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Lutte contre le terrorisme: des organisations réclament vérité et justice sur les cas d’assassinats

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Une coalition d’organisations de la société civile et des syndicats, notamment, a rencontré la presse ce dimanche 31 mai 2020, à l’occasion de l’AN I de l’assassinat de deux membres de l’Organisation démocratique de la jeunesse du Burkina, dans le but d’exiger vérité et justice dans cette affaire ainsi que dans tous les cas d’assassinats ciblés ou de masse commis au nom de la lutte contre le terrorisme.

DECLARATION LIMINAIRE

Mesdames et messieurs les journalistes,

Nous tenons à vous souhaiter la bienvenue à cette conférence de presse et à vous traduire, au nom des organisations membres de cette coalition, toute notre reconnaissance pour les efforts que fournissent vos organes au quotidien et surtout pour la disponibilité dont elle fait montre dans l’accompagnement et la couverture de nos activités. Nous vous sommes d’autant reconnaissants que la présente conférence de presse se tient un dimanche et malgré cela vous êtes présents.

Mesdames et messieurs les journalistes,

Aujourd’hui 31 mai 2020, cela fait exactement une année jour pour jour que CISSE Fahadou, Président de la section de l’Organisation Démocratique de la Jeunesse du Burkina Faso (ODJ) du Yagha, responsable adjoint à l’organisation du Bureau Exécutif National de ladite organisation, et BALIMA Hama, trésorier de la section ODJ du Yagha ont été assassinés à quelques encablures de la ville de Sebba. Ils se rendaient dans cette ville sur invitation du Haut-Commissaire de cette province pour discuter de la suite à donner à des plaintes de tracasseries administratives soulevées par les populations de la zone. Malheureusement, ils ne parviendront pas à destination. Ils seront abattus, criblés de balles à quatre (04) kilomètres environ de Sebba. Depuis lors, les militants, sympathisants de l’ODJ, la jeunesse progressiste, les démocrates et les patriotes sincères n’ont cessé de se battre afin que la lumière soit faite sur cet assassinat, sur les autres assassinats ciblés et de masse, et tous les crimes de sang. Malheureusement, jusqu’à ce jour, même la simple autopsie, la justice militaire qui gère le dossier ne réussira pas à le faire. Actuellement, les corps des camarades sont toujours à la morgue du CHU de Bogodogo attendant l’autopsie.

Mesdames et messieurs de la presse,

Ce triste anniversaire se commémore dans un contexte de dégradation avancée de la situation nationale sur tous les plans. Ainsi, sur le plan sécuritaire et de la lutte contre le terrorisme, l’optimisme affiché par le premier ministre lors de son discours sur l’état de la nation, cache mal une situation sécuritaire très précaire avec des portions de notre territoire où l’État ne peut plus exercer son autorité. D’un autre côté, au nom de la lutte contre le terrorisme, les assassinats ciblés ou de masses, les arrestations arbitraires, se multiplient sous le pouvoir MPP et alliés. Le CISC et le MBDHP ont rapporté les faits de Tanwalbougou où des burkinabè sont chassés dans leur propre pays comme du gibier par des gendarmes en plein marché, attrapés, enlevés et assassinés sans qu’aucun tribunal n’ait eu le temps d’établir leur culpabilité. La conférence de presse organisée par le procureur de Fada le mercredi 28 mai 2020 suscite plus de questions qu’elle n’apporte des réponses aux interrogations relatives à la mort des 12 présumés terroristes.

Sur le plan sanitaire, la Covid-19 a mis à nu l’état lamentable de nos infrastructures et système sanitaire. L’hôpital de Tengandogo choisi pour la prise en charge des malades atteints du coronavirus s’est révélé être simplement un mouroir que des malades refusent de rejoindre.

Sur le plan de la gouvernance vertueuse des ressources nationales, les voyants sont au rouge. La mission d’enquête parlementaire sur les mines et la dernière mission d’information de l’assemblée nationale sur les mines ont toutes révélé des délits graves en terme de fraude et de spéculation qui font perdre à l’Etat burkinabè et aux collectivités des centaines de milliards de francs CFA. Par exemple, la commission d’enquête parlementaire de 2016 estime à plus de 551 milliards de francs les pertes subies entre 2005 et 2015 ! Quant à la mission d’information de l’assemblée, elle a révélé qu’au titre de la taxe due par les sociétés minières, celles-ci n’ont payé qu’un milliard sur quatorze.

Pendant que le gouvernement se fait complice des sociétés minières pour ne pas se conformer à leurs obligations en matière d’impôts et de taxes, faisant perdre au budget de l’Etat des dizaines de milliards de francs, il se rabat sur les salaires déjà maigres des travailleurs. Alors qu’il avait pris l’engagement avec les syndicats de supprimer l’IUTS sur les primes et indemnités au niveau du privé, c’est plutôt son extension aux travailleurs du public qui sera appliquée. La conséquence, comme il fallait s’y attendre c’est la dégradation du climat social à laquelle le pouvoir répond par des suspensions de salaires de plus de 730 fonctionnaires, des coupures des salaires abusives et illégales. Dans sa volonté d’effrayer les travailleurs et de liquider le mouvement démocratique et révolutionnaire, le conseil des ministres du 27 mai 2020 a prononcé la révocation de trois (3) travailleurs des impôts.

