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Présidentielle en Côte d’Ivoire: des échauffements aux échauffourées

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Des manifestations ont éclaté contre le troisième mandat de ADO (Ph. d'illustration

Les échauffements préélectoraux se muent en échauffourées préélectorales en Côte d’Ivoire. Des manifestations, notamment contre le troisième mandat auquel prétend le chef de l’Etat Alassane Ouattara, ont eu cours dans certaines villes du pays. Dans d’autres, notamment la capitale, Abidjan, les forces de l’ordre, fortement mobilisées, ont su décourager les plus téméraires qui entendaient se faire entendre, depuis que le président ivoirien, lors de son message à la Nation prononcé la veille du 60è anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, a décidé de se présenter à l’élection présidentielle prévue pour le 31 octobre 2020. Cette décision qui suscite l’ire des manifestants, violent, selon ces derniers, les dispositions de la Constitution qui n’autorise que deux mandats présidentiels.

Face aux contempteurs de Alassane Ouattara, ses partisans restent droits dans leurs bottes, brandissant le droit de celui-ci de se présenter encore à l’élection présidentielle, selon les termes de la nouvelle constitution. Arguant la non rétro-activité de la loi, le clan du pouvoir ajoute que c’est même le premier mandat de leur champion, avec l’avènement de la 3è république, qui remet à zéro le compteur des mandats présidentiels. Sous d’autres cieux, ce sont les mêmes arguties qui ont conduit à des coups d’Etat et des insurrections populaires, débouchant sur des périodes d’instabilité socio-politiques. Il faut le dire de go, les arguments des zélateurs et autres courtisans du président sont éculés, ramenant la Côte d’Ivoire à l’ère des présidents à vie.

Du reste, rien ne pourrait justifier le reniement de sa parole donnée par Alassane Ouattara, lui qui avait affirmé, au grand bonheur de tous, sauf les sangsues du peuple, qu’il n’était pas tenté par un troisième mandat. Même ses collaborateurs avaient embouché la même trompette en son temps, soulignant avec force, l’illégalité de la chose. Mais en politique, ce qui est noir le matin peut devenir blanc le soir et ce fut ainsi pour Alassane Ouattara qui, parlons trivialement, ne voulait plus se présenter, mais se présente, parce que son rival de tous les temps, Henri Konan Bédié, est candidat. De plus, après la disparition tragique de son «fils» et dauphin, le brillant Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, le candidat qu’il a imposé à son parti, en choix fermé, sans «plan B», ADO «a changé de bouche». Et comme si le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) connaît une sécheresse de cadres compétents, ADO, qui a oublié que le cimetière est rempli d’hommes qui se croyaient indispensables, rechausse les crampons pour descendre sur la pelouse. Pour le match de trop? Sans aucun doute!

En tout cas, la Côte d’Ivoire continue de se faire peur à l’approche de l’élection présidentielle prévue pour le 31 octobre prochain. Ce troisième mandat auquel aspire le chef de l’Etat est fortement contesté par l’opposition et des organisations de la société civile qui jugent la démarche anticonstitutionnelle. Si les manifestations sont prévues dans le camp adverse, les partisans du RHDP se disent également prêts à prendre la rue d’assaut, pour dire tout leur soutien à la candidature de Alassane Dramane Ouattara.

Comme quoi, ces marches et contre-marches qui ressemblent à du déjà vu au Burkina, lorsque l’ancien président, Blaise Compaoré, selon des dispositions très légales mai malheureusement pour lui, illégitimes, s’apprêtait à modifier la Loi fondamentale pour aller au très conflitogène…«troisième mandat». C’est dire combien l’initiative peut être porteuse de germes de violences dans ce pays qui porte toujours les stigmates de la guerre civile de 2002-2003 et de la crise post-électorale de 2010-2011.

Des mouvements de colère sporadiques qui risquent de s’installer dans la durée et faire bouillonner davantage la marmite socio-politique ivoirienne sous laquelle les politiciens de tous bords attisent le feu. Questions: Alassane Ouattara ne peut-il pas revenir à sa position du 5 mars dernier et passer, comme il l’a promis, le témoin à une nouvelle génération de dirigeants? Pourquoi se fait-il hors-la-loi en violant la constitution de son pays, pour succomber à la tentation de ce troisième mandat qui n’a jamais porté bonheur à ceux qui flirtent avec? Pourquoi, les anciens présidents, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, et Alassane Ouattara, ne font-ils pas valoir, leurs droits à la retraite politique pour mettre leurs expériences au profit de la Côte d’Ivoire, en tant que «sages de la république»? Ainsi, la Côte d’Ivoire sera libérée de ce monstre tricéphale qui hante son quotidien politique depuis des décennies. Mais visiblement, Machiavel l’a dit, «le pouvoir corrompt; le pouvoir absolu corrompt absolument».

Par Wakat Séra

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