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Modification de la Constitution: Ouattara va-t-il commettre les mêmes erreurs que ses prédécesseurs?

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Le président ivoirien Alassane Ouattara

La Constitution de la IIIè République de Côte d’Ivoire adoptée en novembre 2016, sera-t-elle modifiée? La réponse pourrait bien être «oui», si l’on s’en tient aux propos du président ivoirien, Alassane Ouattara, lors d’une interview accordée à la télévision ivoirienne le mardi 6 août 2019. «La modification de la Constitution doit être un processus qui dépend de l’opinion. Nous avons une Constitution depuis 2016. On l’a pratiquée. Il est clair qu’il y a des choses qu’il faut modifier dans la Constitution», a-t-il déclaré. Toutefois, Ouattara ne donne pas de détails sur les «petites choses» qu’il estime nécessaire de modifier dans la Loi fondamentale qui doit «épouser l’air du temps». Il a cependant soutenu que cette modification n’a pas pour objectif de «recaler des candidats». Les bruits courent que le président ivoirien compte modifier la Constitution afin d’empêcher une éventuelle candidature de son ancien allié Henri Konan Bédié et de Laurent Gbagbo qui rêve de prendre sa revanche. «Nous sommes un certain nombre à avoir un certain âge, peut-être devrions nous réfléchir à ce que nous pouvons donner à notre pays au-delà d’un certain âge», a soutenu le Numéro Un ivoirien en faisant allusion sans doute au Sphinx de Daoukro âgé de 85 ans. S’il franchit le pas, Ouattara commettrait la même erreur qu’Henri Konan Bédié et le général Guei Robert qui ont taillé une Constitution sur mesure pour l’empêcher, lui, Alassane Ouattara, de se présenter devant les électeurs.

En1995, le président Bédié avait fait adopter un Code électoral qui stipulait que le candidat à la présidentielle devait être «ivoirien de père et de mère eux-mêmes nés ivoiriens». Cette disposition qui visait le champion du Rassemblement des républicains, Alassane Ouattara, a servi de prétexte pour créer le Front républicain avec le leader du Front populaire ivoirien, Laurent Gbagbo. Par «solidarité» avec son allié, le Woody de Mama, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, le «Brave tchê» du Rassemblement des républicains (RDR), vont lancer le boycott actif de la présidentielle d’octobre 1995 qui sera remportée par Henri Konan Bédié. Le général Guei Robert arrivé au pouvoir grâce au putsch des «jeunes gens», remet une couche avec la Constitution d’octobre 2000 qui indique qu’il faut être «ivoirien de père et de mère» et ne s’être «jamais prévalu d’une autre nationalité». Alassane Ouattara qui s’est dit «visé mais pas concerné» par ces dispositions, sera éliminé par Tia Koné, président de la Cour suprême, au motif qu’il aurait une «nationalité douteuse».

Et depuis ces périodes sombres, les Ivoiriens sont devenus méfiants chaque fois qu’on parle de modification de la Loi fondamentale qui apparait comme une «arme de destruction»  contre opposant, efficace pour éliminer tout adversaire gênant. Alassane Ouattara va-t-il emprunter ce schéma tortueux? Violente question, comme on le dirait sur les bords de la Lagune Ebrié.

Par Mahamadou Doumbia, Correspondant Wakat Séra à Abidjan     

1 Commentaire

  1. Il paraît qu’on n’apprend rien de ce qui s’est passé il y a une dizaine ou vingtaine d’années. Les acteurs fosseurs sont au commande du pouvoir et de l’opposition dans ce pays martyrisé par la personnalisation du pouvoir et la négligence des institutions. En effet depuis l’indépendance, l’existence de l’homme fort domine plus que des institutions qui fonctionnent et une société civile active, qui puisse constituer un contre-pouvoir. La modification d’une constitution est une action normale pour améliorer la participation des citoyens et des résidents.es étrangers.es en Côte d’Ivoire. Mais quand la modification rentre dans une stratégie politique d’un personnage, qui ne respecte pas l’ordre constitutionnel, et ce à quelques mois d’une élection électorale importante, on va droit à une crise sociopolitique, qui va au-delà des frontières nationales. La crise politique ivoirienne touche tous.es les Africains.es

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