Accueil Opinion Durabilité de la culture de « l’or blanc d’Afrique » au Burkina Faso

Durabilité de la culture de « l’or blanc d’Afrique » au Burkina Faso

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 Le sociologue Dr Tionyélé Fayama, et l’Agropédologue Nambon Aziz Isidine Da, du Programme « Gestion des Ressources Naturelles et Système de Production » de l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles(INERA), station de Farakô-ba, posent, dans cet article, les difficultés qui minent le secteur du coton au Burkina Faso et suggèrent  aux responsables du secteur et à l’Etat de trouver encore d’autres stratégies beaucoup plus innovantes et bénéfiques aux producteurs.

Résumé

Ce papier tente de comprendre les difficultés qui minent le secteur du coton au Burkina Faso à partir d’une observation de terrain dans la commune rurale de Koumbia. Il questionne la durabilité de la production de coton au regard des problèmes que ce secteur connait de nos jours.

On note que les producteurs de coton sont aujourd’hui dépendant de la subvention du secteur et ne peuvent s’en défaire au regard de leur pauvreté mais réduisent de plus en plus leurs surfaces cultivables. Ce qui recommande de la vigilance de la part des responsables du secteur et de l’Etat pour trouver encore d’autres stratégies beaucoup plus innovantes et bénéfiques aux producteurs.

Contexte et problématique

Le coton représente la principale culture de rente des ménages ruraux dans la zone Ouest du Burkina Faso. Ces dernières années, la baisse drastique de sa production dans la commune rurale de Koumbia est sujette à des interrogations dont celle de savoir qu’est-ce qui explique l’abandon progressif de la culture de coton dans la commune rurale de Koumbia ?

Cette idée de recherche fait suite à une étude menée dans le cadre du projet intensification durable en Afrique sur l’histoire de l’exploitation depuis l’installation à nos jours et les principaux changements intervenus sur la structure, le système de culture et  d’élevage.

Méthodologie    

L’étude a été réalisée dans la commune rurale de Koumbia et a concerné 23 exploitations composées d’agriculteurs, d’agro-éleveurs et d’éleveurs choisis dans la base de données du dispositif de recherche et d’enseignement en partenariat –DP/ASAP. Une recherche documentaire a été mise à profit pour rendre compte de l’existant afin de peaufiner l’analyse des données collectées.

Des outils qualitatifs (guides d’entretien) ont permis, à travers des récits de vie, de comprendre et d’expliquer les facteurs de découragements des producteurs face à la culture de coton et sa place dans l’évolution des exploitations agricoles.

Résultats

Il n’est pas superfétatoire de rappeler l’importance du coton dans l’amélioration des conditions de vie des ménages ruraux malgré les contraintes auxquelles ces producteurs font face dans la filière.

Contraintes majeures de la culture cotonnière

  • La tendance générale est à la diversification de la production dans 80% des exploitations et à la diminution des superficies de coton dans 13% des exploitations;
  • la qualité des engrais(NPK) distribués durant la campagne 2017-2018 est remise en cause par les producteurs;
  • Le nombre de traitement du coton conventionnel est à sept (07) au lieu de deux (02) pour le coton bt même si le prix du kg du coton conventionnel reste plus élevé que le coton bt;
  • L’abandon progressif de la culture du coton devient de plus en plus prononcé et mis en compétition avec le maïs (exemple: BSK 20 ha de coton en 2014 contre 6 ha maïs, en 2015, il fait 16 ha de maïs contre 07 ha de coton);
  • La dégradation des surfaces cultivables et la difficulté d’accès à de nouvelles terres agricoles;
  • La caution solidaire pour le remboursement du crédit agricole (intrants) qui ne favorise pas la cohésion sociale.

Causes du maintien de la culture cotonnière

Les enquêtés à l’unanimité expriment le besoin d’abandonner la filière s’ils avaient le choix. Cependant ils déclarent leur incapacité à abandonner totalement la production du coton. Mais quelles sont les raisons qui les maintiennent dans le système ?

  • L‘existence d’un système de subvention en intrant et équipements agricoles;
  • L’existence d’un système d’accompagnement par la subvention en intrants (3ha de coton contre 1 ha de maïs) des producteurs pour la culture de maïs;
  • la culture de coton est devenu un marqueur d’identité;
  • L’achat groupé du coton;
  • la rotation coton-maïs permet d’améliorer les rendements des céréales et réduit également l’investissement en engrais des producteurs.

Conclusion

Les exploitations cotonnières de Koumbia sont de plus en plus en régression mais le système de culture occupe toujours dans l’ensemble sa place. La tendance à la diversification des cultures inquiète la durabilité de la culture de l’or blanc dans les exploitations familiales. La production du coton est tenue de nos jours au Burkina Faso fortement par la stratégie d’accompagnement des producteurs et non par les rendements et le prix de vente.

Références bibliographiques

Tionyélé Fayama, Mélanie Blanchard,  Der Dabiré, Sodré Etienne, Yargha Hahadoubouga, 2016, Caractérisation des chemins d’intensification des exploitations de polyculture-élevage dans l’Ouest du Burkina Faso et au Nord de la Côte d’Ivoire, rapport d’étude, ProIntensAfrica, 10p,

Alimata A Bandaogo et Fatimata Saba, 2016. Synthèse bibliographique sur l’intensification agricole dans la zone cotonnière de l’Afrique de l’Ouest, communication, ProIntensAfrica, 30 P

MAHRH, 2008. Evolution du secteur agricole des et des conditions de vie des ménages, PROJET AI/CN-SISA, 96 p

DP ASAP, 2015. Base de données sur 250 exploitations agricoles des zones cotonnières du Burkina Faso, du Mali et de la Côte D’ivoire, Sous Access, INERA, CIRDES, IER, IDR, UPGC, CIRAD. Bobo Dioulasso (Burkina Faso)

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