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Fête nationale à Gaoua: l’eau et le calvaire des femmes

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Photo d'illustration

« Ici nous souffrons. Nous souffrons avec les coupures d’eau. Souvent on se réveille très tôt le matin, à 4H00 (GMT) et parfois même à 3H00 pour aller à la recherche de l’eau », peste la quadragénaire Amandine Poda, une habitante de Gaoua, ville située dans le Sud-Ouest burkinabè, qui accueille les festivités du 11-Décembre 2017, la fête nationale.

Gaoua, le chef-lieu de la région du Sud-Ouest du Burkina, localisé à près de 400 km de Ouagadougou, se prépare à accueillir ses hôtes pour la célébration de la fête nationale qui se tient chaque 11 décembre de façon tournante dans les régions du territoire burkinabè, et ce depuis 2008 sous l’ex-président Blaise Compaoré, actuellement en exil en Côte d’Ivoire. Une fête qui est très attendue par les fils et filles de la localité. Même si à l’occasion de ces festivités, des habitants du pays Lobi se réjouissent du nouveau visage de la ville, les femmes, elles ne se soucient que de leurs jarres vides qu’elles cherchent à remplir de la denrée qu’on qualifie de « source de vie ».

« Actuellement on n’a pas assez d’eau à la maison et l’eau vient encore de couper. Comment on va faire ? », s’interroge une jeune fille, la vingtaine révolue, Justine Palenfo, dans un français approximatif. Elle confie que très souvent les coupures d’eau peuvent durer pendant des heures voire toute une journée. « Ça fait des mois que nous sommes dans cette situation », affirme-t-elle, notant que dans ces moments de calvaire, des femmes s’approvisionnent parfois en eau dans des puits où la qualité de l’eau laisse à désirer. « Actuellement même, les puits ont tari », se plaint-elle.

Les yeux bouffis, Amandine Poda qui raconte son calvaire, en ces moments de coupures intempestives d’eau, demande à l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) de voir afin d’apaiser leur souffrance.

Des femmes en rang en attendant leur tour pour se servir de l’eau potable dans une borne fontaine à Gaoua

La fourniture d’eau potable par l’ONEA, a été sérieusement perturbée dans la ville de Gaoua après le démarrage des travaux entrant dans le cadre du 11-Décembre. Des familles ont été privées d’eau potable de l’ONEA pendant un mois et voire plus, indique des habitants de la localité à une équipe de Wakat Séra.

A moins de quatre jours de la fête nationale, on constate toujours des baisses de pression et même des coupures d’eau pouvant durer entre dix et quinze heures d’horloge, dans des quartiers de Gaoua, comme Tielkan et Djindjèlè, selon des habitants de la cité du Bafuji appelée « Gan Wèra » ou route des Gan.

« Il y a souvent des femmes qui se tapent ici même à cause de l’eau » quand il y a coupure, souffle Laurent Nion, un jeune gérant d’une borne fontaine à Gaoua dans le secteur n°4 au quartier Djindjèlè.

Cette situation que vivent les autochtones n’épargne pas non-plus des festivaliers du 11-Décembre. En plus du manque de chambres d’hôtel, ces personnes venues d’ailleurs pour prendre part aux festivités de la fête nationale, sont confrontées à cette dure réalité, les coupures intempestives d’eau. « Je suis là il y a deux jours de cela. J’ai eu une chambre au secteur n°2. Le seul problème est le manque d’eau », s’alarme Mamadou Ouattara, un chauffeur d’une organisation non gouvernementale.

Une vidéo de deux minutes 53 secondes des femmes de Gaoua racontant leur calvaire.

L’ONEA rassure

Pour apaiser la souffrance des femmes qui passent leur nuit à la belle étoile à la recherche de l’eau, le directeur régional de l’Office nationale de l’Eau et de l’Assainissement, Moussa Siemdé, rassure que des actions sont en train d’être menées pour soulager la population de Gaoua.

« Nous avons eu à réaliser un certain nombre d’ouvrages qui, non seulement vont servir pour gérer cette pointe liée à la présence de beaucoup d’hôtes en ces moments de festivités du 11-Décembre », mais aussi de la population même de Gaoua, déclare M. Siemdé.

Il affirme qu’avec les réalisations effectuées, il y a eu une augmentation de production d’eau potable de 45%, ce qui donne aujourd’hui 1000 m3/jour de plus.

« On a posé en gros 30 km de réseaux neufs et une vingtaine de kilomètres de réseaux anciens ont été réhabilités. A la capacité de stockage, on a ajouté aujourd’hui presque 300 m3 en terme d’apport de stockage », poursuit-il.

La mise au point du directeur régional de l’ONEA

Malgré « l’augmentation de production d’eau potable » de l’ONEA à Gaoua, des populations se plaignent toujours de la rareté de cette denrée dans les bornes fontaines du fait des coupures intempestives ces derniers jours. Mais pour le directeur régional de l’Office nationale de l’Eau et de l’Assainissement, cette situation est due à la présence des hôtes du 11-Décembre qui a gonflé la demande.

Par Daouda ZONGO