré au bout de huit mois sans qu’on ne sache exactement ce qu’on lui reproche. Un monsieur comme ça, si on ne peut pas l’utiliser qu’on arrête de l’humilier parce que ce n’est pas bien.

Comprenez-vous que quatre ans après le dossier judiciaire de l’insurrection traîne de même que des victimes de l’insurrection se plaignent de la négligence de leur prise en charge par les autorités ?

J’ai parlé du retour du clanisme et du copinage au sein du pouvoir MPP. Voici des cas concrets. Les gens ont offert leur poitrine, pris de lourdes responsabilités en faisant face effectivement à des armes de guerre pour sauver la démocratie. Aujourd’hui, des familles continuent de pleurer pour réclamer justice. Regarder, en moins d’un an, la Transition a fait beaucoup bouger des dossiers comme ceux de Thomas Sankara et du journaliste Nobert Zongo. Depuis que le MPP est arrivé, qu’est-ce qui a été fait à la justice. Tous les dossiers pendants piétinent toujours en justice. Voilà pourquoi nous estimons que le pouvoir actuel ne se bouge pas suffisamment. Et le procès qui a lieu actuellement, c’est bien, mais encore que ça aboutisse à la paix des cœurs et qu’effectivement justice soit rendue pour que plus jamais ces gens comprennent qu’un Burkinabè ne doit pas retourner l’arme contre son frère burkinabè.

Quel commentaire faites-vous sur la hausse du prix du carburant intervenue le 8 novembre dernier ?

Sur la hausse, nous ne souhaitons pas tellement faire de commentaire parce que nous n’avons pas encore toutes les données pour apprécier. En tant que leader d’opinion, il faut avoir toutes les informations, toutes les données pour ne pas faire des affirmations gratuites. Etant surtout de profession journaliste, il faut éviter d’avancer des choses qui ne sont pas vérifiées. Je retiens seulement que ça vient en rajouter à la souffrance du Burkinabè qui croupit déjà sous le poids de la misère. Ça en est un peu trop, parce que comme on le dit, les temps sont durs pour tout le monde.

Par Bernard BOUGOUM

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