Accueil Editorial Liberia: le match le plus dur pour un Ballon d’or!

Liberia: le match le plus dur pour un Ballon d’or!

Ce n’est pas un match de 90 minutes qui vient d’être sifflé au stade Samuel Doe, le plus grand de Monrovia, ce lundi 22 janvier 2018, mais une compétition de 5 ans contre la corruption, le chômage, les démons en somnolents de la guerre civile et de violences de toutes sortes mais surtout pour le mieux-être de supporters et d’adversaires, en quête d’un nouvel envol de leur pays pour des victoires éclatantes. Et ce nouveau challenge vient d’être confié à un homme capable de le réussir. George Weah, qui est passé de statut de Mister George, seul Africain détenteur du prestigieux Ballon d’or européen, à celui de Mister President, récupérant le flambeau des mains de l’autre symbole, Ellen Johnson Sirleaf, prix Nobel de la paix et première femme africaine chef de l’Etat sortie des urnes, a, à peine revêtu ses nouvelles couleurs que les défis s’amoncellent. Il a sans doute le profil du métier, lui qui a toujours fait montre d’une capacité extraordinaire, depuis son existence dure dans les bidonvilles libériens où le combat épique et de tous les jours contre de multiples adversités ne tolère le moindre faux-pas pour échapper aux griffes de la drogue, du chômage, de la misère, et plus tard de l’Ebola, etc.

Maintenant que l’euphorie de la victoire obtenue après deux tentatives vaines pour accéder à la magistrature suprême s’est estompée avec les derniers pas de danse de l’investiture ponctuée de de chants, des flonflons, le tout dans une ambiance des grands jours de victoire de la sélection nationale de football, l’heure est au travail. Et ça, George Weah qui n’est plus ce novice en politique, encore moins un cancre sans diplôme parce qu’il s’est battu pour retourner sur les bancs et décrocher des parchemins qui sans faire de lui un érudit des temples du savoir, l’extirpent de cette catégorie de non intellectuels où ont toujours essayé de confiner ses détracteurs. Preuve que la politique, il en connaît un bout, même si cet humble des humbles ne voudra certainement pas se targuer d’en maitriser tous les méandres, George Weah, sans se rapprocher autrement de l’ancien président Charles Taylor, aujourd’hui dans les mailles de la justice internationale, n’a pas hésiter à prendre pour colistière et donc vice-présidente, Jewell Taylor, la femme de celui qui est accusé de pires crimes. Mieux, le nouveau président, pour se faire élire a bénéficié de la bénédiction de Prince Johnson, reconnu comme seigneur de la guerre mais ayant son influence sur la vie politique libérienne. La réconciliation des Libériens avec eux-mêmes et le désarmement des coeurs pour penser désormais développement national, à l’unisson et dans l’unité, a de fortes chances de succès.

Mais l’arbre des réjouissances populaire d’après victoire électorale sans bavure, ne doit pas cacher la forêt des barrières qui pourraient être infranchissables à George Weah et qui ont, entre autres, pour noms, corruption chronique et pauvreté extrême d’une population qui a voté pour lui car attendant le changement. C’est dire combien le véritable enfant du pays, fruit de la première transition démocratique au Liberia depuis les années quarante n’a pas le droit à l’erreur. Il pourrait même ne bénéficier d’aucun état de grâce, tant les attentes du peuple, notamment dans sa fange jeune, sont fortes. C’est inéluctable, dans ce nouveau match, Mister President aura besoin des stratégies de Mister George pour aller à l’assaut des difficultés d’un pays certes remis quelque peu sur les rails de la paix par Ellen Johnson Sirleaf, mais qui a encore besoin de la confiance des investisseurs, qu’ils soient locaux et surtout étrangers, pour appliquer une thérapie de choc à une économie anémiée, que certains pensent même qu’elle est en lambeau. George, le ballon d’or de la bonne gouvernance sera peut-être plus difficile mais pas impossible à conquérir. Le match est lancé, et ne connaîtra peut-être pas de mi-temps.

Par Wakat Séra

 

 

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