Accueil Communiqué de presse La problématique et sa particularité dans le document scientifique

La problématique et sa particularité dans le document scientifique

Ceci est un document de Zinsonné Félicité Marie Lucile Sorgho, Attachée de recherche à l’Institut des Sciences des Sociétés (INSS) du Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST) sur la problématique et sa particularité dans le document scientifique.

L’élaboration de la problématique d’un rapport scientifique repose sur des principes et des règles reconnus par les auteurs à quelques différences près (Van der Maren, 1996 ; Howell, 1998 ; Lamoureux, 2000). Malheureusement, certains ignorent combien la section compte véritablement pour une recherche scientifique et combien il importe de lui donner sa place dans ce rapport lorsqu’il s’agit de l’élaborer. La réflexion qui suit s’inscrit dans le cadre d’une recherche exploratoire sur les difficultés d’élaboration de la problématique. Dans cette étude, la problématique est considérée déterminante pour toute investigation scientifique qui se voudrait soumise à sa règle.  En elle, nous reconnaissons donc, la teinte des autres sections du rapport scientifique tout en soulignant sa particularité et sa spécificité au regard du contenu qu’elle doit comporter. Il ne s’agit pas de décrire des étapes prédéterminées de l’élaboration de la problématique (Lamoureux, 2000, p.99). Il s’agit plutôt de commentaires sur ce qu’une problématique doit soutenir comme éléments de pertinence dans son contenu afin de servir de carrefour pour l’ensemble de la recherche. Notre souhait est qu’un regard attentif soit accordé à son élaboration vu ce qu’elle représente pour l’ensemble de la recherche. Ainsi, contrairement aux autres sections qui remplissent chacune, des rôles spécifiques consistant à approfondir les différents aspects de la recherche, elle, reste la section qui fédère trois rôles importants : a) elle justifie la pertinence de conduire la recherche afin de permettre la mise en contexte de l’étude de l’objet b) elle fédère toutes les autres sections, c) elle formule le sujet d’étude en objet d’étude.

  1. LA PROBLEMATIQUE JUSTIFIE LA PERTINENCE DE CONDUIRE LA RECHERCHE

La problématique dans le cadre de l’élaboration d’un rapport scientifique, est une analyse faite autour de questionnements liés à un sujet de recherche scientifique. Cette problématique, peut être intégrée dans l’introduction dans le cas d’un article scientifique ou formulée séparément (Van der Maren, 1996) dans le cas d’une thèse, d’un mémoire ou de tout autre rapport scientifique. C’est à cet endroit précis que, le chercheur justifie la pertinence de conduire sa recherche tout en respectant les normes que lui imposent ses lecteurs, voire la communauté scientifique. La pertinence d’une recherche repose sur la contextualisation de cette dernière. Dans les réalités de l’objet d’étude, l’analyse de cette pertinence a lieu sur différents aspects : elle peut s’appesantir sur les aspects géographiques mais aussi sur d’autres aspects tels que social, scientifique, politique, financier, économique…Cette construction précise en quoi la conduite d’une recherche compte pour la communauté scientifique et pour la population et en quoi cette recherche vaut la peine d’être réalisée dans son contexte. Elle ne consiste pas à faire une analyse totalement déconnectée du sujet de recherche, ce qui peut arriver. Elle exige au contraire une revue de littérature sur le même sujet (ex : l’incivisme en milieu scolaire) ou sur des sujets similaires (ex : la violence en milieu scolaire) qui, à l’évidence, ont dû être traités sur un pan et que l’analyse doit faire ressortir afin de mieux se positionner. C’est le chercheur qui jugera du développement à réaliser dans le cadre de cette analyse selon qu’il se trouve en face de tel ou de tel sujet de recherche. Mais de prime abord, on aurait remarqué que cette pertinence scientifique et sociale quel que soit le sujet de recherche, reste incontournable compte tenu de la mission dévolue à la recherche scientifique.

  1. LA PROBLEMATIQUE FEDERE LES AUTRES SECTIONS DE LA RECHERCHE

C’est au sein de la problématique que le chercheur envisage les moyens de mise en œuvre de son étude y comprise, la démarche d’analyse au regard de ses préconceptions[1], préconceptions définies comme étant les choix méthodologiques implicites que chaque chercheur possède de sa recherche (Van der Maren, 1996).

