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Ghana: la grosse tache rouge sur le coup KO de Nana Akufo-Addo!

Le coup KO de Nana Akufo-Addo

51,59% des voix. C’est le score étriqué par lequel le président ghanéen sortant, Nana Akufo-Addo, a pris le dessus sur son rival, John Dramani Mahama qui a récolté, lui, 47,63% des suffrages, à l’issue de l’élection présidentielle bien serrée du lundi 7 décembre. Selon les résultats provisoires rendues publiques par la Commission électorale, le leader du New Patriotic Party (NPP), remporte ainsi le tie-break que constituait cette troisième confrontation au sommet, avec son éternel challenger du National Democratic Congress (NDC). En attendant la proclamation officielle des chiffres définitifs par l’organe compétent en la matière, et le verdict des législatives, qui se sont déroulées en même temps que la présidentielle, la démocratie dans l’ancienne Gold Coast, vient une fois de plus, de prendre des galons sur certains de ses voisins francophones de l’Afrique de l’ouest, et même de l’Afrique tout court.

Les Ghanéens, sans surprise, ont conjugué les élections avec fête et non conflits où, à la place des urnes, ce sont les machettes aiguisées qui sont brandies et le feu destructeur qui brûle tout sur son passage, n’épargnant ni résidences d’opposants téméraires ou affidés du pouvoir, encore moins les édifices administratifs. Ces joutes électorales confortent également la domination des deux principaux grands partis qui ont dompté la vie politique ghanéenne, transformant presqu’en marronniers quinquennaux, les élections générales, véritable baromètre du processus démocratique, les scores anecdotiques des 10 autres candidats en lice ne leur permettant pas réellement d’avoir voix au chapitre dans le débat politique au sommet.

Toutefois, le Ghana ne peut plus se targuer d’être cet ilot de passation pacifique du pouvoir, dans cet océan de parodies d’élections, où les contestations ne se sont pas déposées sur la table des prud’hommes électoraux, mais sont réglés dans la rue, dans le feu et le sang. Les démons de la violence, traversant allègrement les frontières poreuses, à souhait, de l’Afrique et conformément à la mode des affrontements entre partisans et leaders de partis politiques qui ne connaissent que l’argument de la force, ont élit domicile au Ghana. Résultats de la course: cinq personnes tuées par balles et 17 autres blessées, depuis le vote présidentiel du lundi, à ce mercredi 9, et 21 incidents violents recensés, directement en rapport avec les élections. Les précisions sont rapportées par la police nationale, qui n’a, cependant pas, mentionné d’où sont partis ces pruneaux assassins. Incident de parcours ou effets de mauvais voisinages dont les actes violents déteignent sur une démocratie citée en exemple, mais vue d’un mauvais œil par des prédateurs qui ne veulent plus porter, seuls, le bonnet d’âne, eux qui font plus dans la «démocrature» que dans la démocratie?

Tout est possible dans cette Afrique de l’ouest où les coups d’Etat constitutionnels refont surface de plus belle, dans un véritable printemps des troisièmes mandats porté par l’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara, 78 ans et le Guinéen, Alpha Condé, 82 ans. Comme par hasard, c’est sur la terre encore chaude qui a recouvert la tombe du père de la démocratie ghanéenne, Jerry John Rawlings, décédé le 12 novembre dernier que le Ghana vit ces dérives. Comme quoi, la disparition du gardien du temple, pourrait bien être catastrophique pour le Ghana, qui, jusque-là, servait de miroir de la démocratie, miroir dans lequel refuse de regarder les apprentis sorciers des élections truquées et des troisièmes mandats meurtriers.

Bizarrement, c’est dans les pays où le débat politique est pris en otage par des individus pour qui le pouvoir devient une fin en soi, une occasion inespérée pour se faire une place au soleil, que les élections deviennent terrain de violences. Pourvu que la parenthèse de sang, pour emprunter à l’écrivain congolais «des deux Congo», Sony Labou Tansi, se referme au plus vite et que le Ghana reprenne vite son flambeau de pays à l’alternance pacifique par les urnes. Ce serait le plus grand des hommages rendus au Dr Kwamé N’Krumah et au capitaine d’aviation, Jerry John Rawlings.

Par Wakat Séra

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