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Macron à Ouagadougou: « Doit-on donner l’hospitalité à celui qui nous insulte ? » (Abdoul Karim Saidou)

Le politologue et chercheur burkinabè Abdoul Karim Saidou (Burkina 24)

Ceci est une opinion du politologue et chercheur burkinabè Abdoul Karim Saidou sur la venue du président français Emmanuel Macron à Ouagadougou. Ils se demande s’il faut « donner l’hospitalité à celui qui nous insulte ». « Macron a bel et bien dit que nous avons un problème civilisationnel », a-t-il rappelé.

A propos de l’arrivée de Macron. Doit-on donner l’hospitalité à celui qui nous insulte ? Est-ce c’est ce que nos ancêtres nous ont appris ? Non, je ne crois pas. Je pense plutôt qu’ils nous ont enseigné la dignité et l’honneur. Et ces valeurs commandent que nous nous assumions chaque fois nous sommes bafoués dans ce qui nous est cher. Macron a bel et bien dit que nous avons un problème civilisationnel. Peut-être que c’est un compliment pour certains, mais en tout cas pas pour moi. Je n’ai aucune fierté à ce que le président français visite le Burkina. Je suis plutôt triste, triste de voir le président français reste un dieu pour les chefs d’Etats africains francophones, qu’une puissance en décadence continue de nous servir de modèle. Si c’est la France qui devait nous développer, nous serions des Etats émergents depuis longtemps.

L’arrivée de Macron est un jour triste pour moi, et je comprends ceux qui s’agitent pour lui faire savoir leur colère. Certains disent que Sankara a reçu Mitterrand et lui a craqué ses vérités, mais tout le monde sait qu’aucun chef d’Etat africain francophone ne peut faire la même chose aujourd’hui. C’est donc au peuple de prendre le relais et de s’exprimer, au nom de la liberté d’expression, qui je le rappelle, est garantie par la Constitution.

Celui qui pense que nous avons un problème de civilisation n’est pas notre ami. Nous devons le bouter hors de notre territoire. Je ne suis pas pour l’autarcie, je suis pour la coopération avec les autres peuples, mais sur la base d’une relation équilibrée basée sur le respect et des intérêts mutuels. Le Rwanda nous a montré l’exemple. Pour ce faire, il faut une rupture dans notre politique étrangère, en vue de diversifier nos partenariats et sortir du giron français.

Cette rupture ne peut s’inscrire dans le cadre d’une solution fédérale. Je pense à la transformation de la CEDEAO en un Etat fédéral, avec une seule armée, une police fédérale, une seule monnaie, un parlement fédéral, un gouvernement fédéral, une seule politique étrangère, des universités fédérales, une nouvelle politique linguistique, etc.

C’est à ce prix que nous serons un acteur de la politique internationale. La France est consciente de la puissance que représente la CEDEAO, et c’est pourquoi elle travaille à la disloquer avec le G5 Sahel, avec la complicité des chefs d’Etats. Donc, le travail qui nous reste à faire, c’est continuer la pression pour une solution fédérale.

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