Du grand marché Sabotsy d’Antsirabé il ne reste que cendre! Les flammes de l’incendie qui ont transformé les lieux en champ de ruines le lundi 21 juillet, ont tout dévoré, laissant les occupants dans la désolation. En attendant que la colère gronde et qu’ils demandent des comptes à qui de droit, c’est-à-dire les autorités, les commerçants n’ont que leurs yeux pour pleurer, certains, ou presqu’eux tous, ayant tout perdu. Ceux qui, malgré la douleur indicible y avaient toute leur vie, mais possèdent encore de maigres ressources et surtout un mental d’acier, se sont aussitôt remis à ériger des hangars de fortune, afin de recommencer leur vie… à zéro. Les autres attendront que les dirigeants viennent, après l’annonce d’«enquête minutieuses et de mesures appropriée», couler des larmes de crocodile à leur chevet et daignent reconstruire l’infrastructure, parce leur bétail électoral y gagne sa pitance quotidienne.
Hier, c’était le Burkina Faso avec l’incendie du grand marché Rood-Woko de Ouagadougou, le 27 mai 2003, dans une installation anarchique monstre qui s’y est développée, sous l’œil indifférent des autorités qui avaient peur de perdre des électeurs au moment des votes. D’autres grands marchés ont également été ainsi dévastés, sur le continent, et toujours par la crainte des politiques de prendre des «mesures impopulaires», en y instaurant l’ordre et la discipline, et surtout de veiller à leur strict respect. Rood-Woko était construit pour accueillir 2 666 occupants. Au moment de la tragédie nationale qui a mis à genou toute l’économie du pays, le marché abritait 5 300 locataires, qui se côtoyaient dans une promiscuité alarmante, construisant même des boutiques sur des bouches d’incendie. Tout espace était occupé! Même ce qui devait servir de passage pour les acheteurs et, surtout, faciliter l’évacuation des lieux, en cas d’incendie et autres types de danger.
Aujourd’hui, c’est Madagascar! A quels pays le tour demain? Sans être liseur dans une boule de cristal, on peut se permettre de prédire que ces événements malheureux n’épargneront aucun pays africain, où les politiques observent un silence complice et coupable, sur les pires dérives des populations, parce qu’ils y puisent des voix à satiété, lors des élections. L’acte est encore plus criminel, quand les responsables de gestion des marchés et autres agents municipaux perçoivent des loyers et des taxes parfois sans reçu, donc sans justification, dans ces cimetières à ciel ouvert que constituent les marchés africains où le désordre est roi. Il en est de même des inondations, causées pour la plupart, par les mêmes installations anarchiques dans des zones reconnues hautement à risque par tous.
En tout cas, si la responsabilité des populations est engagée dans les survenues récurrentes de ces catastrophes, celle des autorités l’est encore davantage, car ces dernières représentent la loi qu’elles évitent de faire appliquer, pour des intérêts égoïstes, mercantiles et politiques.
Il urge de changer le fusil d’épaule et de faire respecter les règles du jeu pour anticiper ces drames de tous genres, dans l’intérêt des populations. Comme le disait, péremptoirement, le président des commerçants de Rood-Woko après l’incendie du marché, il faudra mettre en place les mesures adéquates, car, «on ne peut pas soigner la plaie de quelqu’un et avoir peur de lui faire mal». Vérité tant au Burkina, à Madagascar qu’ailleurs en Afrique.
Par Wakat Séra




























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