À Ouagadougou, la disparition d’enfants est devenue un fléau qui touche de nombreuses familles. Le phénomène n’épargne pas, peut-être dans une proportion moindre, les autres villes et village du Burkina Faso. Derrière les rues animées et le quotidien qui semble normal, des parents vivent une angoisse obsédante, scrutant chaque coin de rue, chaque visage inconnu. Certains retrouvent leurs enfants, d’autres restent demeurent sans aucune nouvelle de leurs progénitures, tenaillés par le silence du désespoir. Ces enfants qui s’évanouissent, sans trace, dans la nature bouleversent la vie de nombre de maisonnées et laissent des cicatrices profondes dans le cœur de leurs parents et proches. Ceux d’entre eux qui sont scolarisés n’ont, ainsi, pas connu les moments intenses de la rentrée scolaire de ce mercredi 1er octobre 2025.
Les grandes artères de Ouagadougou, comme tous les autres jours grouillent de monde ce mercredi 1er octobre 2025. Les enfants, accompagnés de leurs parents, ou seuls, se dépêchent pour rejoindre leurs écoles. C’est la rentrée scolaire. Dans le même temps, les commerçants ouvrent leurs boutiques pour les premiers clients du jour. Les marchés s’animent lentement, les cris des vendeuses et des acheteurs se mêlent.
Pourtant, derrière cette apparente normalité du quotidien, une peur invisible et indiscible s’installe dans les foyers, à cause de la disparition d’enfants. Des disparitions, parfois sous le regard impuissant des parents ou des voisins. Les familles vivent dans cette peur constante de constater, un jour, qu’un et parfois plusiuers de leurs enfants ne reviendront plus à la maison. Toute chose qui transforme la vie en des moments difficiles de veille. Et de d’angoisse.
C’était un matin ordinaire, se souvient Awa Rabo. «Comme toujours, mon fils et ma belle-fille étaient partis au marché très tôt. Je suis restée à la maison avec ma petite-fille de cinq ans. Elle jouait juste devant la porte, insouciante comme tous les enfants de son âge». Mais l’existence de dame Rabo, allait chavirer brusquement.
Ce jour-là, un jeune homme s’approche et demande où il peut trouver de la potasse à acheter. Pensant rendre service au prochain, Awa Rabo demande à sa petite fille de lui montrer chez une voisine qui en vend. Dix minutes passent. Le temps s’écoule. La petite ne revient pas. La grand-mère, inquiète, se rend alors chez la voisine. La réponse de celle-ci tombe comme un coup de massue: «Je n’ai pas vu ta petite fille». Que faire?
«Je l’ai cherchée partout. J’ai couru, j’ai crié son nom, j’ai frappé aux portes des voisins. Rien. Mon cœur battait si fort que j’avais l’impression qu’il allait s’arrêter à tout moment. La nuit a été interminable. Je n’ai pas fermé l’œil, je n’ai pas cessé de prier pour que ma petite-fille revienne».
Deux jours plus tard, la fillette a été retrouvée chez l’homme, sur le point d’être emmenée hors du pays, dans le mouvement d’un vaste réseau de trafic d’enfants. «Quand je l’ai vue, je l’ai serrée très fort dans mes bras. J’ai pleuré comme jamais je ne l’ai fait. Mais depuis ce jour, chaque disparition me ramène à ce cauchemar indescriptible», affirme Awa Rabo.
Chaque détail de son récit montre à quel point la peur et la douleur s’insinuent dans le quotidien des familles. Le cœur qui s’emballe, les mains qui tremblent, les nuits blanches, les prières qui ne cessent jamais. Tout le cocktail du désespoir
Cette histoire, bien qu’ayant connu une fin heureuse, laisse une cicatrice indélébile. Du reste, toutes les familles n’ont pas cette chance de retrouver leur enfant perdu ou enlevé. Dans d’autres familles, des enfants disparaissent sans jamais réapparaître. C’est le cas de Rasmané Ouédraogo qui raconte la disparition de sa fille de neuf ans. Ses yeux sont rouges, sa voix et ses mains n’arrêtent pas de trembler.
«Elle jouait avec ses amies juste devant la maison. Quand nous sommes sortis pour l’appeler, elle n’était plus là. Comme si la terre l’avait avalée. Chaque bruit dans la rue me faisait alors sursauter alors que j’espérait son retour. Chaque rire d’enfant que j’entends me rappelle qu’elle n’est plus là», se lamente sans fin, M. Ouédraogo.
Il décrit ses journées passées à chercher sa fille dans le quartier et à travers la ville, à coller des affiches, à frapper aux portes des voisins, à interroger chaque inconnu. «On ne peut pas vivre ainsi. On ne sait pas si elle est vivante ou si elle est morte. On ne sait rien. C’est une douleur qui ne passe jamais», dit ce parent inconsolable, remuant constamment la tête dans tous les sens et le regard vide. Et cela fait une année entière qu’il n’a aucune nouvelle de sa fille. Une année de silence, de vide et de nuits sans sommeil, où chaque instant est un rappel cruel de son absence.
Dans les rues de la ville, la psychose est là. Tous surveillent leurs enfants. Les parents modifient leurs habitudes et la vie quotidienne a changé. Alice Ouedraogo, mère d’un petit garçon: «Moi, je ne laisse plus mon fils sortir seul, même pour aller acheter du pain».
Issa Sawadogo, étudiant ajoute: «Il faut plus de vigilance et surtout plus de patrouilles de police. Nous sommes tous inquiets, sans savoir à quel saint se vouer.» Salimata Diallo, vendeuse de légumes, ajoute: «Chaque fois qu’un enfant disparaît, on a l’impression que ça peut nous arriver aussi, et à tout moment ».
Des mots qui montrent à quel point la peur s’est installée. Les familles vivent dans la crainte permanente de perdre un enfant.
Pour retrouver leurs enfants, de nombreuses familles utilisent désormais les réseaux sociaux. Les photos des enfants disparus pullulent ainsi sur Facebook, WhatsApp et TikTok, accompagnées d’appels à témoins et parfois de promesses de récompenses.
Parmi ces cas, celui de Tera Abdoul Karim Bachar, disparu depuis le lundi 1er septembre 2025, frappe particulièrement. Malgré les alertes et les promesses de récompense, aucune nouvelle n’est parvenue à sa famille. Chaque partage sur les réseaux est un cri lancé, une bouteille jetée à la mer, un espoir fragile qui ne s’éteint jamais complètement mais fait souffrir autant qu’il fait espérer.
Ces disparitions ne sont pas que des chiffres. Ce sont des vies suspendues, des familles au coeur brisé et une ville plongée dans l’angoisse.
Rasmané Ouédraogo: «Tant que je n’ai pas retrouvé mon enfant, je ne peux pas croire qu’il est mort. Tant que je ne l’ai pas revu vivant, je ne peux pas être en paix».
Ouagadougou vit aujourd’hui avec cette peur invisible mais profonde. Et il en sera toujours ainsi, tant que des enfants disparaîtront.
Par Nourah THIOMBIANO (stagiaire)




























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