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Mali: 60 ans d’indépendance, 4 coups d’Etat, et un «militaire civil» comme président

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Le président de la transition politique au Mali, Bah N'Daw

22 septembre 1960-22 septembre 2020. Il y a 60 ans que le Mali devenait indépendant. Acquise ou octroyée, à l’instar de celles de la plupart des pays africains qui étaient sous tutelle de la France, la souveraineté retrouvée du Mali a été fêtée dans la liesse populaire, les populations euphoriques, rêvant d’une nouvelle vie de bonheur. Les moments de danse et de grande joie passée, il a fallu revenir à la réalité pour faire l’amer constat que, indépendance est synonyme de prise en main de son destin. Mais, ce fût loin d’être le cas.

Ainsi naquit l’indépendance dans la dépendance. Economiquement, politiquement et même culturellement, le cordon ombilical avec l’ancien colon n’a jamais été coupé pour de bon. Presque tout, pour ne pas dire tout, se décide chez le maître qui gardait jalousement son pré-carré, allant jusqu’à donner aux peuples, les dirigeants qu’il voulait, et qui lui étaient donc taillables et corvéables à merci. Les bœufs, honni soit qui mal y pense, étaient alors, bien gardés. Jusqu’au jour où l’émancipation réelle commence à se matérialiser, avec un éveil de conscience qui, paradoxalement, a été stimulé par le même occident et ses ONGs vent debout contre la Françafrique et les «biens mal acquis».

Le Mali, c’est aussi une longue histoire d’amour, tissée souvent de disputes, avec la France qui, du reste, y a mené plusieurs actions de coopération, dont l’opération Serval, ancêtre de la Force Barkhane, pour traquer les terroristes, dans le désert sahélien. Et comme toute armées qui s’installe dans la durée, les troupes françaises engagées dans la lutte contre le terrorisme, ont fini par être assimilées à une force d’occupation. Toute chose qui provoque la naissance d’un sentiment anti-français qui se manifeste souvent, comme cela pourrait être le cas ce mardi d’«Independence Day».

Mais le Mali, c’est aussi une longue tradition de putschs militaires. Le chapelet est déjà long de quatre grains, soit le coup d’Etat du 19 mars 1968 qui a permis à Moussa Traoré de renverser Modibo Keïta, avant que lui-même ne fut balayé, le 28 mars 1991, par Amadou Toumani Touré, qui, à son tour, sera chassé par, Amadou Haya Sanogo, dans la nuit du 21 au 22 mars 2012. Mais comme, il y a rarement trois sans quatre, le 18 août 2020, les militaires refont surface sur la scène politique, en tombant Ibrahim Boubacar Keïta, parachevant plus de trois mois de contestation menée par le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces politiques (M5-RFP) et l’influent imam Mahmoud Dicko, contre le régime IBK, accusé, entre autres, de mal gouvernance, de corruption et de clientélisme.

En tout cas, les hommes en kaki, venus de Kati, 15 km de Bamako, et véritable laboratoire de coups d’Etat, ne garderont pas le pouvoir bien longtemps. La junte, prise entre les pressions, embargo et sanctions de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et les divergences entre Maliens, c’est-à-dire, ceux qui voulaient que les militaires dirigent la transition, ceux qui ont plutôt, comme le deuxième «père» de la chute de IBK, le M5-RFP, opté pour une transition dans les mains de civils, et les autres qui penchaient pour un attelage militaro-civil, a dû lâcher, vite, du lest. Avait-elle seulement le choix, elle qui était plus ou moins en bisbilles avec le camp du charismatique imam Mahmoud Dicko?

La CEDEAO qui, fermant hermétiquement les yeux sur les coups d’Etat civils que préparent, l’Ivoirien, Alassane Dramane Ouattara (78 ans) et le Guinéen, Alpha Condé (82 ans), qui briguent le fameux troisième mandat anticonstitutionnel, a fixé un ultimatum à la junte militaire pour engager le Mali dans une transition civile, à partir de ce mardi-ça rime avec Mali-22 septembre.

Questions: l’organisation sous-régionale se contentera-t-elle du duo, composé par un militaire à la retraite, donc militaire, et ex-ministre de la Défense, le colonel major Bah N’Daw, président de la transition et de l’autre militaire en activité et ci-devant chef de la junte au pouvoir, le colonel Assimi Goïta, vice-président? L’«ancien nouvel homme fort» de Bamako, Assimi Goïta, qui a géré le Mali durant un peu plus d’un mois, se résoudra-t-il à jouer les seconds rôles, sous le nouvel homme fort, ou essaiera-t-il, de renverser le sens du pouvoir, comme l’avait fait au Burkina Faso, le colonel Yacouba Isaac Zida, qui avait dépouillé de ses attributs, en son temps, en tant que Premier ministre, le président de la transition politique, le retraité-encore un-Michel Kafando?

Assimi Goïta aurait pu le faire aussi, mais en tant que Premier ministre. Comme vice-président, il n’a, en principe, aucun pouvoir de décision, sauf celui de chercher à s’aligner pour la future élection présidentielle que doit organiser la transition. Et enfin, quelle sera la réaction du M5-RFP qui n’entend pas se faire sortir du jeu? Quel délai accordera la CEDEAO à cette transition pour laquelle les militaires demandaient entre deux et trois ans, contre une année exigée par l’organisation ouest-africaine? Pour le moment, le Mali peut se féliciter d’avoir déniché l’oiseau rare, dont le nom n’a affleuré sur aucune des short list des potentiels présidents de la transition dressées par les bookmakers et autres grands analystes politiques. Et c’est peut-être l’avantage de ce choix qui a fait baisser cette grosse tension qui enveloppait la désignation du président de la transition.

Pourvu que ce clin d’œil du destin qui donne au Mali, un président de transition, la veille de ses 60 ans d’indépendance, porte bonheur à ce pays qui, peut-être, sortira pour de bon de ce cercle vicieux de coups d’Etat qui ralentissent sa marche démocratique et le freine surtout dans son élan pour le développement.

Par Wakat Séra  

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