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Macron au Maroc: le jeune président et le jeune roi

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Emmanuel Macron et Mohamed VI partageront-ils les mêmes vues autour du même repas? (Ph. plurielle.ma)

Emmanuel Macron au Maroc. Mohamed VI n’a pas boudé ce plaisir que lui a offert le jeune président français, certes pour un séjour bref mais dont le symbole n’est pas des moindres. Rabat est l’une des premières visites du Français qui essaie de remettre les pendules à l’heure, lui qui s’était rendu en Tunisie et en Algérie, alors qu’il était en campagne présidentielle. Aujourd’hui, c’est en chef d’Etat qu’il est allé faire connaissance avec l’un des jeunes rois les plus modernes d’Afrique, mais confronté depuis un peu plus de six mois à un vaste mouvement de protestation dont l’épicentre n’est autre que le Rif, une région toujours à vif. Dans cette prise de contact entre deux hommes qui ne se connaissaient que de loin, les sujets qui fâchent comme celui du Sahara occidental ont été plus ou moins évités, ou tout au plus juste effleurés. Ne seront d’actualité que les civilités dues à ces genres de rencontre au sommet, entre gens qui se respectent et dont les pays sont des partenaires économiques de premier plan. Mais pour respecter tout le caractère de courtois de cette visite de travail, la délégation présidentielle légère venue des bords de la Seine a planché sur la coopération entre les deux pays.

C’est certain, on ne fera pas que partager les dattes de Dakhla, cette sympathique ville du Sahara marocain, et boire le thé à cette coupure de jeûne au sommet. L’actualité est trop préoccupante, qu’elle concerne le mécontentement venu du Rif ou qu’elle aille plus loin pour atterrir dans le Golfe persique où le Qatar est mis en quarantaine par les pro-saoudiens qui l’accusent en bloc de soutenir le terrorisme. Le Maroc, tout en évitant de prendre position dans cette crise entre l’Arabie saoudite et ses alliés qui se sont ligués contre le Qatar, ne se prive pas non plus de faire parvenir une aide alimentaire à l’émirat qatari. Rabat habille son geste d’un caractère solidaire et d’entraide, propres au mois de ramadan, moment par excellence de pardon et de partage. D’ailleurs, le Royaume chérifien ne s’est pas embarrassé de fioritures pour pointer du doigt tous ces pays non arabes qui se servent de cette crise pour  «renforcer leur positionnement dans la région». Les Etats unis du sulfureux Donald Trump doivent certainement se reconnaître dans ce discours de Rabat. En tout cas, la France prône également le dialogue dans cette dispute familiale que veulent visiblement mettre à profit l’Arabie saoudite et les autres pour ramener la truculente Doha dans les rangs. La position de Paris qui n’est officiellement ni pour, ni contre un protagoniste, reste donc plus ou moins proche de celle de l’hôte du couple Emmanuel et Brigitte Macron.

Hors repas royal de ramadan, les deux dirigeants ont parlé climat, leurs deux pays ayant cela en commun qu’ils ont accueilli la Cop 21 et la Cop 22, la France ayant passé le témoin au Maroc dans l’organisation de cette rencontre importante sur l’environnement menacé par l’effet de serre. La lutte contre le terrorisme étant aujourd’hui le terrain sur lequel tout le monde se retrouve, les questions de sécurité et de coopération se sont invitées naturellement dans les débats, tout comme la situation chaotique en Libye. Et Emmanuel Macron, pur produit de la démocratie aura fait connaissance parfaite avec Mohamed VI, le digne successeur de son père, dans une monarchie où le pouvoir est une affaire de famille. Il faut du tout pour faire un monde!

Par Wakat Séra  

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