Accueil A la une Mémoire des Tirailleurs sénégalais: «c’est bon, mais c’est pas arrivé»

Mémoire des Tirailleurs sénégalais: «c’est bon, mais c’est pas arrivé»

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Le président Macron entouré de ses homologues guinéen, Alpha Condé (à gauche) et ivoirien, Alassane Ouatarra (Ph. rfi.fr)

La mémoire des combattants africains qui «ont partagé le sang et la sueur avec le peuple français», pour emprunter les mots de Alpha Condé lors des honneurs rendus aux nombreux et valeureux harkis et «tirailleurs sénégalais» ramassés aux quatre coins de l’Afrique coloniale pour l’honneur de la «mère patrie». En français facile, cette expression diplomatiquement enrobée du président guinéen ne veut rien dire d’autre que ces milliers d’Africains sont morts pour sauver la France. Ils méritent donc amplement, comme l’a demandé Emmanuel Macron, que les maires de France fassent vivre leur mémoire, comme lui-même l’a fait à l’occasion des commémorations du 75è anniversaire du débarquement en Provence. Sans doute comme ses concitoyens, le premier des Français n’a sans doute pas oublié que ce sont ces combattants africains qui, malgré leur courage et leurs gris-gris contre les balles, sont tombés comme des mouches devant l’ennemi, en défendant une terre très éloignée de leurs cases. Le président de la république française se souvient que c’est au prix du sacrifice suprême de ces guerriers dont la bravoure était la seule véritable arme car, en réalité, ils ignoraient presque tout du maniement de ces fusils que la plupart tenaient entre les mains pour la première fois. Mais aux côtés des alliés américains, ils ont réussi à libérer la France. Et ont ainsi écrit une histoire dans laquelle ils apparaissent peu ou prou.

En tout cas, si leur mort a servi à rendre à la France ses terres assiégées, «ces combattants africains n’ont pas toujours eu la gloire et l’estime» dus au don de leurs vies pour sauver «nos ancêtres les Gaulois» des bombardements nazis. Ce mea culpa de Emmanuel Macron n’est pas sans rappeler ces complaintes de Léopold Sédar Senghor dans Hosties noires en 1948: «On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu. Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme». Pire, en guise de reconnaissance, c’est plutôt du plomb chaud qui sera servi à certains tirailleurs sénégalais qui ont osé, comme le rappelle les parenthèses de sang du Camp de Thiaroye, dire non à des traitements racistes du genre toucher une solde inférieure à celle de leurs compagnons de guerre français. C’est sans autre forme de procès que les sauveurs de la France seront abattus, considérés comme des mutins. Nombre des tirailleurs sénégalais n’ont entendu parlé de la revalorisation de leurs pensions que du fond de leurs tombes. Et aujourd’hui, les enfants et petits enfants de ceux qui sont tombés pour la France sont tenus bien loin de cette terre qu’ils ont longtemps considérée comme l’eldorado à atteindre à tout prix. Du reste, la citadelle Europe est si bien gardée de nos jours que les embarcations précaires que les candidats à l’aventure française empruntent chavirent en masse, transformant la Méditerranée en cimetière géant pour migrants n’ayant pas pu obtenir le sésame visa.

«Moi pas besoin galon, zouté moi du riz»! Comme l’a chanté l’artiste Zao, améliorer les conditions de vie des descendants des «combattants africains», ce serait la plus grande reconnaissance de la France à l’endroit de ceux qui sont tombés pour la libérer. Les somptueuses commémorations comme celle du débarquement de la Provence, les 15 Août, «c’est bien, mais c’est pas arrivé», comme le diraient les vendeurs de Sandaga, le grand marché de Dakar.

Par Wakat Séra

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