En effet, à l’image d’une plateforme, la problématique représente l’ensemble des idées se rapportant à la construction de l’objet d’étude d’une recherche. A constater, toutes les autres sections d’un rapport scientifique se développent et s’approfondissent sur la base des choix opérés dans la problématique : l’approche méthodologique dépend du type de recherche relié à l’objet d’étude formulé dans la problématique ; c’est en fonction de ce dernier que le chercheur choisit la démarche scientifique qu’il s’évertuera à justifier dans cette problématique. Cette démarche scientifique est celle qui décrira de façon détaillée toute la méthodologie mise en œuvre. Le cadre conceptuel/théorique est construit à la lumière des concepts mis à l’épreuve dans la problématique. C’est dès la problématique, que les concepts clefs du sujet de recherche et les théories pertinentes participent à l’énoncé de la formulation de l’objet d’étude. Les résultats, eux aussi, sont reliés aux objectifs issus de la problématisation. Une recherche dont les résultats sont en déphasage avec les objectifs de recherche reste une invention toute faite. La structuration de la discussion des résultats quant à elle, est mieux réalisée lorsqu’elle suit les objectifs déterminés par la problématique.

Les sections que nous venons de lister, bien que se voulant cohérentes entre elles et autonomes à la fois parce qu’il ne doit pas y avoir de redondance, prennent appui sur la problématique qui, à l’image ou dans l’analogie d’un « carrefour », sert de lieu où se rencontrent, les choix d’analyses méthodologiques et théoriques du chercheur. Lorsque Mehdi (2020) définit cette problématique comme représentant « la jonction d‘un ensemble de concepts, de théories, de questions, de méthodes, d‘hypothèses et de références qui contribuent à clarifier et à éclaircir un problème de recherche. » (Mehdi, 2020, p.5), cela implique qu’elle n’est pas une juxtaposition de problèmes mais une construction qui tente d’unifier l’objet d’étude par des prises de positions. Elle est le lieu qui combine les choix méthodologiques et théoriques du chercheur dans un texte argumentatif cohérent reposant non seulement sur l’étude de ce qui a été écrit sur le sujet ou sur des sujets semblables, mais aussi sur l’analyse des théories et des méthodologies mises à contribution.

Aussi, une bonne problématique analyse-t-elle une situation à la lumière de la revue de littérature pertinente et d’autres sources disponibles. Cette analyse soulève des questionnements divers concernant l’étude des différents objets de recherche tout en examinant les moyens (contexte spatial, théories, méthodes, résultats) utilisés par leurs auteurs. La revue de littérature est définie comme étant les « analyses critiques des lectures pertinentes pour l’objet d’étude ». Elle constitue l’« évaluation critique des développements de la recherche dans un domaine spécialisé. Elle comporte normalement de nombreuses références ». Ceci dit, le chercheur s’inspire des réalisations d’autres auteurs en termes méthodologique, théorique et contextuel pour opérer ses choix en attendant que ces derniers soient approfondis dans les autres sections du rapport scientifique.

  1. LA PROBLEMATIQUE FORMULE LE SUJET D’ETUDE EN OBJET D’ETUDE

Après le choix d’un sujet, il faut construire celui-ci en objet scientifique et de ce point de vue, c’est la problématique qui initie ce construit étant donné que cette construction se poursuit tout le long du rapport. C’est au sein de la problématique que l’objet scientifique se formule, s‘unifie, se clarifie et trouve sa place dans l’étude du sujet. Comment ? Tel que nous l’avons précisé plus haut, l’objet d’étude se précise et se construit par le biais de la revue de littérature, des entretiens et d’autres explorations sur le sujet.

En effet, c’est lors de cette analyse critique des œuvres précédemment élaborées d’auteurs, que le chercheur parvient à identifier les limites, voire les manques, afin de mieux circonscrire l’objet de sa recherche. L’objet d’étude ou de recherche se définit comme étant « l’élément de la réalité observé et étudié par la science » (Lamoureux, 2000, p.2). Il est « ce sur quoi on veut produire un savoir, ce qui va être étudié précisément ». Le chercheur construit son propre objet de recherche sous forme d’objectif principal et d’objectifs spécifiques qui vont permettre d’aborder scientifiquement le sujet. Cette construction se réalise par le biais de lectures approfondies, pertinentes et exhaustives en rapport avec le sujet de recherche, ce qui permet d’inscrire sa recherche et ses résultats dans les connaissances déjà existantes à l’image du jeu de puzzle. Comment ?

