Accueil Communiqué de presse Hommage national à Salifou Diallo: le discours de Zéphirin Diabré

Hommage national à Salifou Diallo: le discours de Zéphirin Diabré

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photo d'illustration

Ceci est le discours d’hommage du leader de l’opposition politique burkinabè Zéphirin Diabré prononcé lors de la cérémonie d’hommage national à Salifou Diallo président de l’Assemblée nationale du Burkina. cette cérémonie a eu lieu au Palais des sports Ouaga 2000, dans le Sud de Ouagadougou.

Excellence Monsieur le Président du Faso,
Excellence M. le Président Alpha Condé de la république de Guinée,
Excellence M. le Président Mamadou Issoufou de la République du Niger,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Présidents et membres des Délégations étrangères,
Madame Diallo et toute la famille Diallo éplorée,
Mes Très chers compatriotes, tout protocole observé,
Mesdames et messieurs,
Unie dans sa diversité et habitée par la même pensée au-delà de cette enceinte, notre nation pleure aujourd’hui un de ses fils les plus illustres, en la personne du Dr Salifou Diallo, Président de Notre Assemblée Nationale, à qui la providence a ordonné de rejoindre désormais et pour l’éternité, le Royaume de la Nuit !
Le temps qui passe est décidément un temps de chagrin, pas seulement pour le Yatenga qui vient de perdre l’un de ses plus dignes fils, mais aussi pour la Nation burkinabè toute entière, qui accompagne à sa dernière demeure l’un de ses plus valeureux combattants politiques, alors que notre pays venait d’être encore endeuillé par les forces obscures du terrorisme.
C’est donc avec une vive émotion que je prends la parole en ma qualité de Chef de file de l’opposition politique, pour exprimer en mon nom propre et au nom de toute l’Opposition, à Mme Diallo, à ses enfants, à la famille du Dr Salifou Diallo, à ses camarades politiques, et au peuple burkinabè, toute notre sincère compassion.
En ces instants de gravité nationale, ou même le ciel mouillé de notre patrie peine à retenir ses larmes, l’Opposition politique a une pensée toute émue pour la Majorité politique, son alter égo dans le jeu démocratique, et singulièrement pour le parti au pouvoir, le MPP, aujourd’hui orphelin. Encore mille fois, Sincères condoléances !
Au-delà des divergences politiques naturelles qui existaient entre le Dr Salif Diallo et les leaders politiques de l’opposition que nous sommes, nous partagions les mêmes valeurs républicaines, la foi en la démocratie et par-dessus tout, la volonté ardente de servir notre pays.
Nous sommes opposés, mais nous ne sommes pas ennemis ! Nous appartenons à la même nation que nous construisons chacun à sa place, chacun dans son rôle, et chacun à sa façon.
Devant la mort, il n’y a ni opposition ni majorité. Il y a ceux qui s’en vont pour jouir d’un repos éternel auprès du père céleste, et il y a ceux qui restent pour affronter les mêmes défis de la vie.
Mesdames et Messieurs,
Le vrai drame de la mort, c’est qu’elle oblige toujours à abandonner un ouvrage inachevé.
Dr Salifou Diallo, tu t’en vas, au moment où le Burkina Faso aurait tant aimé continuer de bénéficier de ton engagement.
Pour avoir partagé avec toi, des années durant, les bancs du Conseil des ministres sous le magistère du Président Blaise Compaoré, je peux témoigner à ma façon, de la force de tes convictions et de ton obsession pour le bien être des masses laborieuses.
Plus récemment, la finesse de ton analyse politique et ton sens de la stratégie ont été une contribution inestimable dans le combat que menait l’opposition que je dirigeais, à laquelle toi et tes camarades du MPP se sont ralliés en Janvier 2014, contre la révision de l’article 37.
Tu partages donc avec beaucoup d’opposants d’aujourd’hui, un statut que personne ne peut te nier et que rien ne peut effacer : celui d’ancien combattant de l’insurrection populaire des 30 et 31 Octobre 2014.
Lorsque ta famille politique a été portée à la tête de l’Etat et que nos chemins se sont séparés, tu es resté lucide, contrairement à certains de tes camarades qui découvraient le pouvoir avec une certaine euphorie. Ta capacité d’autocritique nous a souvent surpris, quand tu estimais que tes camarades s’éloignaient des acquis historiques de notre insurrection. Tant de fois nous nous sommes reconnus dans tes analyses objectives sans complaisances vis-à-vis de ton propre gouvernement.
Je veux ici témoigner que derrière l’animal politique que tu étais, se cachait un pragmatique qui savait reconnaitre le bien fondé des critiques de l’opposition.
Tu avais du génie et du caractère, au sens où l’entendait Victor Hugo. Le génie c’était ton flambeau du dehors. Le caractère, ta lampe du dedans.
Toute ta vie semblait comme inspirée par cette maxime, qui enseigne que quand on vient au monde, c’est pour troubler les choses. Sinon, mieux vaut rester là où on était !
Comme tout homme, tu avais tes défauts. Mais comme disait René Char, un homme sans défaut est une montagne sans crevasse ; ça n’intéresse personne.
Docteur Salifou Diallo, tu manqueras beaucoup au débat politique.
Même tes intrigues vont nous manquer, toi qui soutenais qu’un vrai homme politique doit toujours en avoir une à chaque réveil. Elles avaient le bénéfice important d’obliger l’Opposition à être vigilante. Parce qu’après tout, pour que le combat politique ait de la saveur, il faut que l’adversaire ait du relief ! Je le concède, tu en avais plus qu’il n’en faut !
Mesdames et messieurs,
La disparition du Dr Salifou Diallo est une immense perte pour notre pays, confronté à ce moment précis de son histoire, à de lourds défis qui semblent ouvrir le temps des incertitudes. Ses opinions auraient été fort utiles pour les relever. Et l’Opposition aurait tant aimé pouvoir croiser avec lui le fer des idées sur bon nombre de questions.
Avec la disparition de ce « baobab politique », notre pays est profondément affecté. Mais le meilleur hommage que nous puissions lui rendre, c’est de faire le pari que nous saurons surmonter l’épreuve de sa disparition pour continuer, chacun dans son rôle et chacun à sa façon, de poser les bases d’un meilleur devenir de notre pays, car c’est ce qu’il recherchait par-dessus tout.
Cher Salif, mon cher Yadga, mangeur de crapauds, ne pars pas sans emporter la calebasse d’arachide que les bissas t’on offert, sinon tu auras faim en route !
Reposes en paix et que la terre libre du Burkina Faso te soit légère.
Je vous remercie !