A ce même conseil des ministres, le gouvernement a adopté des mesures concernant l’achèvement de l’année scolaire. Ces dernières mesures, prises sans aucune concertation avec les partenaires sociaux notamment les syndicats et les associations de parents d’élèves constituent un sabotage de la formation de l’élite de demain. Qui plus est, elles réduisent à néant les efforts des différents acteurs de l’Education notamment:
– les parents d’élèves qui, pour la plupart ont payé la totalité des frais de scolarité de leurs enfants ;
– les élèves qui sont en droit d’attendre la formation prévue par les textes et qui doit leur permettre de poursuivre efficacement leurs études ;
– les enseignants et de l’ensemble du personnel éducatif dont les compétences sur ces questions ont été royalement ignorées et qui restent convaincus qu’en dehors des calculs politiciens et revanchards, rien n’empêche que le travail qu’ils ont entamé soit correctement mené à son terme.

Mesdames et messieurs les journalistes,

Suite aux crimes de Tanwalbougou, le Président du Faso, après une session du conseil supérieur de la défense a jugé la situation « inacceptable » en ajoutant qu’il nous faut relever le défi de la « construction d’une nation unie, fondée sur la primauté du droit, dans l’édification d’un vivre ensemble qui garantisse l’égalité, la paix et la sécurité pour tous les citoyens ». Suite aux propos du Procureur de Fada tenus lors de la conférence de presse du 27 mai 2020 tendant à nier les assassinats, on attend de voir comment le chef de l’Etat va pouvoir prendre sans « état d’âme » les décisions qu’il a annoncées.

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Il vous souviendra que le 21 Août 2019, une unité d’action entre syndicats et organisations de la société civile a été mise en place. Dans ce cadre, une plateforme minimale citoyenne qui synthétisait les préoccupations pressantes de ces organisations a vu le jour le 30 août 2019. Principalement il s’agissait pour cette coalition d’exiger des autorités la prise de mesures idoines pour mettre fin au terrorisme, aux exécutions sommaires et extrajudiciaires, la justice en faveur des victimes d’exactions ainsi que des mesures pour le bien-être des populations de façon générale.

Malgré le caractère citoyen et pacifique des actions d’interpellation que nous avons menées dans ce cadre, le gouvernement n’a répondu que par la répression et le mépris. On se rappelle de la répression de la marche du 16 septembre 2019, où les mêmes autorités qui n’ont pas d’effectifs pour assurer la sécurité de notre territoire en ont trouvé pour gazer les marcheurs à mains nues.

Mesdames et messieurs les journalistes,

Nous demeurons convaincus et la réalité nous conforte dans ce sens que comme nous disions à la conférence de presse d’avant la marche que « les problèmes qui sont posés dans la plateforme minimale sont des préoccupations pressantes de notre peuple. Leur résolution lui permettra de préserver son unité et de pouvoir ainsi faire face aux exigences de l’heure. »

C’est pourquoi nous invitons le gouvernement à :
– à mettre tout en œuvre et prestement pour que la vérité et la justice soient rendues dans tous les cas d’assassinats ciblés ou de masse commis au nom de la lutte contre le terrorisme ;
– à engager des discussions franches avec les organisations qui se battent en vue de trouver des solutions aux légitimes préoccupations qu’elles posent.

En tout état de cause, nous réaffirmons notre ferme détermination à nous battre pour que les auteurs, commanditaires et complices de ces assassinats soient identifiés et châtiées à la hauteur de leur forfaiture et que la plateforme minimale autour de laquelle l’unité d’action s’est formé connaisse un traitement heureux.

Enfin, nous appelons toutes les organisations éprises de justice et de paix et soucieuses de l’unité de notre peuple à se joindre à nous pour exiger :
– la vérité et la justice pour CISSE Fahadou et BALIMA Hama, les tueries de Yirgou, Kain, Banh, Tanwalbougou, etc. et toutes les victimes d’actes barbares sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, et sanction de leurs auteurs et commanditaires ;
– l’arrêt des assassinats ciblés et de masse, les arrestations arbitraires et les disparitions forcées ainsi que le démantèlement des escadrons de la mort qui écument notre territoire ;
– la défense du pouvoir d’achat, l’amélioration des conditions de vie des travailleurs et des populations y compris celles des FDS,
– la garantie du droit à la sécurité et des libertés démocratiques et politiques,
– l’implication des différents acteurs de l’Education dans l’organisation de la fin de l’année scolaire et universitaire 2019-2020 ;l’arrêt des mesures de déguerpissement des populations dans les différentes régions de notre pays.

Je vous remercie

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