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Guinée: un p’tit tour dehors et retour à la «Maison» pour Dadis!

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Le capitaine Moussa Dais Camara s'est-il réellement évadé?

Des tirs à l’arme lourde. Deux morts, dont une petite fille de six ans, et des blessés. Réveil tonitruant, mais surtout de peur pour les populations à l’aube de ce samedi 4 novembre. A la clé, annonce d’évasion de quatre locataires de haut rang de la Maison centrale de Conakry, dont le plus emblématique, le capitaine Dadis Camara. Puis, retour en prison, dans l’après-midi, du même jour, du sulfureux capitaine. Comme si l’ex-chef de la junte militaire guinéenne avait entrepris de faire une petite promenade de début de week-end hors de sa cellule et d’y revenir comme si de rien n’était.

Sauf que cette courte intermède de liberté se déroulait sous les échanges de tirs nourris entre un commando armé et les éléments de l’armée nationale. Ce n’était donc pas une permission de sortie en bonne et due forme obtenue par le prisonnier actuellement en procès. Mais, pour son avocat, Dadis Camara a plutôt subi les événements, ayant été «enlevé» par des hommes lourdement armés et serait revenu à la «Maison», après s’être «extirpé» des griffes de ses ravisseurs. Vrai ou faux?

En tout cas, la pilule servie par le conseil de l’ex-chef de la junte a du mal à passer. Parce qu’en face, la version qui porte le plus est celle des autorités politiques et judiciaires guinéennes, notamment le ministre de la Justice et le chef d’Etat-major général des Armées. Pour ces derniers, il ne s’agit, ni plus, ni moins que d’une tentative d’évasion qui, du reste, ne concernait pas que Moussa Dadis Camara.

Trois autres personnes poursuivies dans le cadre du procès des événements du 28 septembre, auraient également été soustraits de la surveillance de leurs geôliers par les auteurs de la tentative d’évasion, à en croire la hiérarchie militaire qui a déjà procédé à des radiations de «bérets rouges», soulevant des complicités. L’ex-chef des services spéciaux, Moussa Tiegboro Camara, le gendarme Blaise Goumou et l’ex-ministre chargé de la sécurité présidentielle, Claude Pivi, étaient également du lot mis en cause par les chefs militaires. Le dernier, dont le fils serait le chef d’orchestre de cette tentative d’évasion, était toujours en fuite, au moment où nous bouclions cet éditorial.

Pourtant, ils étaient en prison depuis plus d’un an au moins! Et le procès pour lequel ils comparaissent, accusés dans le massacre du 28 septembre 2009 qui avait entraîné la mort de près de 160 personnes et le viol à ciel ouvert d’une centaine de femmes, aussi important qu’il soit pour les droits de l’homme et surtout des victimes, ne faisait plus réellement recette auprès du public, qu’à cause des fréquents «Dadis show» et de accusations que se jettent entre eux les prévenus. Dans cette gamme, s’est bien illustré un certain Aboubacar Sidiki Diakité alias Toumba, ancien aide de camp de Dadis Camara, brandi par ces co-accusés comme le meneur des crimes du 28 septembre alors que lui-même accusait son ancien mentor.

Comment le commando aussi lourdement armé a-t-il pu arriver jusqu’à la Maison centrale, située dans l’un des endroits les mieux surveillés de Conakry, dans une commune abritant le siège de la présidence et presqu’au milieu de plusieurs postes militaires? Pourquoi c’est seulement maintenant que Dadis & Cie trouvent-ils propice pour faire se faire la belle? Où comptaient-ils se cacher, étant probablement dans l’impossibilité de quitter le territoire guinéen? Quel Etat les accueillerait au vu des atteintes en masse aux droits de l’homme qui leur sont reprochées? Pourquoi s’évader alors qu’ils sont encore loin d’être jués coupables? Dadis et les siens, n’étaient-ils pas conscients qu’ils aggravaient leur situation en cherchant à fuir la prison en plein procès de cette nature?

Fausse tentative d’évasion ou vrai montage à l’instar de ces coups d’état mis en scène pour opérer une purge dans l’armée et se débarrasser de quelques éléments gênants et prendre le contrôle des «bérets rouges», corps au sein duquel Dadis Camara a certainement toujours ses hommes et qui sont, de fait des éléments qui empêcheraient le colonel Mamadi Doumbouya d’avoir le sommeil tranquille? Les questions ne manquent pas de fuser autour de cette dite «évasion» rocambolesque. En tout cas, les «évadés» voudraient se faire hara-kiri qu’ils n’auraient pas agi autrement, tombant dans ce qui ressemble à un gros-piège pour «candidats à l’évasion trop facile».

Par Wakat Séra