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Mali: les dernières cartouches de Barkhane

La coopération militaire française de retour au Mali (Ph. illustration)

Barkhane encore attaquée. C’était ce lundi, dans le nord du Mali, à 160 kilomètres de Gao.  Des militaires français et des civils maliens ont été blessés dans une attaque attribuée à de présumés jihadistes, dans la localité de Gossi, à la frontière avec le Burkina Faso. Des morts du côté des assaillants qui ont fait exploser, contre un véhicule des militaires de la Force Barkhane, le leur bourré d’explosifs. La veille de cette énième attaque dans laquelle Barkhane a été prise pour cible, ce sont cinq blessés qui ont été évacués par la Minusma, ce 20 juin. Les victimes, dont six morts, selon certaines sources, sont des habitants de Dinangourou, un village malien sous contrôle jihadiste, à l’instar de Farabougou. L’acte sanglant porterait la griffe de la katiba Macina, affiliée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans de Iyad Ag Ghaly.

La liste des assauts meurtriers des terroristes, jihadistes comme bandits et trafiquants de toutes sortes, est loin d’être exhaustive et vient compléter celle déjà interminable de morts qu’avaient allongée, dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 juin, les 160 morts civils de Solhan au Burkina Faso. Pourtant, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, ces quatre pays d’un Sahel africain, sanctuaire des terroristes, se préparent à faire le deuil de la force française Barkhane, qui est en train de faire son paquetage.

Annoncée sur le départ du Sahel, par le président Emmanuel Macron, la force française Barkhane, ne passe pas des journées tranquilles. Loin de là! Jusqu’au bout, elle traque les jihadistes, combat pour lequel elle s’est engagée dans cette région où les attaques terroristes endeuillent au quotidien, les populations qui ne savent plus à quel saint se vouer. Les survivants, par millions, ont dû abandonner terres et bétails, pour trouver des cieux plus ou moins cléments, devenant ainsi des réfugiés dans leurs propres pays. Si elle rencontre bien des difficultés nourries par le sentiment anti-français qui la présente même sous les traits de première alliée des terroristes, Barkhane n’en poursuit pas moins sa mission, bravant, notamment au Mali, et dans la zone dite des Trois frontières, ces hommes sans foi ni loi.

Régulièrement attaquée, et payant même de la vie de 50 de ses soldats, la force française a fait plus que tenir en respect les jihadistes. Elle a essayé de décapiter l’hydre à plusieurs reprises, mettant hors d’état de nuire, ses cadres, et pas des moindres. L’un des derniers chefs à tomber sous les derniers plombs chauds de Barkhane, Almahmoud Ag Baye surnommé Ikarey, a été neutralisé, rien que ce 15 juin, à Menaka, dans le nord-est du Mali, dans une opération conjointe des armées françaises et nigériennes. En l’absence de Barkhane, il est donc fort à craindre que les terroristes ne profitent de ce flottement pour s’enkyster davantage et multiplier les attaques qui n’épargnent ni civils, ni militaires.

L’opération Takuba est censée prendre la relève, aux côtés des forces spéciales des différentes armées nationales. Mais cette initiative militaire ne suscite par grand enthousiasme de la part des partenaires européens de l’Afrique. Quant à la force conjointe du G5 Sahel, regroupant le Tchad, le Mali, le Burkina, le Niger et la Mauritanie, elle manque du tout au tout, notamment du nerf de la guerre, pour devenir réellement une réponse militaire efficace à la menace terroriste. La nébuleuse terroriste, un phénomène redoutable et redouté qui s’étend aux pays du Golfe de Guinée, en commençant par la Côte d’Ivoire qui a connu la fusillade de la cité balnéaire de Grand Bassam le 13 mars 2016, et plus récemment, les attaques de Kafolo par deux fois et de Tougbo et Téhini.

En tout cas, l’heure n’est plus à la tergiversation, encore moins au tâtonnement! Le ver est dans le fruit et l’en sortir ne sera pas une mince affaire, pour des pays dont la plupart subissent de plein fouet, les effets pervers de la pauvreté endémique, de la mal gouvernance et de la vie chère. S’il est important pour les pays africains de prendre en main leur sécurité et leur défense, domaines éminemment dits de souveraineté, la question du timing du départ de Barkhane se pose, implacable.

Par Wakat Séra

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