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Angola: l’opposition aboie, le MPLA passe!

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Le MPLA reste seul maître à bord (Ph. BBC Afrique)

Que José Eduardo dos Santos passe la main après 38 ans de règne sans partage, la donne n’a point changé en ce qui concerne les résultats des élections générales. C’est sans surprise que l’Angola est resté aux mains du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA). Le parti aux commandes de ce pays au sous-sol riche en pétrole et en diamant vient de remporter haut la main, le scrutin du mercredi 23 août 2017. Son score de 64,57%, sans être stalinien, n’en n’est pas moins éloquent, au regard des voix engrangées par tous ses adversaires réunis. Avec respectivement 24,04% et 8,56%, l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita) et la Coalition électorale de convergence ample du salut d’Angola (Casa-Ce), n’ont pas vraiment inquiété le MPLA, qui reste le seul maître à bord. C’est le contraire qui aurait fait sensation, car le système implanté par Agostino Neto qui a passé le relais à José Eduardo dos Santos est si bien huilé que le déboulonner aussi facilement relèverait presque du miracle. En tout cas, pas pour l’instant. Pendant longtemps encore, la véritable machine électorale qu’est le parti au pouvoir broiera tout sur son passage. Même son bilan socio-économique négatif décrié par le citoyen angolais lambda qui ploie sous le faix de la pauvreté alors que ses dirigeants roulent carrosse dans un luxe insultant, n’a pas eu raison du MPLA. L’Unita, l’adversaire historique et la Casa-Ce, qui fait pratiquement ses premiers pas dans l’arène électorale ont beau brandi la crise économique, la corruption, le népotisme et tous les maux du même lexique, ils n’ont pas pu renverser la tendance.

En Afrique, une élection qui se respecte ne pouvant se passer de contestation, les perdants ont tout de suite rejeté les chiffres qui donnent le parti-Etat gagnant, se proclamant vainqueurs à partir de leurs propres calculettes. Et comme partout ailleurs sous les tropiques, même le recours aux institutions habilitées à rendre justice aux plaignants resteront implacables, leurs animateurs ne pouvant ramer à contre-courant des intérêts de ceux qui les ont nommés. Première en tête des structures incriminées et vouées aux gémonies par les opposants angolais se trouve bien évidemment la Commission nationale électorale, accusé de complicité de fraude massive avec le MPLA. Le fait n’est donc pas nouveau, et comme à l’accoutumée, le chien de l’opposition va aboyer, mais la caravane du parti au pouvoir passera. Nul ne pouvant se prévaloir de ses propres turpitudes, l’opposition angolaise doit s’en prendre en partie à elle-même.  Au lieu de faire sien, l’adage universel qui assène à raison que «l’union fait la force», ses membres sont allés à la compétition en rangs dispersés, face à un MPLA, fortement représenté sur tout le territoire et dont la stratégie électorale s’est affinée avec le temps. Des décennies de terrain ont renforcé l’assise du parti au pouvoir qui sait également compter sur des pratiques infaillibles comme l’épouvantail infaillible des représailles contre tout contrevenant aux consignes de vote au profit du MPLA.

Ainsi, José Eduardo dos Santos, par Jouao Lourenço interposé gardera la main sur la gouvernance du pays. A moins que, son ancien ministre de la défense qu’il a façonné pour lui succéder décide de s’émanciper de sa tutelle. Cette probabilité en réjouirait plus d’un, les Angolais aspirant sans doute à vivre sous une ère autre que celle du MPLA, qui fossilise inexorablement, incapable dans cette logique de proposer des solutions innovantes pour le développement du pays. Demain n’est visiblement pas la veille pour l’avènement d’une véritable alternance politique en Angola. Pourvu que les contestations se fassent dans le respect des canaux de l’Etat de droit et non dans la violence comme ailleurs. Mieux, le pouvoir en place, au risque de créer, à la longue, les conditions d’une explosion du volcan qui n’aura que trop sommeillé, doit mettre en place les conditions d’un changement paisible. Ceci passe forcément par des élections ouvertes et transparentes.

Par Wakat Séra

 

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