  • L’analyse critique de documents scientifiques en lien avec son sujet de recherche nous le répétons, est le moyen efficace pour permettre au chercheur de parvenir à la formulation de son objet d’étude. C’est par là que ce dernier arrive à connaitre ce qui est déjà réalisé et avec quelles limites, ce qu’il peut réaliser de ce qui reste à réaliser, au regard des moyens dont il dispose et à la lumière de ses préconceptions. La revue de littérature quoiqu’on fasse, on ne saurait s’en détourner pour plusieurs raisons : elle permet de cerner l’objet de la recherche, de placer la recherche parmi les recherches déjà existantes, de la crédibiliser. Sa réalisation exige le respect de règles d’éthiques scientifiques importantes interdisant le plagiat, les croyances populaires et favorisant l’honnêteté, la rigueur scientifique, l’esprit critique, la distanciation…
  • En délimitant son objet d’étude par rapport aux études déjà menées sur le sujet et sur la base de ses préconceptions, le chercheur inscrit l’étude de son objet scientifique et ses résultats dans les connaissances existantes. Il comble ainsi, un vide dans lequel viennent occuper les trouvailles de sa recherche. Lorsque Barbarino (2005) stipule que « l’objet de recherche s’apparente souvent à un creux qu’il convient de remplir » c’est parce que cet objet se fonde sur un état des lieux de la connaissance du sujet tout en se proposant d’aller au-delà des acquis et des certitudes ; ceci pour assurer l’avancement des connaissances. L’originalité d’une étude ne tient-elle pas au fait qu’elle ne soit pas encore réalisée ? Quelle pertinence y a-t-il à dupliquer une recherche dont la réalisation commande d’importants investissements humains, financiers et matériels, sinon dans un but vérificatif qui, dans ce cas précis, exige de répéter impérativement la méthodologie exactement mise en œuvre dans cette étude.

CONCLUSION

A travers cette analyse, nous espérons avoir dit ce que nous pensons de la problématique d’une recherche. Ce qui importe de retenir, c’est que cette problématique est véritablement la pierre angulaire sur laquelle repose la recherche elle-même. C’est elle qui situe la pertinence de la recherche afin de bien la contextualiser. C’est elle encore qui construit l’objet d’étude en définissant les objectifs, qui annonce les choix méthodologiques et théoriques et qui clarifie le type d’étude à mener. Tout cela passe par la revue de littérature et par les préconceptions du chercheur basées sur sa maitrise des règles méthodologiques de la recherche. Une recherche réussie commence par une bonne construction de la problématique et une bonne problématique avec des objectifs de recherche pertinents et originaux est celle qu’il faut promouvoir et veiller à élaborer en vue d’avoir un meilleur développement des connaissances et une meilleure contribution dans la recherche.

BIBLIOGRAPHIE

Barbarino (2005). Définition de l’objet de recherche ou comment « construire » la notion de qualité de vie. Tiré de sa thèse, Université de Lyon.

Howell, D. C. (1998). Méthodes statistiques en sciences humaines. De boeck. Editions de boeck université. 1ère edition, 6ème tirage? Paris 7 rue Jacquemont, Paris.

 http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2005.barbarino_n&part=91434#Noteftn56

Lamoureux, A. (2000). Recherché et méthodologie en sciences humaines. 2ème édition. Beauchemin. Montréal Canada.

Mehdi, A. (2020). Méthodologie de recherche / research methodology, BOOK. Université IbnKhaldoun Tiaret.

Van der Maren, J-M. (1996). Méthodes de recherché pour l’éducation. 2ème édtion 2004). De Boeck & larcier s.a., 1996 Éditions De Boeck Université Rue des Minimes 39, B-IOOO Bruxelles Imprimé en Belgique Dépôt légal : 2003/0074/96 ISSN 1373-023 1 ISBN 2-8041-2364-2.

[1] Ne sont pas des croyances

Zinsonné Félicité Marie Lucile Sorgho, Attachée de recherche à l’INSS/CNRST, Tél : 70612899, Courriel : zf_sorgho@yahoo.fr, Ouagadougou/Burkina Faso.

Laisser un commentaire