
Dernier volet de notre série. Après les algorithmes anti-fraude (volet 1) et l’arsenal technologique (volet 2), Aïobi révèle sa vision pour l’écosystème tech burkinabè: recrutement, incubation de startups, et la conviction que l’IA va créer plus d’emplois qu’elle n’en supprimera.
Il y a quelques mois, Bowendsom Nikiema travaillait seul dans un bureau silencieux de BURVAL Corporate. Sa mère lui demandait régulièrement: «Tu fais quoi exactement?» Il répondait inlassablement: «Je construis quelque chose, mais je ne peux pas encore en parler.»
Aujourd’hui, plus de 20 personnes gravitent quotidiennement autour d’Aïobi. Data analysts, ingénieurs logiciels, développeurs full-stack, experts cybersécurité. L’équipe s’est constituée en quelques mois, à une vitesse qui surprend dans un écosystème où l’on répète souvent que les talents manquent.
107 candidatures. Pas un seul mauvais dossier
Lors de sa campagne de recrutement, la DeepTech a reçu 107 candidatures pour 5 postes ouverts. «Pas un seul mauvais dossier», affirme le fondateur d’Aïobi. «Ce que vous avez fait était parfait. Il y a énormément de talents au Burkina. Une niche que certains ne soupçonnent pas.»
Détail notable: 75 % des candidatures en cybersécurité étaient féminines — Aïobi s’attendait à en avoir moins. «Ces femmes sont créatives, déterminées, avec une approche différente qui enrichit nos équipes. Elles ont toute leur place dans nos secteurs», souligne Bowendsom Nikiema.
Résultat: 6 personnes recrutées au lieu des 5 prévues. «Il a eu un profil tellement bien en entretien, que j’étais obligé de le prendre. Le type de candidat qui montre qu’il a envie et qu’il comprend la vision.»
L’IA va-t-elle détruire des emplois?
La question revient dans chacune des apparitions publiques du fondateur d’Aïobi. Sa réponse est constante.
«Aujourd’hui, il y a des gens dont le travail consiste à transcrire des données d’un document Word vers un fichier Excel. Est-ce que cet être humain se lève le matin avec envie pour faire cela? Non. Nous allons supprimer ces tâches et les remplacer par des emplois que seuls les humains peuvent faire. Plus les entreprises créent de la valeur grâce à l’IA, plus elles emploient. La balance sera positive», révèle M. Nikiema.
Un principe qu’Aïobi résume dans une formule répétée comme un mantra: l’IA pour l’opérationnel, l’humain pour la création de valeur.
12 millions de FCFA par an pour l’écosystème
Au-delà de ses propres recrutements, Aïobi annonce vouloir structurer l’écosystème tech burkinabè. Le groupe BBS Holding lance, ainsi, un programme d’incubation de startups doté de 12 millions de FCFA par an. Le principe: une startup incubée et financée par mois, à partir de 2026. Accompagnement stratégique, locaux, infrastructure IA d’Aïobi. Maximum 1 million de FCFA investi dans chaque projet.
«Un écosystème tech fort ne se construit pas seul», justifie Bowendsom Nikiema. Le premier hackathon organisé par Aïobi a déjà généré 500 000 vues sur les réseaux sociaux, 30 projets déposés et 500 000 FCFA distribués aux lauréats. Le premier collaborateur recruté par Aïobi, Abdoul-Aziz Kaboré, a remporté le 1er prix de hacking éthique de la Semaine Nationale du Numérique.
L’invisible rendu visible
En trois semaines, cette série produite avec la forte implication Aïobi aura dévoilé l’étendue de ce que construit la DeepTech: des algorithmes de détection de fraude efficace à 99,97 %, une IA juridique entraînée sur des milliers de textes de loi, un ERP panafricain, un modèle conversationnel doté de réflexion, et un programme d’incubation pour structurer l’écosystème.
La DeepTech burkinabè peut-elle tenir toutes ses promesses? L’avenir le dira. Mais une chose est certaine: dans un continent où 88 milliards de dollars s’évaporent chaque année dans l’ombre, le fait qu’une équipe de 20 personnes à Ouagadougou ait décidé de construire les outils pour les traquer mérite, au minimum, qu’on s’y intéresse.
«L’invisible est notre terrain de jeu. Et ce jeu, nous sommes en train de l’inventer.» — Bowendsom Nikiema-CEO Aïobi
Par Wakat Séra
NDLR
Série «L’invisible» — Aïobi, enquête sur la DeepTech qui veut protéger l’Afrique
Trois volets publiés chaque semaine dans Wakat Séra.
1/3 L’arme anti-fraude • 2/3 L’arsenal invisible • 3/3 La machine à talents
Aïobi en bref
Première DeepTech d’Afrique de l’Ouest • Groupe BBS Holding • 8 pays • 12 000 collaborateurs • 30 ans d’expertise
aiobi.world • chat.aiobi.world • erp.aiobi.world • contact@aiobi.world




























![[Tribune] La rivalité Diomaye–Sonko entre dans l’ère inquiétante des légitimités concurrentes](https://www.wakatsera.com/wp-content/uploads/2025/11/faye-et-sonko-180x135.jpg)









