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Mali: il faut sortir de la rhétorique guerrière!

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Le duel entre le M5 de l'imam Mahmoud Dicko (à g.) et Ibrahim Boubacar Keïta (à droite) doit prendre fin pour le bonheur du peuple malien (Photo montage: africa-presse.com)

Démission des 31 députés contestés par l’opposition, formation d’un gouvernement d’union nationale, mise en œuvre des Accords d’Alger, sanctions contre les contrevenants au processus de normalisation, etc. Ce sont, entre autres, les mesures accouchées par le sommet virtuel des 16 chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), pour une sortie de crise au Mali. La CEDEAO, n’en n’est pas à sa première tentative depuis qu’elle a entrepris d’aller au chevet de ce pays qui traverse une profonde crise socio-politique qui a pris des proportions inquiétantes depuis le 5 juin, lorsque le mouvement éponyme a décidé de s’exprimer par la rue et surtout de mettre dans la balance la démission de Ibrahim Boubacar Keïta, hic et nunc.

Mais les essais de l’organisation sous-régionale ont été tous vains, compte tenu du raidissement des positions des parties en conflit. Que faudra-t-il attendre de la réunion par visio-conférence de ce lundi 27 juillet? Cette fois-ci sera-t-elle la bonne? Le M5-RFP, qui avait déjà suspendu ces manifestations du vendredi, afin de donner une chance à la médiation, acceptera-t-il de ranger baskets de marche, vuvuzélas et pancartes, pour entrer dans la dynamique de normalisation proposée par la CEDEAO? Le chef de l’Etat malien qui lui, s’en tire à bon compte avec les décisions de ses pairs, en y adhérant totalement, les respectera-t-il pour transformer ce temps de répit pour lui en paix durable pour son pays?

Se rapproche-t-on enfin de la paix des braves tant recherchée au Mali? Rien n’est moins sûr, les égos surdimensionnés des uns et des autres ayant tout de suite repris le dessus, que ce soit du côté du pouvoir que du M5-RFP. En attendant la réaction de l’influent imam Mahmoud Dicko, c’est l’homme politique, Mountaga Tall, qui a relevé la non-conformité des mesures de la CEDEAO avec la Loi fondamentale malienne. Du reste, a affirmé ce leader de la contestation, le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques, n’est ni demandeur, ni preneur d’un gouvernement d’union nationale. De son côté, IBK qui a retrouvé du souffle avec l’entrée en jeu de la CEDEAO, n’est pas passé par quatre chemins pour dénoncer un coup d’Etat rampant de son opposition.

Le chef de l’Etat malien, qui, quelle que soit l’issue de cette crise en sortira très affaibli, a saisi l’opportunité de cette visio-conférence pour descendre en flammes Mahmoud Dicko, dont, en dénonçant son arrogance vis-à-vis des chefs d’Etat de la CEDEAO, il l’accuse, de vouloir, par le biais des manifestations, conduire le Mali à une transition qu’il dirigera, et qui devrait ouvrir la voie à un Etat islamique. IBK, entend ainsi charger son ancien allié, devenu un adversaire coriace, de ce «crime impardonnable», grande hantise pour les Occidentaux. Comme dans les petites querelles d’enfants, le président malien essaie de monter également ses homologues contre un imam qui a fait vaciller Koulouba, le palais présidentiel.

De toute évidence, la fièvre est loin d’être tombée à Bamako. Et s’il faut saluer l’initiative des chefs de l’Etat de la CEDEAO qui essaient en même temps de préserver leurs fauteuils respectifs que l’exemple malien pourrait mettre en péril, la mauvaise gouvernance étant leur sport favori, il ne faut pas moins condamner leur réveil tardif. En effet, où étaient-ils quand les gouvernants maliens s’offraient impunément tous ses abus et griefs que le peuple leur reproche aujourd’hui? De plus, s’il faut toujours encourager la prise du pouvoir par les urnes et non par la rue, il ne faut pas non plus priver le peuple de son droit, ce privilège de retirer à ses dirigeants, le mandat qu’il leur a confié, quand ils en font une mauvaise gestion. Le cas du Burkina Faso, où la rue, au nez et à la barbe de la CEDEAO, a fait partir Blaise Compaoré, en Octobre 2014, devrait rappeler aux syndicat des chefs de l’Etat que la légitimité populaire peut bien prendre le dessus sur la légalité quand la situation de déliquescence s’établit.

En tout cas, il urge pour les opposants et le pouvoir de trouver le modus vivendi qui permettra aux Maliens de retrouver la paix pour faire face, unis, aux ennemis communs que sont la menace djihadiste, la corruption et la pauvreté. Quand la pluie vous tape, ne vous frappez plus entre vous, enseigne l’adage.

Par Wakat Séra

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