Accueil Editorial Lutte contre le terrorisme: Barkhane fait le ménage, Macron ouvre d’autres fronts

Lutte contre le terrorisme: Barkhane fait le ménage, Macron ouvre d’autres fronts

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La Force Barkhane ne chôme pas dans le Sahel africain (Ph. rfi.fr)

Ce samedi 24 novembre l’annonce de la mort d’une trentaine de jihadistes, suite à une opération d’envergure de la force française Barkhane. Loin de relever de la fiction, la nouvelle d’abord rendue publique par la ministre française des armées, Florence Parly, avant d’être reprise par le ministre malien de la Défense qui confirme au passage que le chef terroriste, Hamadoun Kouffa, a été tué dans la foulée. Le raid des Macron boys qui a emporté le prédicateur malien, chef de la katiba Macina et proche de Iyad Ag Ghali, aura été savamment tissé, bâti sur un faisceau de renseignements dont la fiabilité ne faisait plus l’ombre d’un doute au moment des frappes. Cette neutralisation du chef jihadiste et de dizaines de ses éléments dans le centre du Mali porte certainement un coup au terrorisme dans le Sahel. Mieux, il redonne l’espoir aux populations de cette région de l’Afrique dont les terroristes ont réussi à en faire comme leur sanctuaire, que l’hydre peut vaciller, en attendant pourquoi pas que l’estocade lui soit assénée un de ces jours. Du reste, ce coup mortel n’est pas le premier porté par Barkhane à la pieuvre terroriste qui a fini par enlacer de ces bras géants et assassins les pays africains, notamment ceux du Sahel, qu’elle ensanglante et endeuille au quotidien, y tuant toute vie socio-économique.

Les forces spéciales françaises, du début de l’année 2018 à la date de l’opération dont le succès a été révélé le  24 novembre, ont mis hors d’état de nuire plus de 130 de ces jihadistes dont la cible principale était devenue, depuis un certain temps les Forces de défenses et de sécurité. Certes, la lutte contre le terrorisme ne doit pas se limiter au volet militaire car ces tueurs profitent surtout de la précarité du quotidien des populations africaines, surtout des jeunes pour en faire des soldats du mal à moindre frais, après leur endoctrinement et leur radicalisation. De ce fait, les terroristes ne viennent plus d’ailleurs pour frapper mais constituent des cellules dormantes dans les milieux ruraux et mêmes des cités urbaines du Nigéria, du Burkina Faso, du Cameroun, du Niger, de la Mauritanie, du Tchad et du Mali, pour ne citer que ces pays. De plus en plus, ils font corps avec une communauté dans laquelle ils se fondent la journée et de laquelle elle se retire la nuit pour frapper en toute tranquillité. Bénéficiant de complicité, parfois au sein même des hiérarchies militaires, ces individus sans foi ni loi sont alors difficiles à combattre, car possédant toujours une longueur d’avance sur les forces loyalistes en matière de renseignement. Atout très important pour eux en plus de leur puissance de feu qui s’est décuplée depuis que la Libye s’est muée en une poudrière géante suite à son bombardement et la mort de Moammar Khadafi, œuvre de la France de Nicolas Sarkozy et de ses alliés britanniques, américains, canadiens et de l’OTAN.

Mais, malheureusement peut-on dire, la France ne fait pas que le ménage dans le milieu terroriste en Afrique. Emmanuel Macron et son gouvernement viennent de prendre la mesure qui, si appliquée, fermera sans doute la porte de l’enseignement supérieur à de nombreux étudiants africains. En effet, alors que sur le continent, l’on se se réjouit encore d’initiatives comme celles de la restitution en prévision des biens culturels africains et de «La Ruche», infrastructure qui contribuera à l’éducation, la formation et l’entrepreneuriat de la jeunesse africaine fraîchement inaugurée à Ouagadougou, une douche froide a été servie à la jeunesse désireuse de décrocher les hauts diplômes universitaires en France. Annonçant que les coûts d’inscription pour les étudiants non français passeront de 170 à près de 2 770 euros pour la licence et de 240 à 3 700 euros pour le master et le doctorat, le Premier ministre français Edouard Philippe n’a fait que boucher l’horizon du savoir, voire de l’emploi, à une bonne frange de la jeunesse africaine. Pour des familles modestes qui triment déjà très fort pour réunir frais de dossier, de visa, de transport, de logement, de nourriture, d’inscription, etc., c’est simplement le ciel qui leur tombe sur la tête, si cette annonce de l’autorité française devient réalité. Toutes choses qui rendront encore la lutte contre le terrorisme plus compliquée, la jeunesse africaine, désoeuvrée et privée d’opportunité devenant une proie toute facile pour le terrorisme qui répond spontanément à l’appel du jihadisme.

Par Wakat Séra

 

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