Accueil Monde Madagascar: le gouvernement dissout après des manifestations meurtrières

Madagascar: le gouvernement dissout après des manifestations meurtrières

0

À Madagascar, la tension est montée d’un cran le lundi 29 septembre 2025. Face à la colère populaire, le président Andry Rajoelina a annoncé dans la soirée, la dissolution de son gouvernement, rapportes des médias. Cette décision intervient alors que des manifestations massives, notamment à Antananarivo, ont dégénéré en affrontements meurtriers entre jeunes protestataires et forces de sécurité.

Les mobilisations ont débuté le jeudi 25 septembre dans plusieurs quartiers d’Antananarivo, notamment Ambohijatovo, Analakely et Andravoahangy, à cause des coupures répétées d’électricité et d’eau. Très vite, le mouvement a pris une dimension politique plus large, relayé par la jeunesse malgache via le mouvement « Gen Z » sur les réseaux sociaux.

Les manifestants ont envahi les rues, barricadé certains axes et affronté la police, qui a utilisé des grenades lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. La situation a dégénéré en pillages de magasins et incendies de bâtiments publics dans plusieurs quartiers.

Pour tenter de contrôler la situation, les autorités ont imposé un couvre-feu dans la capitale, de 19h à 5h du matin. Malgré ces mesures, la contestation s’est rapidement étendue à d’autres grandes villes comme Toamasina, Mahajanga, Diego Suarez et Fenoarivo, où des rassemblements similaires ont été signalés.

Selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, au moins 22 personnes ont perdu la vie et plus d’une centaine ont été blessées, parmi elles des manifestants, des passants et des victimes d’actes de violence attribués à des groupes criminels.

« Je suis profondément attristé par ces pertes humaines », a déclaré Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, qui appelle à des enquêtes « rapides, indépendantes et transparentes » pour identifier et sanctionner les responsables.

Sur le plan politique, la dissolution du gouvernement dirigé par le Premier ministre Christian Ntsay est perçue comme un geste d’apaisement, mais jugée insuffisante par de nombreux manifestants.

« Nous ne voulons pas seulement un changement de ministres, nous voulons un vrai changement politique », confiait un jeune manifestant à la presse locale. Pour beaucoup, le mouvement dépasse désormais les revendications liées aux délestages et exprime une défiance profonde envers le pouvoir.

Cette crise s’inscrit dans une histoire politique marquée par des soulèvements fréquents. Depuis l’indépendance en 1960, Madagascar a connu plusieurs vagues de contestation, dont celle de 2009 qui avait provoqué la chute de l’ancien président Marc Ravalomanana. Aujourd’hui encore, la peur d’un basculement vers une nouvelle crise plane sur le pays, l’un des plus pauvres du monde malgré ses immenses ressources naturelles.

La communauté internationale suit de près la situation. L’ONU, l’Union africaine et plusieurs chancelleries occidentales appellent à la retenue et au dialogue pour éviter un retour aux violences. Mais sur le terrain, la mobilisation continue, signe que la population attend toujours des mesures concrètes pour améliorer ses conditions de vie et garantir la stabilité politique du pays.

Par Nourah THIOMBIANO (stagiaire)