Accueil A la une Monusco comme Minusma, la chasse aux casques bleus est ouverte!

Monusco comme Minusma, la chasse aux casques bleus est ouverte!

Les casques bleus ne sont plus les bienvenus en RD Congo et au Mali (Ph. dw.com)

36 morts dont 4 casques bleus et 32 manifestants. C’est le bilan officiel, mais surtout lourd, sur une semaine, de manifestations contre la présence de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco). Et la tension reste vive entre la mission onusienne et les Congolais, qu’ils soient populations civiles ou dirigeants. La dernière escalade dans cette crise est la demande, par les autorités congolaises du départ du porte-parole de l’ONU en RD Congo. Mathias Gilmann, c’est son nom, est accusé de jeter de l’huile sur le feu, à travers un entretien qu’il a accordé à nos confrères de RFI. Pourtant rien ne devrait justifier ces violences et morts qui ne font qu’empoisonner davantage les relations entre Kinshasa et le palais de verre de New-York. Du reste, le planning de retrait progressif de la Monusco de la RDC à l’horizon 2024, est déjà sur la table et le pouvoir de Félix Tshisekedi en a même demandé la réévaluation.

Sauf que les Congolais pour qui la Monusco n’est pas en mesure de les protéger contre les agressions extérieures, notamment celles du M23, veulent précipiter ce départ qui est loin d’être la panacée contre les guerres civiles dans ce pays-continent dont la richesse inouïe du sous-sol suscite des convoitises, tant de politiciens et divers groupements d’intérêt économique locaux, que des pays voisins et de puissances étrangères. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Les différentes rébellions qui ont contribué à l’instabilité d’une RD Congo qui n’a jamais réellement connu la paix sur l’ensemble de son territoire, de Mobutu Sese Seko à Félix Tshisekedi, en passant par les Kabila fils et père, sont-elles du fait de la Monusco qui n’a déposé ses pénates en sol congolais qu’en juillet 2010, munie d’un mandat léger de stabilisation, et sans possibilité d’initiative offensive? Même attaquée comme ce fut souvent le cas, la Monusco avait peu de marge de réaction, payant alors un lourd tribut aux guerres en Congo où de nombreux casques bleus ont perdu la vie.

Certes, la dernière bévue monumentale de casques bleus qui ont ouvert le feu, dimanche à Kasindi, région du Nord-Kivu, frontalière de l’Ouganda, faisant des morts et des blessés, trouve difficilement excuse, mais le harcèlement contre ces soldats de l’ONU n’était pas non plus des moindres. Ils avaient sans doute le doigt sur la gâchette, instinct de survie oblige! Il est tout de même temps, de calmer le jeu, pour sauver ce qui peut encore l’être des relations entre l’ONU et son hôte congolais et parvenir à un retrait paisible de la mission onusienne de la RDC. De toute façon, les fils du dialogue peuvent se renouer, si tant est que les deux parties, notamment le gouvernement de la RD Congo qui adopte désormais une posture offensive sans ambages contre la Monusco, le voudraient bien.

Le temps pourrait fait couler beaucoup d’eau sous les ponts. Pour l’instant, il faut juste savoir raison garder pour éviter que davantage de sang rougisse encore les mains de casques bleus assaillis de toutes parts. Question: si telle est la volonté de ceux à qui elle est supposée apporter une contribution pour le retour à la paix, de ne plus la voir, même pas en rêve, pourquoi la Monusco n’accélère-t-elle pas son retrait qui serait loin d’une fuite délibérée, d’autant qu’il est déjà acté?

Malheureusement, ce n’est pas qu’en RD Congo que le temps s’assombrit pour l’ONU en Afrique. Au Mali où la junte militaire venue aux affaires après son coup d’Etat d’août 2020, s’accroche au pouvoir et file le parfait amour avec les éléments de la société de sécurité privée russe, Wagner, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) vit les pires moments de sa vie. Son mandat reconduit le 30 juin 2022, n’est pas du tout du goût des putschistes au pouvoir, qui comme en RD Congo ont expulsé le porte-parole de la mission onusienne du territoire, et réservent probablement, le même sort à la Minusma, en confiant la sale besogne à des organisations de la société civile acquises. Pour le colonel Assimi Goïta toute force qui pourrait contrarier ses plans personnels est non grata au Mali. Les forces française Barkhane et européenne Takuba, l’ambassadeur de France, Joël Meyer, le porte-parole de la Minusma, Olivier Salgado, les médias RFI et France 24, pour ne citer que ceux-ci en savent quelque chose!

En tout cas, Monusco ou Minusma, les forces onusiennes n’ont plus la côte à Bamako et à Kinshasa. Elles sont vouées aux gémonies et jetées en pâture aux populations civiles par des dirigeants qui oublient que c’est leur incurie et leur incapacité à assurer protection aux leurs qui ont conduit à la présence des missions onusiennes de stabilisation dans leurs pays.

Par Wakat Séra  

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